Babel de la Bible à la littérature

Pistes pédagogiques

En 6e : Babel et le lien entre Terre et Ciel

1ère étape : Étude de passages de la Bible
 
Activité préparatoire : Recherches documentaires sur Nabuchodonosor et Jacob.
 
Groupement de textes bibliques (voir Présentation) :
- L’abandon de la tour de Babel qui devait s’élever jusqu’au cieux : Genèse, 11
- La chute du roi de Babylone qui avait voulu égaler Dieu : Esaie 14
- L’ascension des anges vers le ciel sur l’échelle de Jacob : Genèse, 28
- Le miracle des langues lors de la Pentecôte : Actes, 2
 
Objectif : Aborder les rapports entre Dieu et les hommes dans la Bible.
Comparer les récits d’élévations vers le ciel par orgueil (les hommes construisant Babel, Nabuchodonosor sur son trône), punies par Dieu, et la vision envoyée par Dieu d’une échelle conduisant les anges au Ciel, à l’humble et pieux Jacob.
Montrer comment le récit du miracle de la Pentecôte peut être une réponse à la confusion des langues infligée dans Gn 11.
 
Lecture de l’image :
Relever les éléments visuels qui permettent de montrer que ces représentations de la Tour de Babel et de l’échelle de Jacob illustrent bien les deux extraits de la Bible.    
           

 

L'échelle de Jacob (1490) Ecole d'Avignon, copyright Bridgeman Art LibraryConstruction de la Tour de Babel, Enluminure du Livre d'Heures du duc de Bedford (1424-1430)
 2e étape : Les hommes à l’assaut du ciel dans l’Antiquité

 

Activité préparatoire : Recherches documentaires sur les ziggurats et les pyramides.
Les hommes se représentent la divinité au ciel dans de nombreuses civilisations, comme en témoignent par exemple les ziggurat mésopotamiennes, escaliers permettant au dieu de descendre parmi les hommes, ou les pyramides égyptiennes, tombeaux aidant l’âme du pharaon à monter jusqu’au ciel après sa mort.
 
Groupement de textes de l’Antiquité grecque et romaine :
- Homère, Odyssée, Livre XI
- Ovide, Fastes, livre I 

Objectif : comparer un texte narratif et un texte argumentatif. 

- Étudier les caractéristiques du récit homérique.
Dans la mythologie grecque, on trouve l’histoire des Géants ayant voulu monter jusqu’au ciel en entassant les montagnes pour concurrencer l’Olympe, considéré par les Grecs comme le lieu le plus élevé de la terre et le séjour des dieux. 

« Jamais la terre fertile ne nourrit, après le célèbre Orion, de héros aussi grands et aussi beaux que les deux fils d’Iphimédie ; car à neuf ans ils avaient neuf coudées de grosseur, et leur taille était de neuf brasses. Ces héros menacèrent les immortels d’apporter dans les cieux le tumulte de la guerre ; ils tentèrent même de placer le mont Ossa dans l’Olympe, et sur l’Ossa le Pélion chargé de forêts, afin d’escalader le ciel. Certes ils auraient réussi, s’ils eussent atteint l’âge de puberté ! Le fils de Jupiter et de Latone à la blonde chevelure les tua tous deux avant que sous leurs tempes fleurît un tendre duvet, et que leurs joues fussent couvertes d’une barbe naissante ».
Homère, Odyssée, Livre XI  

- Montrer comment, quelques siècles plus tard à Rome, Ovide utilise la tentative mythologique des Géants. Il s’agit d’une image à visée argumentative, dans le but de faire l’éloge de l’astronomie et des scientifiques, esprits supérieurs qui s’élèvent vers le ciel par la connaissance et non par la soif du pouvoir ou de l’argent.

« Qui m’empêche de chanter également les étoiles, leur lever et leur coucher ? (…) Heureux les esprits qui, les premiers, ont pris soin de parvenir à cette connaissance et de s’élever jusqu’aux demeures célestes ! A n’en pas douter, ceux-là ont su dresser leur tête à la fois au-dessus des vices et des limites des autres hommes. Ni Vénus ni le vin n’ont pu briser leur noble cœur, ni les devoirs civils ni les épreuves militaires. Ils n’ont été tentés ni par la futile ambition ni par la gloire drapée de pourpre, ni par la soif des richesses. Ils ont rapproché de nos yeux les étoiles lointaines et par leur génie ils ont dominé l’éther. C’est ainsi qu’on atteint le ciel et non en superposant l’Ossa sur l’Olympe et en faisant toucher le firmament par la cime du Pélion. Nous aussi, nous pourrons, sous leur conduite, prendre la mesure du ciel ».
Ovide, Fastes, livre I 
 
Lecture de l’image : Sur cette photographie prise par l’artiste allemand Hansjörg Voth de l’ « Escalier céleste » construit par lui dans le désert marocain, le désir de s’élever vers le ciel n’est plus causé par une aspiration religieuse, une étude scientifique ou une volonté de puissance, mais par la recherche de la beauté.
 
Hansjörg Voth, Himmelstreppe (1984), copyright Hansjörg Voth

En 5e : Babel ou l’incommunicabilité entre les hommes 

 
1ère étape : Une réécriture de la Genèse à la Renaissance
 
Activité préparatoire : Lecture de l’épisode de Babel dans la Bible (Genèse, 11).
 
Étude de texte : Du Bartas, extrait de « Babilone », Deuxième Semaine, 1584 
 
Objectif : Analyser le drame de l’incommunicabilité comme châtiment de l’orgueil. 
 
Comme Scève dans Microcosme, Du Bartas décrit « l’enfance du monde », en réécrivant les épisodes de la Création divine. Dans « Babilone » il déplore la confusion née de Babel, la multiplicité des langues, qui rompt l’entente entre les hommes. Les Utopiens, chez Thomas More, parlent tous la même langue. On peut mettre en évidence ici les marques de la discorde et le rôle du langage. 
 
« Porte-moy, crie l’un, porte-moi la truelle :
On luy porte un marteau. Venez-çà, qu’on ciselle,
Dit l’autre, ceste tuile : adonc un Chesne on fend.
Sus, qu’on tende ce cable : alors on le destend.
[…]
On crie, on se tourmente, on fait signes en vain.
Ce que l’un a ja fait, l’autre desfait soudain.
Les confus hurlemens les mettent hors d’haleine.
[…]
O superbe revolte, ô traistre felonnie,
Voy de quelle façon l’Eternel t’a punie
[…]
Le Finlandois eust peu visiter l’Africain,
L’Indien l’Hespagnol, l’Anglois l’Américain,
Sans aucun interprete. Aujourd’huy le rivage,
Qui borne nostre bourg, borne nostre langage :
En sortant quatre pas hors de nostre maison,
Muets, las ! nous perdons l’outil de la raison » 
Guillaume Du Bartas, La Seconde Semaine, 1584
 
2e étape : La dérision critique du langage confus chez Rabelais 
 
Étude de texte :- Rabelais, Pantagruel, 1532 

Objectif : Analyser le comique de mots dans le dialogue rabelaisien. 

Chez Rabelais ce sont les jargons incompréhensibles, à l’intérieur d’une langue pourtant commune, qui nuisent à la communication entre les hommes. Il tourne en ridicule la vanité de ceux qui détournent le langage en se croyant supérieurs aux autres. Dans le chapitre 6 de Pantagruel, le héros rencontre près de Paris un étudiant qui s’exprime de manière artificielle en truffant son discours de termes alambiqués, de périphrases prétentieuses et de pseudo-latinismes (vocite pour vocitare, nommer, inclite pour inclitus, célèbre, aves de avus, l’aïeul, alme de alma, bienfaisante, réquiesce de requiescat, repose, etc…). C’est dans son patois limousin qu’il finira par parler, enfin « naturellement », dans la chute burlesque du passage.

« Un jour, je ne sais quand, Pantagruel se promenait après dîner avec ses compagnons, près de la porte par laquelle on entre dans Paris. Là, il rencontra un étudiant tout mignon, qui venait par ce chemin, et quand ils se furent salués, il lui demanda :
- Mon ami, d’où viens-tu à cette heure ?
 L’étudiant lui répondit : – De l’alme, inclite et célèbre académie que l’on vocite Lutèce.
- Qu’est-ce à dire ? dit Pantagruel à l’un de ses compagnons.
- C’est Paris, répondit l’autre ».(…)
- Seigneur, ce galant veut sans doute déformer la langue des Parisiens. Mais il ne fait qu’écorcher le latin, et il croit ainsi parler comme Pindare. Il se prend pour un grand orateur français, parce qu’il dédaigne la façon commune de parler. Pantagruel dit alors :
- Est-ce vrai ?
L’étudiant lui répondit :
- Signor Missaire, mon génie n’est point apte nate à ce que dit ce flagitiose nébulon pour escorier la cuticule de notre vernacule Gallique, mais vice versement je gnave opère, et par vèles et rames je me énite de le locupléter de la redondance latinicome.
- Par Dieu, dit Pantagruel, je vous apprendrai à parler ! Mais d’abord, réponds-moi : d’où es-tu ?
L’étudiant lui dit alors :
- L’origine primève de mes aves et ataves fut indigène des régions Lémovicques, où réquiesce le corpore de l’agiotate saint Martial. ­
Je comprends bien, dit Pantagruel. Tu es Limousin, pour tout potage. Et tu veux faire le Parisien. Viens donc ici, que je t’étrille !
Alors il le prit à la gorge, en lui disant :
- Tu écorches le latin. Par saint Jean, je vais te faire vomir ton jargon, car je t’écorcherai tout vif !
Le pauvre Limousin s’écria :
- Vée dicou, gentillâtre ! Oh, saint Marsault, adjouda mi ! Oh, oh, laissas à quau, au nom de Dious, et ne me touquas grou !
Pantagruel lui dit alors :
- Voilà que tu parles naturellement ».
François Rabelais, Pantagruel, 1532 
 
Lecture de l’image : Montrer l’évolution des représentations de la tour de Babel, du Moyen Âge à la Renaissance (voir Texte et image). 
 
Prolongement : Dialogues comiques et confusions parodiques du langage 
 
Groupement de textes du XVIIe et du XXe siècles :
- Molière, Les Précieuses ridicules, 1659
- Jean Tardieu, Un mot pour un autre, 1951
 
« MAROTTE.- Voilà un laquais qui demande si vous êtes au logis, et dit que son maître vous veut venir voir.
MAGDELON.- Apprenez, sotte, à vous énoncer moins vulgairement. Dites : "Voilà un nécessaire qui demande si vous êtes en commodité d’être visibles."
MAROTTE.- Dame, je n’entends point le latin, et je n’ai pas appris, comme vous, la filofie dans le Grand Cyre.
MAGDELON.- L’impertinente ! Le moyen de souffrir cela ! Et qui est-il le maître de ce laquais ?
MAROTTE.- Il me l’a nommé le marquis de Mascarille.
MAGDELON.- Ah ma chère ! un marquis. Oui, allez dire qu’on nous peut voir. C’est sans doute un bel esprit, qui aura ouï parler de nous.
CATHOS.- Assurément, ma chère.
MAGDELON.- Il faut le recevoir dans cette salle basse, plutôt qu’en notre chambre : ajustons un peu nos cheveux au moins, et soutenons notre réputation. Vite, venez nous tendre ici dedans le conseiller des Grâces.
MAROTTE.- Par ma foi, je ne sais point quelle bête c’est là, il faut parler chrétien, si vous voulez, que je vous entende.
CATHOS.- Apportez-nous le miroir, ignorante que vous êtes. Et gardez-vous bien d’en salir la glace, par la communication de votre image ».
Molière, Les Précieuses ridicules, 1659 
 
« IRMA, annonçant.
Madame la comtesse de Perleminouze !
MADAME, fermant le piano et allant au-devant de son amie.
Chère, très chère peluche ! Depuis combien de trous, depuis combien de galets n’avais-je pas eu le mitron de vous sucrer ! (…)
MADAME DE PERLEMINOUZE, confidentiellement.
Alors, toujours pas de pralines ? 
MADAME
Aucune.
MADAME DE PERLEMINOUZE
Pas même un grain de riflard ?
MADAME
Pas un ! Il n’a jamais daigné me repiquer, depuis le flot où il m’a zébrée !
MADAME DE PERLEMINOUZE
Quel ronfleur ! Mais il fallait lui racler des flammèches !
MADAME
C’est ce que j’ai fait. Je lui en ai raclé quatre, cinq, six peut-être en quelques mous : jamais il n’a ramoné.
MADAME DE PERLEMINOUZE
Pauvre chère petite tisane ! (Rêveuse et tentatrice.) Si j’étais vous, je prendrais un autre lampion !
MADAME
Impossible ! On voit que vous ne le coulissez pas ! Il a sur moi un terrible foulard ! Je suis sa mouche, sa mitaine, sa sarcelle ; il est mon rotin, mon sifflet ; sans lui je ne peux ni coincer ni glapir ; jamais je ne le bouclerai ! (Changeant de ton.) Mais j’y touille, vous flotterez bien quelque chose : une cloque de zoulou, deux doigts de loto ?
MADAME DE PERLEMINOUZE, acceptant.
Merci, avec grand soleil.
MADAME, elle sonne, sonne en vain. Se lève et appelle : Irma!… Irma, voyons ! Oh ! cette biche ! Elle est courbe comme un tronc… Excusez-moi, il faut que j’aille à la basoche, masquer cette pantoufle. Je radoube dans une minette ».
Jean Tardieu, Un mot pour un autre, 1951 

 En 4e : Visions de Babylone et de sa chute 

1ère étape : La Babylone biblique, portrait inversé de Jérusalem 
 
Groupement de textes extraits de la Bible (voir Présentation) :
- La chute de Babylone : Apocalypse, 17, 18 et Jérémie, 51
- La Jérusalem céleste : Apocalypse, 21 
 
Objectif : Comparer les caractérisations de la ville maudite et de la ville céleste (voir Présentation). 
 
Lecture de l’image : Montrer que la gravure de Dürer représentant la Prostituée de Babylone illustre l’Apocalypse de Jean. 
 
On reconnaît Babylone sous les traits de la femme assise sur la bête aux sept têtes et aux dix cornes. Richement vêtue, elle tient à la main la coupe en or remplie de ses péchés. Les armées du ciel sont prêtes à fondre sur la ville. Les puissants (et même un moine) sont devant elle et l’admirent.
 
Albrecht Dürer, La Prostituée de Babylone, 1497, copyright Paris Petit Palais
 

2e étape : Babylone au XIXe siècle 

Groupement de textes du XIXe :
- Hugo, « Les Sept merveilles du monde », La Légende des siècles, 1877
- Byron, « Vision de Balthazar », Mélodies hébraïques, 1815 
 
Objectif : Analyser le mélange de terreur et de fascination dans les représentations romantiques de Babylone. 
On notera la présence du surnaturel (les arbres qui parlent, la main qui trace les mots) et l’atmosphère inquiétante créée par les poètes, inspirés par la mythique Babylone. Hugo fait le portrait de Sémiramis à travers une voix mystérieuse qui semble venir des fameux jardins suspendus eux-mêmes, à la fois célestes et « monstrueux ». Selon les légendes, ils auraient été construits par Nabuchodonosor II, pour rappeler à son épouse son pays d’origine, ou par la reine Sémiramis. Le poète la dépeint sous les traits cruels et voluptueux d’une Ishtar, déesse mésopotamienne de la guerre et de l’amour libre : 
 
« Et cette voix semblait le bruit d’un grand feuillage : 
- Gloire à Sémiramis la fatale ! Elle mit
Sur ces palais nos fleurs sans nombre où l’air frémit.
Gloire ! en l’épouvantant elle éclaira la terre ;
Son lit fut formidable et son cœur solitaire.
[…]
Nous, transplantés dans l’air, plus haut que Babylone
Pleine d’un peuple épais qui roule et tourbillonne,
Et de pas, et de chars par des buffles traînés,
Nous vivons au niveau du nuage, étonnés
D’entendre murmurer des voix sous nos racines ;
Le voyageur qui vient des campagnes voisines
Croit que la grande reine au bras fort, à l’œil sûr,
A volé dans l’éden ces forêts de l’azur.
[…]
Gloire à Sémiramis qui posa nos terrasses
Sur des murs que vient battre en vain le flot des races
Et sur des ponts dont l’arche est au-dessus du temps !
Cette reine, parfois, sous nos rameaux flottants,
Venait rire entre deux écroulements d’empires ;
[…]
Nos parfums ont parfois conseillé des supplices ;
De ses enivrements nos fleurs furent complices ;
Nos sentiers n’ont gardé qu’une trace, son pas.
Fils de Sémiramis, nous ne périrons pas ;
Ce qu’assembla sa main, qui pourrait le disjoindre ?
Nous regardons le siècle après le siècle poindre
Nous regardons passer les peuples tour à tour
Nous sommes à jamais, et jusqu’au dernier jour,
Jusqu’à ce que l’aurore au front des cieux s’endorme,
Les jardins monstrueux pleins de sa joie énorme ».
Hugo, « Les Sept merveilles du monde », La Légende des siècles, 1877
 
Martin van Heemskerck, Les Jardins suspendus de Babylone, XVIe siècle
 
Le poème de Byron est une réécriture du fameux épisode de la Bible (Daniel, 5) :
Au cours du festin d’un personnage présenté comme le dernier roi de Babylone, Balthazar, les vases sacrés des Hébreux qui avaient été volés par Nabuchodonosor au temple de Jérusalem sont utilisés comme coupes de vin pour les réjouissances païennes. Une main apparaît alors et trace ces trois mots : « Mane, Thecel, Phares » (« compté, pesé, divisé »), dont Daniel révèle le sens fatal pour le souverain, jugé et condamné par Dieu, et pour son empire, qui sera partagé entre les Perses et les Mèdes. Byron condense le récit biblique et en ôte les aspects religieux les plus explicites, mettant en valeur le merveilleux du miracle et l’atmosphère de terreur devant l’inexplicable. 
 
« Le roi était sur son trône, les satrapes encombraient la salle : mille flambeaux étincelants éclairaient cette magnifique fête. Mille coupes d’or, vouées naguère au culte divin chez le peuple de Juda ; oui, les vases sacrés de Jéhovah s’emplissaient de vin pour les Gentils, contempteurs de Dieu. 
Soudain, dans cette même salle, une main appliqua ses doigts sur le mur, et se mit à écrire comme sur le sable ; c’étaient les doigts d’un homme ; une main solitaire parcourait les lettres, et, comme une baguette, en suivait tous les traits. 
À cette vue, le monarque frémit, et imposa fin à la joie. Le sang se retira de ses joues, et sa voix devint tremblante. « Viennent les hommes de la science, les sages de la terre ; qu’ils expliquent ces mots de terreur qui troublent nos royaux plaisirs. » 
Les prophètes de la Chaldée sont habiles ; mais ici leur talent est nul : inconnues leur étaient ces lettres, qui restaient toujours là, inexplicables et terribles. Les vieillards de Babylone sont sages et profonds en savoir ; mais alors échoua leur sagesse : ils virent ces lettres, et n’en surent pas davantage. 
Un captif, jeune homme transplanté sur ce sol étranger, entendit l’ordre du roi, et vit le vrai sens des caractères écrits sur le mur. Les lumières brillaient tout alentour ; la prophétie frappait tous les regards : il la lut, et le jour qui suivit cette nuit en prouva la vérité. 
- Balthazar a sa tombe prête : son royaume n’est plus. Balthazar, pesé dans la balance, n’est qu’argile indigne et légère. Il aura le linceul pour manteau royal, et pour dais la pierre du sépulcre. Le Mède est à la porte du palais ! le Perse, sur le trône ! »
Byron, « Vision de Balthazar », Mélodies hébraïques, 1815, traduction Paulin Paris
 
 
 
Prolongement : Lecture de l’image :
Décrire et interpréter la photographie de Julee Holcombe, Babel Revisited (voir Texte et image).
 
Au XXIe siècle, la ville et sa tour inspirent toujours les artistes, qui en donnent une image ambivalente.  

En 3e : L’écrivain engagé contre Babel 

1ère étape : La résistance à la tyrannie 

 
Activité préparatoire : Lecture de l’épisode de Babel dans la Bible (Genèse, 11). 
 
Groupement de textes (voir Corpus littéraire) :
- Pierre Emmanuel, Babel, 1951
- Erri de Luca, Un nuage comme tapis, 1991  
 
Objectif : Montrer comment Babel devient un symbole d’oppression auquel les écrivains appellent à résister à travers leur récit (voir Corpus littéraire). 
 
Lecture de l’image :
- Cornelis Anthonisz, La destruction de la Tour de Babel
- Gustave Doré, La Tour de Babel
 
Analyser les procédés de dramatisation dans la représentation de la destruction de la tour de Babel (voir Texte et image).  
 

2e étape : Le rôle du poète 

 
Groupement de textes de Victor Hugo (voir Corpus littéraire) :
- « Réponse à un acte d’accusation », Les Contemplations, 1834
- « La Vision d’où est sorti ce livre », La Légende des siècles, 1859 
 
Objectif : Montrer quel est le rôle que Hugo assigne au poète (voir Corpus littéraire).

En 2de : Babel au cœur d’une argumentation

1ère étape : Éloge et blâme 
 
Activité préparatoire : Lecture de l’épisode de Babel dans la Bible (Genèse, 11). 
 
Groupement de textes (voir Corpus littéraire) :
- Goethe, « Architecture allemande », 1772
- Stefan Zweig, « La Tour de Babel », 1916
- Primo Lévi, Si c’est un homme, 1947 
 
Objectif : Comparer les visions positives et négatives de Babel et identifier les genres argumentatifs : deux essais et un récit autobiographique (voir Corpus littéraire).  
2e étape : La contre-utopie 
 
Groupement de textes (voir Corpus littéraire) :
- Fédor Dostoïevski, Les Frères Karamazov, 1880
- Paul Auster, Cité de verre, 1985 
 
Objectif : Mettre en évidence l’argumentation directe de ces extraits, dont la portée est implicite (voir Corpus littéraire).
 
 Lecture de l’image : Analyse de la première heure du film Métropolis de Fritz Lang (voir Texte et image). 
 

 En 1ère L : Les réécritures de Babel

 1ère étape : Visions de l’homme et du monde
 
Activité préparatoire : Lecture de l’épisode de Babel dans la Bible (Genèse, 11). 
 
Lecture d’œuvres intégrales (voir Corpus littéraire) :
- Franz Kafka, « Les armes de la ville », 1920
- Jorge Luis Borges, « La Bibliothèque de Babel », 1941 
 
Objectif : Étudier deux récits porteurs d’une vision de l’homme et du monde (voir Corpus littéraire). 
 
Lecture de l’image :
- Pieter Bruegel, La Tour de Babel, conservée à Rotterdam
- Patrick Mimran, Babel TV
 
Analyser la reprise de la Tour de Bruegel dans une installation d’art contemporain (voir Texte et image).  
 
2e étape : Atelier d’écriture 
 
Objectif : Écrire, selon la méthode de François Bon, la réécriture d’un mythe à la manière de Kafka. 
 
L’écrivain François Bon, dans l’une de ses séances d’atelier d’écriture, propose d’écrire trois brèves variantes à partir d’un mythe de son choix :
 
« C’est parce que Kafka rassemble et condense en cinq lignes l’histoire du Prométhée qu’il l’évide suffisamment et la rend transformable. C’est parce que ce premier travail de résumé rendra le thème choisi suffisamment abstrait et simplifié qu’on va pouvoir ébaucher des variantes inventées du même thème, par simple déplacement combinatoire des mêmes éléments fixes. On peut croiser là l’univers des écritures dites à contraintes, en proposant de réutiliser les incipit de chaque variante du « Prométhée » de Kafka, leurs trois premiers mots, et de finir par ce qui est le dernier mot aussi de Kafka : le mot inexplicable. »
 
François Bon, Tous les mots sont adultes – méthode pour l’atelier d’écriture, Fayard, 2000, p.73
 
On pourra ainsi travailler à partir de ce « Prométhée » de Kafka, à la suite de l’étude de « Les armes de la ville » :
 
« Quatre légendes nous rapportent l’histoire de Prométhée : selon la première, il fut enchaîné sur le Caucase parce qu’il avait trahi les dieux pour les hommes, et les dieux lui envoyèrent des aigles, qui lui dévorèrent son foie toujours renaissant. Selon la deuxième, Prométhée, fuyant dans sa douleur les becs qui le déchiquetaient, s’enfonça de plus en plus profondément à l’intérieur du rocher jusqu’à ne plus faire qu’un avec lui. Selon la troisième, sa trahison fut oubliée au cours des millénaires, les dieux oublièrent, les aigles se fatiguèrent, et, fatiguée, la plaie se referma. Restait l’inexplicable roc. – La légende tente d’expliquer l’inexplicable. Comme elle naît d’un fond de vérité, il lui faut bien retourner à l’inexplicable. »
Kafka, « Prométhée », traduction Marthe Robert, Gallimard, 1950

 

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