HAMLET
William SHAKESPEARE
Niveaux conseillés : 3e, Lycée
La lecture d‘une pièce de Shakespeare est recommandée en classe de 3e, dés lors qu‘il s‘agit d‘aborder le théÂtre, dans le cadre de cette partie du programme intitulée « ThéÂtre : continuité et renouvellement ». Mais le présent dossier, consacré À la pièce Hamlet, s‘adresse plus particulièrement À des élèves de Première générale, notamment en vue de préparer l‘épreuve anticipée du baccalauréat de franÇais.

Présentation

L’auteur

Le paradoxe de William Shakespeare est qu’il est sans doute à la fois l’un des auteurs les plus célèbres de la littérature mondiale et en même temps l’un des moins connus. Il plane depuis des décennies un mystère autour de sa personne qui a permis les hypothèses les plus folles quant à son identité. On a pensé que ses œuvres avait été écrites par un personnage important, un noble qui se devait de rester anonyme. Chaque période a produit une nouvelle piste : Shakespeare fut ainsi, tour à tour, le nom d’un collectif de poètes, une femme voire un poète oriental.

En fait, tout concorde à entretenir l’énigme Shakespeare : nous ne possédons de lui, aucun manuscrit, aucune lettre. La seule trace de son écriture identifiée est sa signature tremblante sur son testament. Même les portraits qui sont censés le représenter montrent des visages différents.

Toutefois, un grand nombre d’informations semble avéré et confirmé par les chercheurs qui se sont penché sur la vie du grand dramaturge.

William Shakespeare est né en 1564 à Stratford-sur-Avon (Stratford upon Avon) dans une famille ancienne du Warwickshire. Son père, John Shakespeare, est gantier. Mais comme souvent à cette époque dans les provinces anglaises, il a d’autres activités : fermier, éleveur, boucher et surtout homme d’affaires avisé et prospère. Il ne sait sans doute pas écrire, peut-être lire mais envoie son fils à la "grammar school" où il apprend le latin. Puis il l’inscrit à l’ "oratory" où on enseigne à William les arts de l’éloquence qui lui serviront au début de sa carrière de comédien.

A dix-huit ans, William Shakespeare épouse la fille de voisins, Ann Hathaway, de huit ans son aînée. Le couple a un enfant six mois plus tard.

En 1586 ou 1587, William Shakespeare part pour Londres et débute rapidement dans la troupe des comédiens de la Reine ou celle de Lord Strange, un riche noble passionné de théâtre. Il compose de petites pièces et aurait peut-être même conçu une première version d’Hamlet en 1587. Durant toute sa carrière, il a été à la fois écrivain, metteur en scène et comédien. Il semblerait d’ailleurs qu’il n’excellait pas dans cette dernière activité et n’assumait que de petits rôles comme celui du spectre dans Hamlet.

En 1599, dramaturge reconnu, il devient, en partie propriétaire du théâtre du Globe et retourne régulièrement à Stratford pour diverses affaires.

A la fin de l’année 1615, il revient s’intaller définitivement dans sa ville natale et y décède le 23 avril 1616.

On attribue trente-cinq pièces à Shakespeare. Peut-être certaines ont été perdues. Toujours est-il que cela représente une importante production dans un temps relativement court, production qui connaît des périodes distinctes.

A ses débuts, Shakespeare semble s’inspirer de pièces anciennes et de celles de ses contemporains.

Cette période s’achève en 1597 avec Roméo et Juliette. Puis son talent lui permet d’alterner comédies comme Beaucoup de Bruit pour rien, Comme il vous plaira et Les joyeuses Commères de Windsor et drames historique tels que Richard II et Heny V. Entre 1600 et 1608, c’est la période des grandes tragédies et des poèmes, la plus sombre du dramaturge. Il compose Le Roi Lear, Macbeth et Hamlet.

Les pièces de Shakespeare sont encore jouées dans le monde entier et son aura est telle que son nom est associé à celui de sa langue : l’anglais est devenu à jamais "la langue de Shakespeare".

L’œuvre

Hamlet est l’une des pièces de Shakespeare les plus célèbres. Qui ne connaît pas au moins le début du célèbre monologue commençant "être ou ne pas être" ? Elle a été jouée dans toutes les langues et selon des adaptations les plus variées.

On ne sait pas exactement quand Shakespeare rédige cette tragédie mais elle est inscrite au registre des libraires le 26 juillet 1602, inscription destinée à protéger des pirates.

Pour cette pièce, le dramaturge anglais s’inspire sans doute de textes antérieurs comme celui d’un clerc danois du XIIème siècle qui narre l’histoire de Amlethon ou Hamlet, roi du Danemark au moment des invasions en Angleterre. Mais peut-être Shakespeare compose-t-il l’intrigue également d’après La Tragédie espagnole, œuvre de l’un de ses contemporains, Thomas Kyste.   

Résumé

Acte I

Des gardes du château d’Elseneur, résidence des rois du Danemark voient apparaître le fantôme du défunt roi. Il vont en avertir son fils Hamlet, à qui le spectre révèle que son frère, le nouveau roi, l’a assassiné pour s’emparer du trône et épouser sa femme. Se marier avec sa belle-sœur est considéré à cette époque comme un inceste.

Laertes, fils du conseiller du roi, Polonius est sur le point de partir pour la France. Il met en garde sa soeur, Ophélie, contre Hamlet qui lui fait la cour.

Acte II

Ophélie annonce à Polonius, son père, qu’elle a rencontré Hamlet et qu’il a l’air fou. Le roi et la reine vont donc demander à deux amis d’Hamlet, Rosencrantz et Guildenstern, de rester au château pour aider le jeune homme à surmonter son chagrin.

On annonce au roi que les Norvégiens ont renoncé à attaquer le Danemark mais qu’ils demandent l’autorisation de traverser le pays pour partir en guerre contre la Pologne.

Des comédiens sont arrivés au château pour y donner une représentation. Hamlet leur demande d’ajouter à leur pièce quelques vers de sa composition. Son intention est de faire jouer le meurtre de son père devant le roi pour voir comment ce dernier réagit et ainsi le confondre.

Acte III

Le roi décide d’envoyer Hamlet en Angleterre pour l’éloigner de la cour.

Le soir de la représentation, lorsque le souverain assiste à la scène du meurtre, il quitte la salle du château. Pour Hamlet, c’est un aveu.

Polonius déclare au roi qu’il va se cacher derrière une tenture dans la chambre de la reine pour espionner la conversation qu’elle doit avoir avec son fils et vérifier qu’elle le réprimande. Hamlet, durant cette conversation, entend Polonius appeler "au secours" et le tue d’un coup d’épée.

Acte IV

Le roi convoque Hamlet et lui apprend qu’il doit partir pour l’Angleterre. Il le fait accompagner de  Rosencrantz et Guildenstern, porteurs d’une lettre pour le roi d’Angleterre à qui il est demandé de mettre à mort Hamlet.

Le roi et la reine attendent la visite de Laertes de retour de France et décidé à venger son père. Apparaît Ophélie qui est devenu folle depuis la mort de Polonius. Plus tard, on apprend qu’elle est morte noyée, sans doute s’est-elle suicidée.

Hamlet enlevé par des pirates, est de retour au Danemark, en route vers Elseneur. Le roi décide alors avec Laertes d’un combat à l’épée entre les deux jeunes hommes pour le tuer. La pointe de l’épée de Laertes sera enduite de poison.

Acte V

Hamlet de retour au Danemark assiste par hasard aux obsèques d’Ophélie puis il rejoint la cour où le duel est organisé. Le roi fait croire à Hamlet qu’il s’agit d’une joute amicale avec Laertes et que les épées sont mouchetées. En fait, en plus du poison dans lequel la pointe de l’épée de Laertes a été trempée, le roi prépare un verre de vin empoisonné pour Hamlet. Mais le vin est bu par la reine Gertrude qui va en mourir. Durant le combat Laertes blesse Hamlet mais il perd son épée. Celui-ci la ramasse et blesse Laertes à son tour. Les deux jeunes hommes vont mourir. Toutefois Hamlet a eu le temps de blesser le roi de la pointe empoisonnée et le tue. Arrive alors le prince de Norvège qui constate que la famille a été décile et va revendiquer le trône vacant du Danemark. Il ordonne qu’on fasse des obsèques royales à Hamlet.

Les thèmes

Le théâtre de Shakespeare se caractérise par la richesse des thèmes abordés. Nul autre dramaturge et peut-être nul autre écrivain n’a autant exploré tous les aspects de la nature humaine au travers de ses créations.

1. La folie
Hamlet sombre-t-il dans la folie après les révélations de son père ou simule-t-il cette mélancolie afin de mener à bien ses projets de vengeance ?

Si la folie a été très tôt un thème abordé par la littérature, pensons à la tragédie d’Euripide, Hercule furieux au Vème siècle av. J. C. , ou encore à la folie d’Yvain ou celle de Tristan du Moyen Age, elle a souvent présentée sous son aspect de fureur. Hamlet est sans doute le premier exemple d’une œuvre littéraire qui présente un portrait quasi clinique d’une forme d’affection mentale : la mélancolie. Il est d’ailleurs surprenant de constater à quel point la description de la maladie qui est faite par Timothy Bright dans son traité de la mélancolie en 1586, sans qu’on sache si Shakespeare avait ou non connaissance de ce texte.

2. Mensonge et vérité : la stratégie du complot
Si Hamlet est l’histoire d’une vengeance c’est nécessairement l’histoire de multiples complots. Les personnages acteurs, victimes ou complices sont tous impliqués dans ces manigances. La parole devient alors mensonge pour piéger l’autre, en faire son instrument ou l’amener à avouer. La duplicité sous-tend nombre de répliques alors que l’action ne semble converger que vers un unique but : la révélation de la vérité.

3. La spécularité : le théâtre dans le théâtre
Les œuvres de Shakespeare dans lesquelles il fait des allusions plus ou moins directes à son art sont nombreuses : personnages jouant un rôle à l’intérieur de la pièce, identité double ou triple, jeu de mots concernant ses comédiens… Mais dans aucune autre pièce il n’est question de la représentation d’une pièce sur scène. La concurrence entre dramaturges au temps d’Elisabeth était rude et c’était un moyen de répondre à ses confrères et détracteurs. Mais c’est aussi et surtout l’indice d’une réflexion permanente de Shakespeare sur sa création.

C’est également le lieu d’une réflexion sur cet art lui-même et ce qu’il dit du monde. Si l’on s’en tient à Hamlet, il participe lui aussi de cette parole de vérité.

 

 

[Haut de page]