Dialogue n° 6

Se termina el viaje


Situation du passage  : la fête d'anniversaire se termine de façon inattendue. Après le   sérieux des discours de Bresciani et d'Ernesto, le récit d'aventures reprend ses droits avec le retour du héros épique. Ernesto, faussant compagnie à ses amis, plonge soudain dans le fleuve pour dire au revoir à ses patients de la zone sud. Médusé par cet exploit nocturne, tout le petit monde de la colonia est en émoi et Ernesto se trouve au bord de la noyade. Après ce climax émotionnel, retour à la réalité un peu morose. Le récit arrive à son terme après une ellipse qui conduit directement le spectateur à la scène de séparation des deux amis. Ce moment décisif arrive sans être vraiment annoncé, seulement préparé par le premier départ de la colonia.   

Intérêt du passage  : ce court fragment est une mise en scène émouvante de la séparation des deux amis. L'émotion est contenue mais bien présente dans les propos d'Alberto et les rires forcés d'Ernesto. Tous deux sont à la croisée de leur destin et le savent, malgré un dernier effort d'Alberto pour convaincre Ernesto de rester avec lui. Le voyage d'aventures est terminé et le cheminement initiatique aussi. Salles n'a pas besoin de faire faire de grands discours à son héros. Un seul mot suffit, injusticia, pour que le spectateur comprenne que la narration s'achève au moment où va naître le personnage historique de Che Guevara. C'est aussi le sens des propos off d'Ernesto qui confirment le changement radical que ce voyage a opéré en lui.  

Se termina el viaje

26 de julio de 1952
Caracas, Venezuela
Después del largo viaje que han hecho juntos por América, Ernesto y Alberto están a punto de separarse. Están en el tarmac del aeropuerto. Ernesto va a tomar el avión en dirección de Miami para luego volver a Argentina mientras Alberto se va a trabajar a Cabo Blanco...

ALBERTO : Vos sabés que me había aprendido un discurso lleno de anécdotas, de frases grandiosas, no me acuerdo un carajo.
ERNESTO
(riéndose) : Así pasa.
Se dirigen hacia el avión.
ALBERTO : Che...
ERNESTO
: ¿ Qué ?
Mirándose

ALBERTO
: Todavía estás a tiempo de venirte a laburar* conmigo a Cabo Blanco ¿ eh ? Así que recibite y venite, te espero.
ERNESTO
: No sé, no lo sé. Mira, Mial, todo este tiempo que pasamos en la ruta... sucedió algo... algo que, que   tengo que pensar por mucho tiempo.
¿Cuánta injusticia, no ?  
Alberto asiente con la cabeza.
PILOTO : Vamos, ¡que sale el avión!
ERNESTO
: Che, me voy.

*laburar (Argentina) : trabajar

FINAL DE LA PELÍCULA

ERNESTO (voz off) : No es éste el relato de hazañas impresionantes. Es un trozo de dos vidas tomadas en un momento en que cursaron juntas un determinado trecho, con identidad de aspiraciones y conjunción de ensueños. ¿Fue nuestra visión demasiado estrecha, demasiado parcial, demasiado apresurada ? ¿Fueron nuestras conclusiones demasiado rígidas ?
Tal vez. Pero ese vagar sin rumbo por nuestra mayúscula América me ha cambiado más de lo que creí. Yo ya no soy yo, por lo menos no soy el mismo yo interior.

 
 
 
 
   
     
 
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