<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>parcours europeens &#187; Lazarillo</title>
	<atom:link href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/europeen/index.php/category/lazarillo/feed" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://crdp.ac-paris.fr/parcours/europeen</link>
	<description>Un blog utilisant WordPress</description>
	<lastBuildDate>Fri, 08 Jul 2011 10:15:16 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.0.1</generator>
		<item>
		<title>Présentation</title>
		<link>http://crdp.ac-paris.fr/parcours/europeen/index.php/presentation-10</link>
		<comments>http://crdp.ac-paris.fr/parcours/europeen/index.php/presentation-10#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2009 13:11:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lazarillo]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://crdp.ac-paris.fr/parcours/europeen/?p=83</guid>
		<description><![CDATA[L&#8217;auteur &#160;Bien qu&#8217;il semble s&#8217;y exprimer d&#8217;une voix tr&#232;s personnelle et &#233;mouvante, ce qui a &#233;t&#233; l&#8217;une des motivations des &#233;rudits pour en identifier l&#8217;auteur, La Vie de Lazarillo de Torm&#232;s reste un r&#233;cit anonyme, depuis sa parution en 1554. En effet, m&#234;me si plusieurs hypoth&#232;ses ont &#233;t&#233; &#233;mises, on ne peut l&#8217;attribuer avec certitude [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="font-family: Arial">L&#8217;auteur</span></h3>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify">&nbsp;<span style="font-size: small">Bien qu&rsquo;il semble s&rsquo;y exprimer d&rsquo;une voix tr&egrave;s personnelle et &eacute;mouvante,<i> </i>ce qui a &eacute;t&eacute; l&rsquo;une des motivations des &eacute;rudits pour en identifier l&rsquo;auteur, </span><st1:personname productid="La Vie" w:st="on"></st1:personname><st1:personname productid="La Vie" w:st="on"></st1:personname><span style="font-size: small"><st1:personname productid="La Vie" w:st="on"><strong><i>La Vie</i></strong></st1:personname></span><strong><st1:personname productid="La Vie" w:st="on"></st1:personname></strong><span style="font-size: small"><strong><i> de Lazarillo de Torm&egrave;s</i></strong> reste un r&eacute;cit <strong>anonyme</strong>, depuis sa parution en <strong>1554</strong>. En effet, m&ecirc;me si plusieurs hypoth&egrave;ses ont &eacute;t&eacute; &eacute;mises, on ne peut l&rsquo;attribuer avec certitude &agrave; personne. On a d&rsquo;abord pens&eacute;, d&egrave;s 1600, &agrave; un diplomate fin lettr&eacute;,<span>&nbsp; </span>Diego Hurtado de Mendoza, qui l&rsquo;aurait &eacute;crit pendant ses &eacute;tudes &agrave; Salamanque. Ensuite, &agrave; la fin du XIXe&nbsp;si&egrave;cle, on l&rsquo;attribue bri&egrave;vement &agrave; Lope de Rueda, car cet &eacute;crivain est d&rsquo;extraction populaire comme le h&eacute;ros-narrateur et parce qu&rsquo;un crieur public de Tol&egrave;de r&eacute;pondait &agrave; ce nom vers 1538. Ces deux hypoth&egrave;ses r&eacute;sument en fait la lecture que l&rsquo;on fait de l&rsquo;&oelig;uvre&nbsp;: soit on y voit l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;un fin lettr&eacute; qui renouvelle habilement une tradition folklorique ancienne par le ton et l&rsquo;&eacute;criture autobiographique, soit on y trouve le r&eacute;cit r&eacute;aliste d&rsquo;une vie de gueux par lui-m&ecirc;me.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">On a ensuite attribu&eacute; l&rsquo;ouvrage &agrave; Sebastian de Horozco, aux fr&egrave;res Vald&egrave;s, puis au moine r&eacute;formateur Juan de Ortega.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">L&rsquo;hypoth&egrave;se d&rsquo;un auteur sinon &eacute;rasmien, en tout cas <strong>humaniste et lettr&eacute; </strong>est aujourd&rsquo;hui consid&eacute;r&eacute;e comme la plus vraisemblable. En effet, d&egrave;s les premi&egrave;res lignes du prologue, le narrateur se place sous la protection de Pline (<em>&Agrave; ce propos Pline dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de livre, aussi mauvais soit-il qui ne contienne quelque bonne chose&nbsp;&raquo;</em>), puis de Cic&eacute;ron (<em>&Agrave; ce propos Cic&eacute;ron dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;C&rsquo;est l&rsquo;honneur qui produit les arts&nbsp;&raquo;</em>), r&eacute;f&eacute;rences qui n&rsquo;appartiennent pas &agrave; la culture d&rsquo;un gueux mais bien &agrave; celle d&rsquo;un lettr&eacute;.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Au total, peu importe l&rsquo;identit&eacute; de l&rsquo;auteur, en revanche<span>&nbsp; </span>il n&rsquo;est pas inutile de situer sa personnalit&eacute;, sa culture et son milieu, pour bien comprendre en quoi le <em>Lazarillo </em>introduit un ton tout &agrave; fait nouveau dans la litt&eacute;rature et peut m&ecirc;me &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; pour cela comme<strong> l&rsquo;origine de la tradition picaresque et du roman moderne</strong>.</span><o:p><span style="font-size: small">&nbsp;</span></o:p></p>
<h3>L&rsquo;&oelig;uvre</h3>
<p>&nbsp;<font face="Times"><st1:personname productid="La Vie De" w:st="on"><span style="font-size: small"><i>La</i></span></st1:personname></font><span style="font-size: small"><font face="Times"><st1:personname productid="La Vie De" w:st="on"><i> Vie De</i></st1:personname></font></span><font face="Times"><st1:personname productid="La Vie De" w:st="on"></st1:personname></font><span style="font-size: small"><i> Lazarillo de Torm&egrave;s</i> est <strong>un bref roman </strong>d&rsquo;une cinquantaine de pages, paru en Espagne en 1554. Un &laquo;&nbsp;<strong>gueux&nbsp;</strong>&raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire un personnage tr&egrave;s pauvre, y fait le r&eacute;cit de sa vie en adoptant la forme autobiographique. Apr&egrave;s un prologue qui justifie le livre en citant Pline (voir plus haut) en se recommandant &agrave; la bienveillance du lecteur, il y raconte, au long de <strong>sept chapitres </strong>d&rsquo;in&eacute;gales longueurs, comment il est pass&eacute; de l&rsquo;&eacute;tat mis&eacute;rable de mendiant &agrave; celui plus respectacle et enviable de crieur public et d&rsquo;homme mari&eacute; (mais cocu) dans la ville de <strong>Tol&egrave;de</strong>.</span></p>
<p><span style="font-size: small"><em><strong>1. R&eacute;sum&eacute;</strong></em></span><br />
<span style="font-size: small">Le discours du <strong>prologue </strong>est assez classique dans sa forme et sa composition. Le narrateur, Lazarillo, s&rsquo;y adresse &agrave; un personnage important mais dont l&rsquo;identit&eacute;, comme le r&ocirc;le (est-il le ma&icirc;tre, un ami haut plac&eacute;, l&rsquo;employeur du narrateur&nbsp;?) restent dans l&rsquo;ombre. Le livre satisfait une demande de ce &laquo;&nbsp;Monsieur&nbsp;&raquo;&nbsp;: &laquo;&nbsp;puisque vous me mandez, Monsieur, de vous &eacute;crire et relater l&rsquo;affaire tout du long&hellip;&nbsp;&raquo;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Selon un proc&eacute;d&eacute; assez classique, le narrateur commence par d&eacute;clarer qu&rsquo;il raconte des &laquo;&nbsp;choses remarquables, et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me jamais vues ni entendues.&nbsp;&raquo;, puis fait mine de s&rsquo;excuser de la minceur de son livre d&eacute;sign&eacute; comme une &laquo;&nbsp;babiole&nbsp;&raquo;, et de la grossi&egrave;ret&eacute; de son style, s&rsquo;en justifiant aupr&egrave;s du narrataire en des termes d&rsquo;une humilit&eacute; si superlative qu&rsquo;elle sonne d&eacute;j&agrave; comme une revendication&nbsp;:&laquo;&nbsp;je vous prie donc, Monsieur de recevoir ce menu service de qui vous en e&ucirc;t offert un plus riche, si cela e&ucirc;t &eacute;t&eacute; &agrave; la mesure de son d&eacute;sir.&nbsp;&raquo; En effet, on voit bien poindre le raisonnement qui suit&nbsp;: si le livre est pauvre c&rsquo;est parce que la vie du narrateur l&rsquo;a &eacute;t&eacute;. Cependant, en s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;autorit&eacute; de Pline, il va souligner d&rsquo;une part l&rsquo;utilit&eacute;,<strong> le caract&egrave;re &eacute;difiant de son livre </strong>(&laquo;&nbsp;que l&rsquo;on puisse en tirer quelque fruit&nbsp;&raquo;), le plaisir que l&rsquo;on va y prendre (&laquo;&nbsp;je ne serais pas f&acirc;ch&eacute; qu&rsquo;y prennent leur part et s&rsquo;en d&eacute;lectent tous ceux qui y trouveraient quelque attrait&hellip;&nbsp;&raquo;). La fin de la phrase indiquant le contenu moral&nbsp;: &laquo;&nbsp;&hellip;en voyant comment un homme vit au milieu de si grands hasards, p&eacute;rils et adversit&eacute;s.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">L&rsquo;itin&eacute;raire du gueux va donc permettre de montrer son m&eacute;rite &agrave; <strong>se tirer d&rsquo;affaires &agrave; partir de rien,</strong> de sa seule astuce, par opposition avec ceux qui ont trouv&eacute; leur fortune dans le berceau et qui n&rsquo;ont rien eu d&rsquo;autre &agrave; faire que de la maintenir. La derni&egrave;re phrase du prologue cl&ocirc;t ce raisonnement de la mani&egrave;re la plus explicite, en soulignant les deux vis&eacute;es du livre&nbsp;:</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&laquo;&nbsp; afin que l&rsquo;on puisse faire enti&egrave;rement connaissance avec ma personne&nbsp;; et aussi pour que ceux qui ont h&eacute;rit&eacute; d&rsquo;une noble condition, consid&egrave;rent combien peu leur est d&ucirc;, car envers eux fortune s&rsquo;est montr&eacute;e partiale, et combien plus ont fait ceux &agrave; qui elle fut contraire, par force et industrie pour conduire leur barque &agrave; bon port.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Il s&rsquo;agit de montrer une &laquo;&nbsp;personne&nbsp;&raquo; et d&rsquo;en tirer un enseignement moral. Ce projet va se d&eacute;rouler sur sept chapitres. D&eacute;roulant l&rsquo;histoire <strong>de la naissance jusqu&rsquo;&agrave; la &laquo;&nbsp;r&eacute;ussite</strong>&nbsp;&raquo; de Lazarillo.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Le premier chapitre rapporte la naissance du h&eacute;ros et son &eacute;ducation, d&rsquo;abord par sa m&egrave;re et le second compagnon de cette derni&egrave;re, puis par son premier ma&icirc;tre &agrave; qui il est confi&eacute; &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de huit ans. Son p&egrave;re est Meunier, originaire de T&eacute;jar&egrave;s, et le petit Lazare na&icirc;t un soir dans la rivi&egrave;re de Torm&egrave;s &ndash; il en tire son nom &ndash;, alors que ses parents vaquaient &agrave; leur travail. Son p&egrave;re, surpris &agrave; voler du bl&eacute; est banni. Il part &agrave; la guerre o&ugrave; il meurt. Lazarillo a donc des origines modestes et inf&acirc;mes.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Il est alors &acirc;g&eacute; de huit ans. Veuve,<span>&nbsp; </span>sa m&egrave;re part &agrave; Salamanque dans l&rsquo;espoir de s&rsquo;enrichir au contact des gens de bien. Elle y fr&eacute;quente un More dont elle a un second fils. Le More vole pour nourrir l&rsquo;enfant. Il est pris, puni, la m&egrave;re aussi. Elle devient servante &agrave; l&rsquo;auberge de </span><st1:personname productid="la Solana" w:st="on"><span style="font-size: small">la Solana</span></st1:personname><span style="font-size: small"> o&ugrave; Lazarillo est remarqu&eacute; par <strong>un mendiant aveugle qui devient son premier ma&icirc;tre et instructeur </strong>sur le chemin de la vie. &laquo;&nbsp;Mon fils, je sais que je ne te verrai plus&nbsp;; t&acirc;che d&rsquo;&ecirc;tre homme de bien et que Dieu te conduise. Je t&rsquo;ai &eacute;lev&eacute; et t&rsquo;ai confi&eacute; &agrave; un bon ma&icirc;tre&nbsp;: aide-toi.&nbsp;&raquo; lui dit sa m&egrave;re au moment de son d&eacute;part avec l&rsquo;aveugle pour Tol&egrave;de, ville qu&rsquo;il souhaite rejoindre car les gens y sont &laquo;&nbsp;plus riches&nbsp;&raquo;.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">D&egrave;s la sortie de la ville, l&rsquo;aveugle lui apprend brutalement par une farce qu&rsquo;il faut &ecirc;tre rus&eacute;. Symboliquement il entre ainsi dans l&rsquo;&acirc;ge adulte (&laquo;&nbsp;&agrave; cet instant je m&rsquo;&eacute;veillais de l&rsquo;innocence o&ugrave;, comme un enfant, je dormais encore&nbsp;&raquo;). Bien que riche ce ma&icirc;tre affame Lazarillo oblig&eacute; d&rsquo;imaginer mille tours pour voler de quoi se nourrir &agrave; son ma&icirc;tre. Un soir de pluie, &agrave; Escalona apr&egrave;s lui avoir jou&eacute; un dernier mauvais tour pour se venger, Lazarillo s&rsquo;enfuit.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Au chapitre suivant (II) il entre <strong>au service d&rsquo;un pr&ecirc;tre</strong> du village de Maqueda. Ce ma&icirc;tre est pire que le pr&eacute;c&eacute;dent&nbsp;: d&rsquo;une avarice extr&ecirc;me, il l&rsquo;affame et ne lui apprend rien. Lazare ne se nourrit qu&rsquo;aux repas de fun&eacute;railles o&ugrave; il est convi&eacute; avec le pr&ecirc;tre, ce qui le pousse &agrave; souhaiter la mort des villageois, pour pouvoir se nourrir. Il trouve ensuite le moyen de piller le coffre &agrave; provisions du pr&ecirc;tre, qui le surprend et le met &agrave; la porte.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Il se rend &agrave; Tol&egrave;de (chapitre III) et entre <strong>au service d&rsquo;un &eacute;cuyer</strong> &ndash; un noble d&eacute;sargent&eacute; &ndash; c&rsquo;est un nouveau recul&nbsp;: Lazarillo est conduit &agrave; mendier pour nourrir son ma&icirc;tre qui dispara&icirc;t &agrave; la fin du chapitre, poursuivi par les huissiers de son propri&eacute;taire qui s&rsquo;en prennent &agrave; Lazarillo. Au chapitre IV, il entre <strong>au service d&rsquo;un moine coureur </strong>(c&rsquo;est un jeu de mots, ce moine ne tient pas en place). &Eacute;puis&eacute; de le suivre, il le quitte apr&egrave;s huit jours, puis entre <strong>au service d&rsquo;un marchand</strong> de bulles (chapitre V), c&rsquo;est-&agrave;-dire d&rsquo;indulgences, organisateur de faux miracles avec la complicit&eacute; de l&rsquo;alguazil (commissaire de police). Il y reste quatre mois, avant d&rsquo;entrer <strong>au service d&rsquo;un marchand de tambourins puis d&rsquo;un chapelain </strong>(chapitre VI) chez qui il s&rsquo;enrichit. D&egrave;s que possible il ach&egrave;te un v&ecirc;tement d&eacute;cent et quitte ce ma&icirc;tre pour entrer <strong>au service d&rsquo;un alguazil </strong>comme agent (chapitre 7), avant d&rsquo;obtenir la charge de crieur public et d&rsquo;&eacute;pouser la servante de l&rsquo;archipr&ecirc;tre dont il crie les vins pour les vendre. Sa femme est la ma&icirc;tresse de son protecteur, mais il ne s&rsquo;en &eacute;meut pas et le r&eacute;cit se termine sur cette micro ascension sociale qui conduit notre h&eacute;ros &agrave; la charge la plus m&eacute;prisable du royaume et &agrave; &ecirc;tre un cocu consentant.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><o:p><span style="font-size: small">&nbsp;</span></o:p></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Au total, le roman est rythm&eacute; par le passage d&rsquo;un ma&icirc;tre &agrave; l&rsquo;autre, avec une d&eacute;gradation progressive et inexorable de la situation de Lazarillo&nbsp;: &laquo;&nbsp;je tombais de Charybde en Sylla, car l&rsquo;aveugle, quoiqu&rsquo;il f&ucirc;t comme je l&rsquo;ai racont&eacute;, l&rsquo;avarice en personne, compar&eacute; &agrave; celui-ci, &eacute;tait un vrai Alexandre le Grand.&nbsp;&raquo; (chap III, p.&nbsp;125) d&eacute;clare-t-il apr&egrave;s avoir rencontr&eacute; son second ma&icirc;tre. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au chapitre 7 que la situation s&rsquo;inverse et que la situation de Lazarillo se stabilise.</span></p>
<p><span style="font-size: small"><em><strong>2<span>. L&rsquo;&eacute;criture </span><span>de Lazarillo&nbsp;: tradition et modernit&eacute;</span></strong></em></span><br />
<span style="font-size: small">On ne sait rien de la gen&egrave;se et de la r&eacute;daction de ce court roman. En revanche on sait que le livre est un recueil de &laquo;&nbsp;bourlas&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;burlas&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire <strong>d&rsquo;histoires comiques issues du folklore </strong>espagnol parmi lesquelles on peut citer les motifs suivants&nbsp;:</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&ndash; Le nom du personnage (le seul nomm&eacute; du r&eacute;cit) emprunte &agrave; l&rsquo;histoire de saint Lazare, patron des l&eacute;preux et symbole de pauvret&eacute;. Il est l&rsquo;homonyme d&rsquo;un personnage folklorique, &laquo;&nbsp;le valet aux nombreux ma&icirc;tres&nbsp;&raquo;, th&egrave;me qui pr&eacute;existe &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&ndash; Le mendiant aveugle et son petit valet (chapitre I) est un th&egrave;me r&eacute;current en Espagne et en Europe, avec les r&eacute;cits attenants (le sac d&eacute;cousu, le vol de la saucisse, le vol du vin).</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&ndash; La satire des autorit&eacute;s religieuses, avec l&rsquo;avarice extr&ecirc;me du pr&ecirc;tre du chapitre III, et le motif du pillage du coffre (p.&nbsp;133-153) la paillardise sugg&eacute;r&eacute;e du moine du chapitre (IV), th&egrave;me compl&eacute;t&eacute; par l&rsquo;archipr&ecirc;tre protecteur et amant de l&rsquo;&eacute;pouse de Lazarillo (chap VII), le mensonge et l&rsquo;organisation de faux miracles par avidit&eacute; et avarice (le bulliste du chapitre V).</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&ndash; La satire des nobles d&eacute;sargent&eacute;s mais jaloux de leur dignit&eacute; de noble, le fameux &laquo;&nbsp;point d&rsquo;honneur&nbsp;&raquo; qui est &laquo;&nbsp;tout le<span>&nbsp; </span>capital des gens de bien&nbsp;&raquo; (chap III) est aussi un th&egrave;me classique.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><o:p><span style="font-size: small">&nbsp;</span></o:p></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">En revanche, ce qui fait la nouveaut&eacute; de ce livre c&rsquo;est que<strong> tout ce folklore est repris dans le cadre d&rsquo;un r&eacute;cit autobiographique &agrave; la premi&egrave;re personne</strong>. Le &laquo;&nbsp;je&nbsp;&raquo;, le ton tr&egrave;s personnel, presque intime, redonne vie &agrave; ces &eacute;pisodes rebattus et les colore d&rsquo;<strong>un r&eacute;alisme &eacute;poustouflant </strong>qui fait oublier l&rsquo;art litt&eacute;raire et le confondre avec la vie. On en vient &agrave; prendre pour vrais des d&eacute;tails invraisemblables comme le pot de vin trou&eacute; bu par Lazarillo en se pla&ccedil;ant enre les jambes de son ma&icirc;tre aveugle (chap I) ou la cl&eacute; qui siffle (chap II).</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Ce r&eacute;alisme est appuy&eacute; sur des allusions &agrave; des &eacute;v&eacute;nements historiques (le cort&egrave;s de l&rsquo;empereur du chap VII), &agrave; des lieux et &agrave; des noms de personnages r&eacute;els (Pline, Cic&eacute;ron, Galien&hellip;).</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Autre &eacute;l&eacute;ment de renouvellement de ce folklore, les motifs n&rsquo;apparaissent plus comme un recueil d&rsquo;anecdotes, mais s&rsquo;inscrivent dans <strong>un ensemble coh&eacute;rent constituant les &eacute;tapes d&rsquo;une vie</strong>, depuis &laquo;&nbsp;le commencement&nbsp;&raquo; (Prologue) jusqu&rsquo;&agrave; &laquo;&nbsp;conduire la barque &agrave; bon port&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire lorsque le personnage est enfin parvenu &agrave; une relative ascension sociale, une &laquo;&nbsp;pleine prosp&eacute;rit&eacute;, au comble de toute bonne fortune&nbsp;&raquo;, dit-il avec emphase pour une situation modeste comme on l&rsquo;a soulign&eacute;.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Cette construction est soutenue par <strong>des jeux discrets d&rsquo;&eacute;chos et de renvois</strong> dont le motif du vin est un bon exemple. En effet, au chapitre I, Lazarillo pille le vin de l&rsquo;aveugle qui pour le punir lui casse le pot sur le visage. Il lui nettoie ensuite les plaies au vin d&eacute;clarant&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ce qui t&rsquo;a fait mal te fait du bien et te gu&eacute;rit&nbsp;&raquo;, comme si m&eacute;taphoriquement les &eacute;preuves travers&eacute;es devaient endurcir Lazarillo et le faire progresser sur le chemin de la vie. Plus loin, il d&eacute;clare&nbsp;: &laquo;&nbsp;tu dois plus au vin qu&rsquo;&agrave; ton p&egrave;re car celui-ce ne t&rsquo;a donn&eacute; la vie qu&rsquo;une seule fois tandis que le vin te l&rsquo;a rendue mille fois.&nbsp;&raquo; (p.&nbsp;119) avant de formuler la proph&eacute;tie &laquo;&nbsp;si jamais un homme au monde doit &ecirc;tre heureux par le vin, ce sera toi&nbsp;&raquo;, proph&eacute;tie que le narrateur assure s&rsquo;&ecirc;tre ensuite v&eacute;rifi&eacute;e. Et en effet, au chapitre VII il tire sa prosp&eacute;rit&eacute; de crier le vin d&rsquo;un personnage de rang &eacute;lev&eacute;.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">On le voit bien, <strong>le topos du vin comme source du bonheur et de la sagesse</strong> est ici r&eacute;organis&eacute; pour servir &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie g&eacute;n&eacute;rale du r&eacute;cit.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><o:p><span style="font-size: medium"><font face="Times">&nbsp;</font></span></o:p></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><em><strong><span style="font-size: medium">3</span><span style="font-size: small"><span>. La r&eacute;ception de l&rsquo;&oelig;uvre</span></span></strong></em></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify">&nbsp;<span style="font-size: small">Lazarillo conna&icirc;t vraisemblablement un grand succ&egrave;s, parmi les lettr&eacute;s et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me parmi les lecteurs populaires, ce dont t&eacute;moigne les trois &eacute;ditions diff&eacute;rentes de 1554, probablement des r&eacute;impressions d&rsquo;une &eacute;dition de 1553 introuvable. Il conna&icirc;t une &eacute;clipse puis repara&icirc;t expurg&eacute; &ndash; les chapitres du Bulliste et du moine coureur sont supprim&eacute;s &ndash; &agrave; Madrid en 1573.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Sa renomm&eacute;e est telle qu&rsquo;il para&icirc;t des&nbsp;secondes parties apocryphes d&egrave;s 1555.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Le livre est <strong>rapidement traduit et lu dans toute l&rsquo;Europe</strong>, en particulier en France d&egrave;s 1560, dans une version non expurg&eacute;e. La parution d&rsquo;une nouvelle seconde partie, &eacute;crite par un &eacute;migr&eacute; espagnol en 1620 et tr&egrave;s virulente contre l&rsquo;Espagne de l&rsquo;Inquisition en relancera encore la renomm&eacute;e. Jusqu&rsquo;&agrave; la fin du XVIIe, l&rsquo;ouvrage est dans toute l&rsquo;Europe l&rsquo;occasion de r&eacute;&eacute;critures, d&rsquo;enrichissements, bref d&rsquo;une tradition vivante. &Agrave; partir du XIXe, on r&eacute;&eacute;dite l&rsquo;original devenu alors un &laquo;&nbsp;classique&nbsp;&raquo; et consid&eacute;r&eacute; comme<strong> &agrave; l&rsquo;origine du roman picaresque qui se d&eacute;veloppe en Europe au <span style="font-variant: small-caps">xviii</span><sup>e</sup>&nbsp;si&egrave;cle</strong>.</span><b><o:p><span style="font-size: small"><font face="Times">&nbsp;</font></span></o:p></b></p>
<h3><span style="font-size: medium"><span><span style="font-family: Arial"><b>Les th&egrave;mes du <i>Lazarillo</i></b></span></span></span><b><o:p></o:p></b></h3>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify">&nbsp;<span style="font-size: small">Les grands th&egrave;mes picaresques&nbsp;: la naissance indigne, la n&eacute;cessit&eacute; et la faim, le voyage et l&rsquo;errance, l&rsquo;illusion et l&rsquo;apparence, la satire (des nobles et des pr&ecirc;tres) et, enfin l&rsquo;&eacute;ducation sont pr&eacute;sents dans le <em>Lazarillo</em>. Ils transparaissent pour certains dans la forme m&ecirc;me de la narration (l&rsquo;apparence, l&rsquo;illusion, l&rsquo;errance) ou sont explicitement nomm&eacute;s et analys&eacute;s pour d&rsquo;autres (la faim, l&rsquo;argent et la n&eacute;cessit&eacute;)</span><o:p><span style="font-size: small"><font face="Times">&nbsp;</font></span></o:p></p>
<p><span style="font-size: small"><em><span><strong>1. La naissance indigne</strong></span></em></span><br />
<span style="font-size: small">C&rsquo;est l&rsquo;une des conditions du picaresque&nbsp;: le picaro, en effet, non seulement na&icirc;t dans un milieu populaire mais il a souvent m&ecirc;me une origine infamante. Ainsi, on apprend au chapitre I que Lazarillo est le fils d&rsquo;un voleur repris de justice et que cette mal&eacute;diction va le poursuivre. En effet, apr&egrave;s la disparition de son p&egrave;re, sa m&egrave;re se met en m&eacute;nage avec un voleur qui est &agrave; nouveau pris et condamn&eacute;.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-top: 0cm; margin-bottom: 0pt; margin-right: 0cm; text-align: justify"><span style="font-size: small">Cette naissance maudite est reprise &agrave; son compte et comme revendiqu&eacute;e par le narrateur-personnage&nbsp;: avoir r&eacute;ussi &agrave; survivre et &agrave; s&rsquo;assurer une place dans la vie apr&egrave;s un si mauvais d&eacute;part t&eacute;moigne de la valeur du personnage qui se compare dans le prologue avec ceux qui ont &eacute;t&eacute; bien dot&eacute;s par la fortune &agrave; leur naissance et qui n&rsquo;ont eu qu&rsquo;&agrave; se maintenir. Ainsi le r&eacute;cit de vie permet de renverser <strong>la naissance indigne qui devient en quelque sorte une preuve du m&eacute;rite du narrateur</strong>. Cette id&eacute;e s&#8217;appuie &eacute;galement sur&nbsp;le motif de l&rsquo;aveugle clairvoyant du premier chapitre, qui enseigne au protagoniste combien les hommes bas ont de m&eacute;rite &agrave; s&rsquo;&eacute;lever et combien au contraire il est ignominieux pour ceux qui sont &eacute;lev&eacute;s de se laiser choir.&nbsp;</span></p>
<p><em><span style="font-size: medium"><strong>2</strong><span style="font-size: small"><strong>. La n&eacute;cessit&eacute; et la faim</strong></span></span></em><br />
<span style="font-size: small">C&rsquo;est un th&egrave;me &eacute;videmment li&eacute; &agrave; la naissance pauvre&nbsp;: Lazarillo est toujours et constamment tenaill&eacute; par la faim&nbsp;: la majorit&eacute; des tours qu&rsquo;il joue &agrave; ses ma&icirc;tres lui sont inspir&eacute;s par la n&eacute;cessit&eacute; de se nourrir. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il d&eacute;coud la besace aux provisions de son ma&icirc;tre aveugle ou remplace les saucisses par un navet (chap I). Dans la m&ecirc;me logique, tout le chapitre II est construit autour du coffre &agrave; provision du pr&ecirc;tre avare qui ne nourrit pas Lazarillo. Le coffre est d&rsquo;abord perc&eacute;, puis Lazarillo se procure une cl&eacute; du coffre, ce que son ma&icirc;tre finit par d&eacute;couvrir. De ce point de vue, le pire des ma&icirc;tres est l&rsquo;&Eacute;cuyer du chapitre III que Lazarillo est oblig&eacute; de nourrir en demandant la charit&eacute;. De fait Lazarillo est contraint par sa pauvret&eacute; &agrave; &eacute;changer ses services contre la nourriture. Ainsi le bon ma&icirc;tre est-il celui qui le nourrit et il ne r&eacute;ussit &agrave; s&rsquo;&eacute;lever dans la soci&eacute;t&eacute; qu&rsquo;&agrave; partir du moment o&ugrave; il rencontre un ma&icirc;tre qui le nourrit correctement : c&rsquo;est &laquo;&nbsp;le premier &eacute;chelon qu&rsquo;[il] gravit pour atteindre la bonne vie.&nbsp;&raquo;. Il peut alors s&rsquo;acheter un habit correct, modifier ainsi son apparence (voir ce th&egrave;me) et am&eacute;liorer sa condition.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-size: small"><em><span><strong>3. Le voyage et l&rsquo;errance</strong></span></em></span><br />
<span style="font-size: small">C&rsquo;est le th&egrave;me majeur du picaresque&nbsp;: pouss&eacute; par la mis&egrave;re le personnage est d&egrave;s le d&eacute;but du r&eacute;cit pouss&eacute; &agrave; se d&eacute;placer pour trouver sa subsistance, presque &agrave; la mani&egrave;re des p&acirc;tres nomades qui se d&eacute;pla&ccedil;aient au gr&eacute; des saisons. Ainsi, au chapitre I sa m&egrave;re &eacute;migre &agrave; Salamanque pour y trouver du travail et de quoi subsister apr&egrave;s la disparition de son mari. Il en va de m&ecirc;me de l&rsquo;aveugle errant, qui part d&rsquo;abord &agrave; Tol&egrave;de car &laquo;&nbsp;les gens y sont plus riches et partant plus g&eacute;n&eacute;reux&nbsp;&raquo;, puis ensuite du parcours de Lazarillo qui va de ville en ville, au gr&eacute; de sa fortune.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Ce th&egrave;me du voyage est bien s&ucirc;r un proc&eacute;d&eacute; litt&eacute;raire puissant qui permet &agrave; l&rsquo;&eacute;crivain de jeter avec son personnage un &oelig;il dans diff&eacute;rents milieux&nbsp;: c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;avec Lazarillo on voit de l&rsquo;int&eacute;rieur la vie d&rsquo;un mendiant aveugle, plusieurs pr&ecirc;tres, un alguazil (officier de police), un noble pauvre et enfin en filigrane un haut dignitaire de l&rsquo;&Eacute;glise.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Mais ce th&egrave;me est aussi une m&eacute;taphore de la vie&nbsp;: on peut citer pour le rappeler l&rsquo;exergue du <i>Voyage au bout de la nuit, de C&eacute;line,</i> qui r&eacute;sume de mani&egrave;re po&eacute;tique mais tr&egrave;s claire cette dimension&nbsp;: &laquo;&nbsp;Notre vie est un voyage / Dans l&rsquo;hiver et dans la nuit / Nous cherchons notre passage / Dans le ciel o&ugrave; rien ne luit&nbsp;&raquo;. On dirait ces quatre vers &eacute;crits pour Lazarillo et ses successeurs Picaro, dont le voyage est un effort permanent pour &eacute;chapper &agrave; la fatalit&eacute; et se construire eux-m&ecirc;mes en luttant contre des &eacute;l&eacute;ments contraires et parfois d&eacute;cha&icirc;n&eacute;s, ce que rappelle aussi l&rsquo;all&eacute;gorie de la barque, ou du navire picaresque (voir&nbsp;le document visuel&nbsp;qui sert de Frontispice &agrave; </span><st1:personname productid="La Picara Justina." w:st="on"><span style="font-size: small"><i>La Picara Justina, dans le groupement de texte 1</i><i>)</i>.</span></st1:personname></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">C&rsquo;est pour ces raisons que le voyage picaresque se d&eacute;voile d&rsquo;abord comme une errance&nbsp;: comme la barque, le picaro flotte sur l&rsquo;oc&eacute;an de la n&eacute;cessit&eacute; qui le conduit &agrave; sa guise et souvent contre sa volont&eacute;&nbsp;: les premiers chapitres sont ainsi une suite d&rsquo;&eacute;checs cuisants, Lazarillo va de &laquo;&nbsp;Charybe en Scylla&nbsp;&raquo; et n&rsquo;arrive &agrave; prendre le dessus sur cette errance qu&rsquo;&agrave; la fin du livre quand le hasard lui donne un ma&icirc;tre qui le nourrit correctement, ce qui lui permet de s&rsquo;acheter un v&ecirc;tement correct et de s&rsquo;&eacute;lever.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-size: small"><em><span><strong>4. L&rsquo;illusion et l&rsquo;apparence</strong></span></em></span><br />
<span style="font-size: small">Lazarillo semble une illustration de la maxime selon laquelle &laquo;&nbsp;il ne faut pas se fier aux apparences&nbsp;&raquo;, tout en mettant en avant l&rsquo;id&eacute;e que l&rsquo;apparence est essentielle. En effet, au chapitre III, lorsqu&rsquo;il rencontre l&rsquo;&eacute;cuyer, il se fie &agrave; sa mine et &agrave; son allure avantageuse &laquo;&nbsp;par son habit et sa contenance, il me parut &ecirc;tre le ma&icirc;tre qu&rsquo;il me fallait&nbsp;&raquo; pour le choisir et esp&egrave;re une vie meilleure &agrave; son service. Mais l&rsquo;allure de l&rsquo;&eacute;cuyer est une tromperie. L&rsquo;&eacute;cuyer garde les apparences mais il est pauvre et affam&eacute; et ne peut nourrir Lazarillo. Inversement, le pr&ecirc;tre du chapitre II, qui vit &agrave; son aise fait tout pour para&icirc;tre mis&eacute;rable par avarice car il ne veut pas nourrir son valet&nbsp;!</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Au chapitre V, d&egrave;s qu&rsquo;il le peut, le premier souci de Lazarillo est de s&rsquo;offrir un costume correct car s&rsquo;il para&icirc;t ce qu&rsquo;il est&nbsp;: un mis&eacute;rable gueux sans foi ni loi, il ne peut briguer un emploi v&eacute;ritable. Faire illusion, &eacute;chapper par l&rsquo;apparence &agrave; une condition insatisfaisante est essentiel pour survivre.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Ce jeu sur les apparences renvoie aussi &agrave; la tromperie essentielle dans le picaresque car les personnages doivent faire illusion pour survivre. Lazarillo vient d&rsquo;une famille de voleurs et lui-m&ecirc;me doit voler ses ma&icirc;tres en leur faisant prendre des vessies pour des lanternes s&rsquo;il veut manger et survivre&nbsp;: c&rsquo;est tr&egrave;s &eacute;vident dans les chapitres I et II.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-size: small"><em><span><strong>5. L&rsquo;&eacute;ducation</strong></span></em></span><br />
<span style="font-size: small">Le th&egrave;me de l&rsquo;&eacute;ducation est tr&egrave;s pr&eacute;sent dans le second chapitre, en particulier avec l&rsquo;aveugle qui, parce qu&rsquo;il est aveugle doit d&eacute;velopper doublement les facult&eacute;s de son esprit pour suppl&eacute;er &agrave; son handicap. Le contrat entre les deux personnages est &eacute;vident&nbsp;: Lazarillo est le valet, en &eacute;change l&rsquo;aveugle lui transmettra sa sagesse et le &laquo;&nbsp;jargon&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire les trucs du m&eacute;tier. Cela commence de mani&egrave;re brutale avec l&rsquo;&eacute;pisode du taureau de Salamanque o&ugrave; l&rsquo;aveugle frappe Lazarillo contre une statue pour lui montrer qu&rsquo;il ne doit pas croire ce qu&rsquo;on lui dit. Ensuite il quittera l&rsquo;aveugle quand celui-ci n&rsquo;aura plus rien &agrave; lui apprendre et qu&rsquo;il sera devenu plus fin que lui dans l&rsquo;art de survivre (au taureau de Salamanque r&eacute;pond l&rsquo;&eacute;pisode de la colonne de Tol&egrave;de o&ugrave; Lazarillo surprend &agrave; son tour l&rsquo;aveugle). Ensuite Lazarillo subit avec ses ma&icirc;tres <strong>une s&eacute;rie d&rsquo;&eacute;preuves formatrices </strong>qui lui permettent d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; un relatif bien &ecirc;tre.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Le th&egrave;me de l&rsquo;&eacute;ducation est presque consubstanciel &agrave; la composition du livre&nbsp;: en effet, le voyage du narrateur est comme une initiation &agrave; la vie et &agrave; ses d&eacute;tours, dont il donne une image &agrave; la fois joyeuse et pessimiste, teint&eacute;e d&rsquo;ironie&nbsp;: on apprend la ruse, la tromperie et finalement &agrave; vivre cocu&nbsp;; on d&eacute;couvre que les grands personnages sont des trompeurs et des hypocrites. C&rsquo;est <strong>une &eacute;ducation &agrave; rebours dans laquelle la morale classique est battue en br&egrave;che</strong>.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt"><o:p><font face="Times">&nbsp;</font></o:p></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt"><span style="font-size: small"><em><span><strong>6. La satire des nobles et des pr&ecirc;tres</strong></span></em></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt">&nbsp;<span style="font-size: small">Il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;un th&egrave;me classique et r&eacute;current dans la litt&eacute;rature du Moyen &Acirc;ge et de la Renaissance, tr&egrave;s pr&eacute;sent dans le <em>Lazarillo </em>puisque la satire&nbsp;occupe les chapitres II, IV et une partie des chapitres V, VI et VII. Le chapitre II reprend le th&egrave;me classique des d&eacute;fauts sacerdotaux en montrant un pr&ecirc;tre avare, pique assiette (il se nourrit aux repas d&rsquo;enterrement), gourmand. Il ne lui manque que la luxure, d&eacute;faut qui sera sugg&eacute;r&eacute; &agrave; travers le moine coureur du chapitre IV et bien s&ucirc;r de l&rsquo;archipr&ecirc;tre du chapitre VII qui donne sa ma&icirc;tresse comme &eacute;pouse &agrave; Lazarillo. Le chapitre V est de facture plus acad&eacute;mique, puisqu&rsquo;il fait la satire d&rsquo;un marchand de bulles, autrement dit d&rsquo;un catholique convaincu (par opposition &agrave; un protestant) pr&ecirc;t &agrave; organiser de faux miracles pour vendre ses bulles. On sent dans ce portrait poindre la critique des catholiques par les protestants, avec la d&eacute;nonciation des indulgences et des miracles. On a donc l&agrave; un signe du caract&egrave;re peut-&ecirc;tre &eacute;rudit de l&rsquo;auteur.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><span style="font-size: small">Le chapitre III propose quant &agrave; lui une satire classique des nobles, arc bout&eacute;s sur leur pr&eacute;rogatives nobiliaires alors qu&rsquo;ils meurent de faim et que le toit de leur maison s&rsquo;&eacute;croule&hellip; Une telle figure est r&eacute;currente dans la litt&eacute;rature europ&eacute;enne et alimente notamment&nbsp;les r&eacute;cits de m&eacute;salliance.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify"><o:p><span style="font-size: medium"><font face="Times">&nbsp;</font></span></o:p></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://crdp.ac-paris.fr/parcours/europeen/index.php/presentation-10/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>

