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	<title>Textes Fondateurs &#187; Babel</title>
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		<title>Présentation</title>
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		<comments>http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/index.php/ressources-3#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 30 Jun 2009 08:49:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Babel]]></category>
		<category><![CDATA[bible]]></category>
		<category><![CDATA[histoire des arts]]></category>
		<category><![CDATA[mythe de babel]]></category>
		<category><![CDATA[textes fondateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[I. Babel, la tentation de l&#8217;orgueil II. Inverser la mal&#233;diction de Babel III. Une r&#233;flexion sur la diversit&#233; des langues et des peuples &#160; Le nom de Babel, ou Babylone, d&#233;signe la ville o&#249; fut &#233;rig&#233;e la fameuse tour &#233;voqu&#233;e dans la Gen&#232;se. La ville comme la tour ont r&#233;ellement exist&#233;, trois mill&#233;naires avant J&#233;sus-Christ, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>I. <a href="#1"><u>Babel, la tentation de l&rsquo;orgueil</u></a></p>
<p>II. <a href="#2"><u>Inverser la mal&eacute;diction de Babel</u></a></p>
<p>III. <a href="#3"><u>Une r&eacute;flexion sur la diversit&eacute; des langues et des peuples</u></a></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;<a href="http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&amp;Total=25&amp;FP=49959425&amp;E=2K1KTS62EJ3CZ&amp;SID=2K1KTS62EJ3CZ&amp;New=T&amp;Pic=22&amp;SubE=2C6NU0H4PCV8" target="_blank"><img height="398" width="550" align="middle" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/Lucas van Valkenborch, La Tour de Babel .jpg" alt="Lucas van Valkenborch, La Tour de Babel, 1594, Mus&eacute;e du Louvre" /></a></p>
<div>Le nom de Babel, ou Babylone, d&eacute;signe la ville o&ugrave; fut &eacute;rig&eacute;e la fameuse tour &eacute;voqu&eacute;e dans la <strong>Gen&egrave;se</strong>. La ville comme la tour ont r&eacute;ellement exist&eacute;, trois mill&eacute;naires avant J&eacute;sus-Christ, et il n&rsquo;en reste rien aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;un immense champ de ruines sur le site antique de <strong>Babylone en Irak</strong>.</div>
<div>&nbsp;</div>
<div>De Babel, il ne reste donc plus que le nom, qui signifierait &laquo;&nbsp;<strong>Porte du dieu&nbsp;</strong>&raquo; (Bab-ili en akkadien) ou &laquo;&nbsp;<strong>confondre </strong>&raquo; (de l&rsquo;h&eacute;breu b&acirc;lal)&nbsp;; cette double &eacute;tymologie rend bien compte de l&rsquo;ambivalence de cette cit&eacute; et de sa tour, sous le signe &agrave; la fois de la merveille et de la mal&eacute;diction. <strong>Un &eacute;pisode de neuf versets dans la Bible </strong>et, hors de la Gen&egrave;se, plus aucune allusion &agrave; l&rsquo;&eacute;chec de cette entreprise humaine interrompue par Dieu. Mais dans l&rsquo;imaginaire des artistes et des penseurs, <strong>une post&eacute;rit&eacute; inou&iuml;e </strong>jusqu&rsquo;&agrave; aujourd&rsquo;hui. Fonctionnant comme un mythe, ce r&eacute;cit biblique propose une explication &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;un ph&eacute;nom&egrave;ne&nbsp;: <strong>la multiplicit&eacute; des langues et la dispersion des peuples sur la terre</strong>.&nbsp;</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px; text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Tout le monde se servait d&#8217;une m&ecirc;me langue et des m&ecirc;mes mots. Comme les hommes se d&eacute;pla&ccedil;aient &agrave; l&#8217;orient, ils trouv&egrave;rent une vall&eacute;e au pays de Shin&eacute;ar et ils s&#8217;y &eacute;tablirent. Ils se dirent l&#8217;un &agrave; l&#8217;autre : Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent : Allons ! B&acirc;tissons-nous une ville et une tour dont le sommet p&eacute;n&egrave;tre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispers&eacute;s sur toute la terre ! Or Yahv&eacute; descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient b&acirc;ties. Et Yahv&eacute; dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le d&eacute;but de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irr&eacute;alisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et l&agrave;, confondons leur langage pour qu&#8217;ils ne s&#8217;entendent plus les uns les autres.Yahv&eacute; les dispersa de l&agrave; sur toute la face de la terre et ils cess&egrave;rent de b&acirc;tir la ville. Aussi la nomma-t-on Babel, car c&#8217;est l&agrave; que Yahv&eacute; confondit le langage de tous les habitants de la terre et c&#8217;est de l&agrave; qu&#8217;il les dispersa sur toute la face de la terre&nbsp;&raquo;. (<strong>Gen&egrave;se</strong>, 11, <i>La Bible</i><i> de J&eacute;rusalem</i>)&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px; text-align: justify;">&nbsp;</div>
<div>De nombreux indices dans ce r&eacute;cit permettent de reconna&icirc;tre Babylone, que les H&eacute;breux ont vue durant leur longue captivit&eacute;&nbsp;: Shin&eacute;ar d&eacute;signe la r&eacute;gion de Sumer en M&eacute;sopotamie, et la tour est sans doute inspir&eacute;e de <strong>la grande ziggurat de Babylone</strong>. Cette tour &agrave; &eacute;tages &agrave; base carr&eacute;e (observ&eacute;e et d&eacute;crite par H&eacute;rodote, et dont les restes furent plus tard d&eacute;blay&eacute;s par Alexandre le Grand qui n&rsquo;eut pas le temps de la reconstruire), &eacute;tait appel&eacute;e l&rsquo;Etemenanki, &laquo;&nbsp;maison du fondement du ciel et de la terre&nbsp;&raquo;. Elle permettait au dieu babylonien Marduk de descendre parmi les hommes et au roi de s&rsquo;&eacute;lever jusqu&rsquo;&agrave; la divinit&eacute;. Les mat&eacute;riaux de constructions &eacute;voqu&eacute;s sont bien ceux qu&rsquo;utilisaient les M&eacute;sopotamiens&nbsp;: dans cette plaine argileuse, ce sont les briques cuites qui servent &agrave; b&acirc;tir, et non la pierre. Le souverain de Babylone Nabuchodonosor II fit graver le souhait que la tour rivalise avec les cieux, et que son sanctuaire d&eacute;cor&eacute; de pierreries, au sommet, soit &laquo;&nbsp;semblable aux signes inscrits au firmament&nbsp;&raquo;&hellip;</div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;<a href="http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&amp;Total=25&amp;FP=49959425&amp;E=2K1KTS62EJ3CZ&amp;SID=2K1KTS62EJ3CZ&amp;New=T&amp;Pic=6&amp;SubE=2C6NU00TTWWM" target="_blank"><img height="332" width="458" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/ziggourat.jpg" alt="Maquette de la ziggourat de Babyllone, BPK, Berlin, Dist RMN / J&uuml;rgen Liepe" /></a></p>
<p><a name="1"></a></p>
<h2>I. Babel, la tentation de l&rsquo;orgueil</h2>
<p>&nbsp;La somptueuse Babylone aux murailles immenses a&nbsp;maintenu sa supr&eacute;matie durant 15 si&egrave;cles, particuli&egrave;rement &agrave; partir du r&egrave;gne du roi Hammurabi (1792-1950 av. J.-C.). Pour les H&eacute;breux, tribus semi-nomades, la cit&eacute; de Babylone est <strong>le lieu douloureux de la captivit&eacute; impos&eacute;e par Nabuchodonosor II</strong>. La Bible lui invente une origine marqu&eacute;e par le mal. D&rsquo;abord, le premier constructeur de&nbsp;ville dans la Bible est un criminel, <strong>Ca&iuml;n</strong>. Celui-ci est par ailleurs un s&eacute;dentaire, cultivant le sol, contrairement &agrave; son fr&egrave;re Abel, le pasteur dont l&rsquo;offrande est agr&eacute;&eacute;e par Dieu. Ensuite, la ville de Babel revient &agrave; la mauvaise lign&eacute;e issue de No&eacute;, celle de Cham, le mauvais fils. D&eacute;sign&eacute; comme le souverain de Babel dans la Gen&egrave;se, Nemrod, petit-fils de Cham, sera consid&eacute;r&eacute;, plusieurs si&egrave;cles apr&egrave;s l&rsquo;ach&egrave;vement de la Bible, comme le tyran qui ordonna la construction de la tour.&nbsp;</p>
<div>Babel/Babylone est un <strong>symbole de corruption</strong>. L&rsquo;&eacute;pisode de la tour, dans le chapitre 11 de la Gen&egrave;se, est significativement plac&eacute; &agrave; la suite d&rsquo;une <strong>s&eacute;rie de fautes humaines punies par Dieu </strong>(l&rsquo;expulsion d&rsquo;Adam et Eve hors du Paradis, le bannissement de Ca&iuml;n meurtrier de son fr&egrave;re, le D&eacute;luge, et enfin l&rsquo;inach&egrave;vement de Babel et la dispersion des hommes, qui cessent de parler la m&ecirc;me langue).</div>
<div>La construction par les hommes d&rsquo;une tour &laquo;&nbsp;dont le sommet touche le ciel&nbsp;&raquo; est interpr&eacute;t&eacute;e par la tradition chr&eacute;tienne comme un <strong>signe d&rsquo;<i>hybris</i> qui m&eacute;rite le ch&acirc;timent divin</strong>, comme l&rsquo;est aussi leur volont&eacute; de &laquo;&nbsp;se faire un nom&nbsp;&raquo; de mani&egrave;re autonome &ndash; si Adam pouvait nommer les &ecirc;tres anim&eacute;s, il ne pouvait pas s&rsquo;accorder &agrave; lui-m&ecirc;me un nom. Enfin, les hommes se r&eacute;unissent tous dans le m&ecirc;me lieu, alors que Yahv&eacute; leur a demand&eacute; de remplir la terre (Gen&egrave;se, 9). Dieu intervient donc pour rappeler que sa propre puissance est sup&eacute;rieure &agrave; celle des hommes. Ceux-ci ont b&acirc;ti la tour pour &laquo;&nbsp;ne pas &ecirc;tre dispers&eacute;s&nbsp;&raquo;, Dieu &laquo;&nbsp;les dispersa sur toute la surface de la terre&nbsp;&raquo;&nbsp;; ils voulaient &laquo;&nbsp;se faire un nom&nbsp;&raquo;, Dieu brouille leur langue, les emp&ecirc;chant de se comprendre. Ils b&acirc;tissaient leur premi&egrave;re grande &oelig;uvre, elle restera inachev&eacute;e. Le nom m&ecirc;me de la ville, Babel, change de signification, faisant de la &laquo;&nbsp;Porte du dieu&nbsp;&raquo; le lieu o&ugrave; tout va se &laquo;&nbsp;Confondre&nbsp;&raquo;&hellip;</div>
<div>Dans les commentaires h&eacute;bra&iuml;ques, post&eacute;rieurs &agrave; la Bible, Dieu ne condamne pas le progr&egrave;s mais le fait que la construction de la tour manifeste un m&eacute;pris de la vie humaine&nbsp;: dans cette entreprise collective, la mort d&rsquo;un ouvrier finit par compter moins que la perte d&rsquo;une brique. Il est dit aussi que les hommes perdent la m&eacute;moire apr&egrave;s l&rsquo;&eacute;pisode de la tour. D&rsquo;autres ajouteront que le but des b&acirc;tisseurs &eacute;tait de v&eacute;n&eacute;rer des idoles, de se mesurer &agrave; Dieu et de lui faire la guerre aux cieux, tandis que d&rsquo;autres traditions encore &eacute;voquent l&rsquo;ambition de Nemrod de garantir les hommes d&rsquo;un nouveau D&eacute;luge inflig&eacute; par Dieu.&nbsp;Ainsi, tout au long de la Bible, Babylone fait partie de ces villes maudites promises &agrave; la destruction par les proph&egrave;tes, comme le sont <strong>Sodome et Gomorrhe</strong>. Esa&iuml;e annonce la chute du souverain qui condamna le peuple h&eacute;breu &agrave; l&rsquo;exil&nbsp;et qui ravagea J&eacute;rusalem, Nabuchodonosor II. Un renversement total s&rsquo;op&egrave;re, du haut au bas, de la splendeur &agrave; la mis&egrave;re.</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px; text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Le jour o&ugrave; le SEIGNEUR t&#8217;aura donn&eacute; le repos, apr&egrave;s ta peine, ton tourment et la dure servitude &agrave; laquelle tu as &eacute;t&eacute; assujetti, Tu entonneras cette chanson sur le roi de Babylone : Comment a-t-il fini, l&#8217;oppresseur&nbsp;? Comment a fini son arrogance ?&nbsp;(&hellip;) Comment as-tu &eacute;t&eacute; pr&eacute;cipit&eacute; &agrave; terre, toi qui r&eacute;duisais les nations, Toi qui disais : &#8211; Je monterai dans les cieux, je hausserai mon tr&ocirc;ne au-dessus des &eacute;toiles de Dieu, je si&eacute;gerai sur la montagne de l&#8217;assembl&eacute;e divine &agrave; l&#8217;extr&ecirc;me nord, je monterai au sommet des nuages, je serai comme le Tr&egrave;s-Haut. Mais tu as d&ucirc; descendre dans le s&eacute;jour des morts au plus profond de la Fosse&nbsp;&raquo;.(<strong>Esa&iuml;e</strong>, 14, <i>Traduction &OElig;cum&eacute;nique de la Bible</i>)&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px; text-align: justify;">&nbsp;</div>
<div>J&eacute;r&eacute;mie proclame l&rsquo;an&eacute;antissement de la cit&eacute; orgueilleuse et corrompue.</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px; text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Babylone &eacute;tait une coupe d&#8217;or aux mains de Yahv&eacute;, elle enivrait la terre enti&egrave;re, les nations s&#8217;abreuvaient de son vin c&#8217;est pourquoi elles devenaient folles. (&hellip;)Toi qui si&egrave;ges au bord des grandes eaux, toi, riche en tr&eacute;sors, ta fin est arriv&eacute;e, le terme de tes rapines. (&hellip;) La terre trembla et fr&eacute;mit. C&#8217;est que s&#8217;ex&eacute;cutait contre Babylone le plan de Yahv&eacute;&nbsp;: changer le territoire de Babylone en solitude sans habitants. (&hellip;) Babylone deviendra un tas de pierres, un repaire de chacals, un objet d&#8217;&eacute;pouvante et de d&eacute;rision, sans plus d&#8217;habitants. (&hellip;)Babylone escaladerait-elle le ciel, renforcerait-elle sa citadelle inaccessible, sur mon ordre lui viendront des d&eacute;vastateurs, oracle de Yahv&eacute;. Bruit d&#8217;une clameur qui sort de Babylone, d&#8217;un grand d&eacute;sastre, du pays des Chald&eacute;ens ! Car Yahv&eacute; d&eacute;vaste Babylone &raquo;.(J&eacute;r&eacute;mie, 51,<i> La Bible de J&eacute;rusalem</i>)</div>
<div style="margin-left: 40px; text-align: justify;">&nbsp;</div>
<div>&nbsp;Et &agrave; la fin du Nouveau Testament, <strong>Jean </strong>proph&eacute;tise &agrave; son tour la condamnation et la destruction de Babylone&nbsp;:</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px;">&laquo;&nbsp;Alors l&#8217;un des sept Anges aux sept coupes s&#8217;en vint me dire : &quot; Viens, que je te montre le jugement de la Prostitu&eacute;e fameuse, assise au bord des grandes eaux. (&hellip;) Il me transporta au d&eacute;sert, en esprit. Et je vis une femme, assise sur une B&ecirc;te &eacute;carlate couverte de titres blasph&eacute;matoires et portant sept t&ecirc;tes et dix cornes. La femme, v&ecirc;tue de pourpre et d&#8217;&eacute;carlate, &eacute;tincelait d&#8217;or, de pierres pr&eacute;cieuses et de perles ; elle tenait &agrave; la main une coupe en or, remplie d&#8217;abominations et des souillures de sa prostitution&nbsp;&raquo;. (<strong>Apocalypse</strong>, 17,<i> La Bible de J&eacute;rusalem</i>)</div>
<div style="margin-left: 40px;">&laquo;&nbsp;A la mesure de son faste et de son luxe, donnez-lui tourments et malheurs ! Je tr&ocirc;ne en reine, se dit-elle, et je ne suis pas veuve, et jamais je ne verrai le deuil&#8230;Voil&agrave; pourquoi, en un seul jour, des plaies vont fondre sur elle : peste, deuil et famine&nbsp;; elle sera consum&eacute;e par le feu. Car il est puissant, le Seigneur Dieu qui l&#8217;a condamn&eacute;e. Ils pleureront, ils se lamenteront sur elle, les rois de la terre, les compagnons de sa vie lascive et fastueuse, quand ils verront la fum&eacute;e de ses flammes, Retenus &agrave; distance par peur de son supplice : &quot; H&eacute;las, h&eacute;las ! Immense cit&eacute;, &ocirc; Babylone, cit&eacute; puissante, car une heure a suffi pour que tu sois jug&eacute;e ! &quot;Ils pleurent et se d&eacute;solent sur elle, les trafiquants de la terre&nbsp;&raquo;.(<strong>Apocalypse</strong>,18, <i>La Bible</i><i> de J&eacute;rusalem</i>)&nbsp;&nbsp;</div>
<p>&nbsp;Au<strong> moment de la r&eacute;daction de l&rsquo;Apocalypse, Babylone d&eacute;signe Rome</strong>, qui pers&eacute;cutait les chr&eacute;tiens et qui d&eacute;truisit le Temple de J&eacute;rusalem en 70. D&eacute;sign&eacute;e comme la Grande Prostitu&eacute;e, Babylone exhibe un luxe contraire &agrave; l&rsquo;humilit&eacute; pr&ocirc;n&eacute;e par les Evangiles. Plus tard, &agrave; la Renaissance, <strong>Luther </strong>comparera lui aussi Rome, celle des papes, &agrave; la Babylone corrompue. <strong>P&eacute;trarque</strong>, dans ses sonnets, d&eacute;signe Avignon, la ville des papes, sous le nom de Babel. C&rsquo;est &agrave; cette &eacute;poque que le latin dispara&icirc;t en tant que langue universelle. L&rsquo;&eacute;pisode de Babel redevient tr&egrave;s pr&eacute;sent dans les esprits des hommes du XVIe si&egrave;cle.</p>
<p style="text-align: center;"><img height="238" width="360" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/John Martin La chute de Babylone.jpeg" alt="John Martin, La Chute de Babylone, 1831, BNF" /></p>
<p><a name="2"></a></p>
<h2>&nbsp;II. Inverser la mal&eacute;diction de Babel&nbsp;</h2>
<p>&nbsp;L&rsquo;envers de Babel dans la perspective chr&eacute;tienne, c&rsquo;est la reconstruction d&rsquo;une union et d&rsquo;une communication entre les hommes, et une alliance r&eacute;tablie entre le Ciel et la terre. Un des &eacute;l&eacute;ments symboliques qui fonctionne &agrave; l&rsquo;inverse de la tour de Babel est <strong>l&rsquo;&eacute;chelle de Jacob</strong> :</p>
<div style="margin-left: 40px; text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Il eut un songe : voici qu&#8217;&eacute;tait dress&eacute;e sur terre une &eacute;chelle dont le sommet touchait le ciel ; des anges de Dieu y montaient et y descendaient&nbsp;&raquo; (<strong>Gen&egrave;se</strong>, 28, <i>TOB</i>).</div>
<div style="margin-left: 40px; text-align: justify;">&nbsp;</div>
<div>L&rsquo;&eacute;chelle, inspir&eacute;e par Dieu, repr&eacute;sente <strong>le lien entre le Ciel et la terre </strong>que n&rsquo;avait pas su incarner la tour, &eacute;rig&eacute;e &agrave; l&rsquo;initiative des hommes. Dieu promet ensuite &agrave; Jacob une descendance dispers&eacute;e sur toute la terre &ndash; <strong>la dispersion, signe de f&eacute;condit&eacute;, est une b&eacute;n&eacute;diction</strong>. Enfin, le lieu est nomm&eacute; comme l&rsquo;&eacute;tait Babel, mais cette fois la signification du nom est positive, signe d&rsquo;alliance et non de confusion.<span style="font-size: 11pt;"> </span></div>
<div style="margin-left: 40px;"><span>&laquo;&nbsp;Il appela ce lieu B&eacute;thel &#8211; c&#8217;est-&agrave;-dire Maison de Dieu&nbsp;&raquo;.</span></div>
<div style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>
<div>&nbsp;Dans le Nouveau Testament, l&rsquo;&eacute;pisode du miracle de la <strong>Pentec&ocirc;te </strong>met fin &agrave; la difficult&eacute; des hommes &agrave; se comprendre&nbsp;; il n&rsquo;y a pas de retour &agrave; une langue unique, mais les diverses langues humaines deviennent compr&eacute;hensibles par tous :</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px;">&laquo;&nbsp;Quand le jour de la Pentec&ocirc;te arriva, ils se trouvaient r&eacute;unis tous ensemble.</div>
<div style="margin-left: 40px;">Tout &agrave; coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d&#8217;un violent coup de vent : la maison o&ugrave; ils se tenaient en fut toute remplie ;</div>
<div style="margin-left: 40px;">Alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s&#8217;en posa sur chacun d&#8217;eux.</div>
<div style="margin-left: 40px;">Ils furent tous remplis d&#8217;Esprit Saint et se mirent &agrave; parler d&#8217;autres langues, comme l&#8217;Esprit leur donnait de s&#8217;exprimer.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px;">Or, &agrave; J&eacute;rusalem, r&eacute;sidaient des Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.</div>
<div style="margin-left: 40px;">A la rumeur qui se r&eacute;pandait, la foule se rassembla et se trouvait en plein d&eacute;sarroi, car chacun les entendait parler sa propre langue.</div>
<div style="margin-left: 40px;">D&eacute;concert&eacute;s, &eacute;merveill&eacute;s, ils disaient : &laquo;&nbsp;Tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galil&eacute;ens ?</div>
<div style="margin-left: 40px;">Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?&nbsp;&raquo; (<strong>Actes</strong>, 2, <i>TOB</i>)</div>
<div style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>
<div>Seule la parole de Dieu peut &ecirc;tre comprise de tous, et sur toute la terre&nbsp;:</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px;">&laquo;&nbsp;Et je vis un autre ange qui volait au z&eacute;nith. Il avait un &Eacute;vangile &eacute;ternel &agrave; proclamer &agrave; ceux qui r&eacute;sident sur la terre : &agrave; toute nation, tribu, langue et peuple&nbsp;&raquo;.&nbsp;(<strong>Apocalypse</strong>, 14, <i>TOB</i>)</div>
<div style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>
<div>&nbsp;Enfin, Jean &eacute;voque l&rsquo;intervention d&rsquo;un ange qui lui d&eacute;signe une ville, la <strong>J&eacute;rusalem c&eacute;leste</strong>, qui est tout l&rsquo;inverse de Babylone&nbsp;:</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px;">&laquo;&nbsp;Il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne, et il me montra la cit&eacute; sainte, J&eacute;rusalem, qui descendait du ciel, d&#8217;aupr&egrave;s de Dieu. Elle brillait de la gloire m&ecirc;me de Dieu. Son &eacute;clat rappelait une pierre pr&eacute;cieuse, comme une pierre d&#8217;un jaspe cristallin. Elle avait d&#8217;&eacute;pais et hauts remparts. Elle avait douze portes et, aux portes, douze anges et des noms inscrits : les noms des douze tribus des fils d&#8217;Isra&euml;l.(&hellip;) Mais de temple, je n&#8217;en vis point dans la cit&eacute;, car son temple, c&#8217;est le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant&nbsp;&raquo;. (<strong>Apocalypse</strong>, 21, <i>TOB</i>)</div>
<div style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>
<div>Cette ville vient du ciel, et non d&rsquo;une civilisation humaine&nbsp;; elle est richement d&eacute;cor&eacute;e, comme Babylone, mais ce rayonnement est divin et non celui de la richesse&nbsp;des rois&nbsp;; des inscriptions sont grav&eacute;es, qui ne rappellent pas les hauts faits des princes, mais les noms du peuple &eacute;lu. Enfin, il n&rsquo;y a pas de temple sous forme de gigantesque tour &agrave; &eacute;tages, puisque la ville est elle-m&ecirc;me le lieu saint, habit&eacute; par Dieu.&nbsp;</div>
<p><a name="3"></a></p>
<h2>&nbsp;III. Une r&eacute;flexion sur la diversit&eacute; des langues et des peuples&nbsp;</h2>
<div>&nbsp;</div>
<div>Au XVIe si&egrave;cle, le terme &laquo;&nbsp;Babel&nbsp;&raquo; devient un substantif qui d&eacute;signe <strong>un lieu rempli de confusion</strong>. Aujourd&rsquo;hui, il est un toujours utilis&eacute; dans ce sens, mais celui-ci s&rsquo;est &eacute;largi vers une absence de communication, une construction d&eacute;mesur&eacute;e, une entreprise vaine.</div>
<div>L&rsquo;image de la tour est devenue <strong>un clich&eacute; au XVIIe</strong>, dans la r&eacute;plique de Madame Pernelle qui se plaint de la cacophonie mondaine dans la maison d&rsquo;Elmire (<strong>Moli&egrave;re</strong>, <i>Tartuffe</i>, I, 1)&nbsp;:</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px;">&laquo;&nbsp;Enfin les gens sens&eacute;s ont leurs t&ecirc;tes troubl&eacute;es,</div>
<div style="margin-left: 40px;">De la confusion de telles assembl&eacute;es :</div>
<div style="margin-left: 40px;">Mille caquets divers s&#8217;y font en moins de rien ;</div>
<div style="margin-left: 40px;">Et comme l&#8217;autre jour un docteur dit fort bien,</div>
<div style="margin-left: 40px;">C&#8217;est v&eacute;ritablement la tour de Babylone,</div>
<div style="margin-left: 40px;">Car chacun y babille, et tout du long de l&#8217;aune&nbsp;&raquo;.</div>
<div style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>
<div><strong>Chateaubriand </strong>appelle l&rsquo;<i>Encyclop&eacute;die</i> une &laquo;&nbsp;Babel des sciences&nbsp;&raquo; en 1803. Puis plusieurs occurrences dans la litt&eacute;rature de variations du mot lui-m&ecirc;me viendront encore renforcer son sens de d&eacute;sordre invraisemblable. On les trouve sous la plume de <strong>Hugo </strong>- &laquo;&nbsp;Le couvent espagnol surtout est fun&egrave;bre. L&agrave; montent dans l&#8217;obscurit&eacute;, sous des vo&ucirc;tes pleines de brume, sous des d&ocirc;mes vagues &agrave; force d&#8217;ombre, de massifs autels <strong>bab&eacute;liques&nbsp;</strong>&raquo; (<i>Les Mis&eacute;rables</i>), et de Verlaine qui d&eacute;crit le nouveau Palais de justice de Bruxelles comme &laquo;&nbsp;<strong>bab&eacute;liquement </strong>monumental&nbsp;&raquo; (<i>Mes Prisons</i>).</div>
<div>Chez <strong>Claude Simon</strong>, c&rsquo;est &laquo;&nbsp;une sorte de ch&oelig;ur incoh&eacute;rent, d&eacute;sordonn&eacute;, de <strong>babelesque </strong>criaillerie, comme sous le poids d&rsquo;une mal&eacute;diction&nbsp;&raquo; (<i>La Route</i><i> des Flandres</i>), et chez Michel <strong>Tournier</strong>, la &laquo;&nbsp;condition bab&eacute;lienne&nbsp;&raquo; est celle de l&rsquo;humanit&eacute; (<i>Les M&eacute;t&eacute;ores</i>)&hellip;</div>
<div>&nbsp;</div>
<div>Car le probl&egrave;me de la confusion se d&eacute;place peu &agrave; peu, dans la pens&eacute;e des intellectuels&nbsp;; il n&rsquo;est plus la simple cons&eacute;quence d&rsquo;une pluralit&eacute; de langues ou de voix, il atteint la facult&eacute; m&ecirc;me du <strong>langage</strong>, commune &agrave; tous les hommes.&laquo;&nbsp;Le mythe de Babel, c&rsquo;est le mythe de la destruction du langage comme instrument de communication&nbsp;; or le langage est frapp&eacute; &agrave; la fois comme pouvoir de l&rsquo;individu par mensonge, bavardage, flatterie, s&eacute;duction &ndash; et comme institution par dispersion des langues et par malentendu &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle des ensembles culturels, des nations, des classes, des milieux sociaux&nbsp;&raquo;. (Paul Ricoeur, <i>Histoire et v&eacute;rit&eacute;</i>)&nbsp;</div>
<div>Pendant des si&egrave;cles, on a regrett&eacute; ce temps o&ugrave; les hommes, unis par un effort collectif et solidaire, sans difficult&eacute;s de communication, avaient presque r&eacute;ussi leur construction colossale.</div>
<div>&nbsp;</div>
<div>Quelle &eacute;tait donc cette langue unique que parlaient les hommes avant la dispersion de Babel&nbsp;? On s&rsquo;est longtemps demand&eacute; s&rsquo;il s&rsquo;agissait de la langue divine d&rsquo;Adam, &agrave; qui Dieu donne le pouvoir, au Paradis, de nommer les &ecirc;tres vivants. Cette langue &eacute;tait n&eacute;cessairement parfaite, &laquo;&nbsp;cratylienne&nbsp;&raquo; : les mots et les choses &eacute;taient alors indissolublement li&eacute;s, les signes &eacute;tant naturels, et non conventionnels. Quant au pouvoir cr&eacute;ateur de la parole de Dieu lui-m&ecirc;me, il transforme le Verbe instantan&eacute;ment en chair&nbsp;: &laquo;&nbsp;Dieu dit : &#8211; Que la lumi&egrave;re soit ! Et la lumi&egrave;re fut&nbsp;&raquo;. L&rsquo;hypoth&egrave;se selon laquelle l&rsquo;h&eacute;breu &eacute;tait cette langue originelle, inspir&eacute;e par Dieu, a longtemps pr&eacute;valu. Et l&rsquo;utopie du retour &agrave; la situation &laquo;&nbsp;pr&eacute;-bab&eacute;lienne&nbsp;&raquo; d&rsquo;une langue universelle a donn&eacute; lieu &agrave; plusieurs tentatives, dont la plus connue est l&rsquo;esp&eacute;ranto en 1887, dont le symbole est une tour de Babel.</div>
<div>&nbsp;</div>
<div>A partir de la fin du XVIe si&egrave;cle, on commence &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir sur l&rsquo;origine des langues de mani&egrave;re historique. Et au XVIIIe, on compare les langues de mani&egrave;re philologique pour en d&eacute;couvrir les correspondances. Rousseau, dans son <i>Essai sur l&rsquo;origine des langues</i>, &eacute;labore la th&eacute;orie selon laquelle le langage, naturel &agrave; l&rsquo;origine (une s&eacute;rie de cris inarticul&eacute;s correspondant &agrave; des besoins), a &eacute;volu&eacute; ensuite avec la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;exprimer des passions jusqu&rsquo;&agrave; devenir de plus en plus &eacute;labor&eacute;, formant un syst&egrave;me de signes conventionnels.</div>
<div>&nbsp;</div>
<div>Aujourd&rsquo;hui, on d&eacute;couvre une grammaire universelle dont les r&egrave;gles sont communes &agrave; toutes les langues&nbsp;: c&rsquo;est la th&eacute;orie du linguiste <strong>Noam Chomsky</strong>. Et dans <i>L&rsquo;instinct du langage</i>, le chercheur en sciences cognitives Steven Pinker montre, dans une perspective &eacute;volutionniste, que la facult&eacute; de langage est inn&eacute;e.</div>
<div>&nbsp;Au XXe si&egrave;cle en particulier, le rapport &eacute;troit entre langue et pouvoir devient mati&egrave;re &agrave; une r&eacute;flexion qui m&egrave;ne &agrave; interpr&eacute;ter l&rsquo;&eacute;pisode de la Gen&egrave;se comme une chance offerte aux hommes contre les dangers d&rsquo;une langue (et donc d&rsquo;une pens&eacute;e) unique, close sur elle-m&ecirc;me. Non seulement on renonce &agrave; la recherche de cette langue, mais on la d&eacute;nonce. La tour est chez certains auteurs consid&eacute;r&eacute;e comme une <strong>utopie totalitaire</strong>, qui ne laisse aucune place &agrave; l&rsquo;alt&eacute;rit&eacute; et la diversit&eacute;.</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px;">&laquo;&nbsp;Ce fut le projet de construction le plus grandiose de tous les temps, qui lui valut pour &ccedil;a l&rsquo;&eacute;chec le plus f&eacute;cond. L&rsquo;humanit&eacute; avait renonc&eacute; &agrave; tout autre d&eacute;sir, tout autre m&eacute;tier&nbsp;: l&rsquo;Ecriture dit qu&rsquo;elle employait des mots uniques, <i>devarim ahadim</i>. Elle s&rsquo;&eacute;tait concentr&eacute;e exclusivement sur une seule t&acirc;che, comme une soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;abeilles, de fourmis. Dieu la d&eacute;tourna de cette impasse&nbsp;: on ne pouvait atteindre le ciel avec des pierres et de la chaux. (&hellip;) Dieu intervint par le don myst&eacute;rieux des langues qui nous contraint &agrave; apprendre les multiples fa&ccedil;ons de nommer le m&ecirc;me soleil, le m&ecirc;me pain. (&hellip;) Voici qu&rsquo;avec la multiplication des langues se multiplient les horizons. (&hellip;) Il ne fallait pas monter au sommet du ciel pour survivre, il ne fallait pas se retrancher dans une d&eacute;fense, mais se lancer &agrave; l&rsquo;aventure du monde. Dieu enseigne ici que plus elle est vari&eacute;e et plus elle se met &agrave; l&rsquo;&eacute;preuve, plus l&rsquo;esp&egrave;ce humaine est forte. Toute tentative de lui donner un seul sang, une seule nourriture, une seule m&eacute;decine va dans la mauvaise direction&nbsp;&raquo; (<strong>Erri de Luca</strong>, <i>Noyau d&rsquo;olive</i>, 2002&nbsp;; traduction Dani&egrave;le Valin)</div>
<div style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>
<div>La multiplicit&eacute; des langues elle-m&ecirc;me est une aventure aux confins de la terre, par les mots. La fin de Babel, c&rsquo;est alors le d&eacute;but du multiculturalisme et de la traduction, mais c&rsquo;est aussi <strong>la possibilit&eacute; m&ecirc;me de la litt&eacute;rature</strong> puisque les mots, cessant de correspondre aux choses, ouvrent l&rsquo;espace de la po&eacute;sie, qui cr&eacute;e entre eux des liens nouveaux, r&eacute;invent&eacute;s. Mallarm&eacute; avait dit que la po&eacute;sie naissait du manque de cette langue premi&egrave;re&nbsp;: en venant&nbsp;justement &laquo;&nbsp;r&eacute;mun&eacute;rer le d&eacute;faut des langues&nbsp;&raquo; (la langue &eacute;tant &laquo;&nbsp;imparfaite en cela que plusieurs, manque la supr&ecirc;me&nbsp;&raquo;), elle cr&eacute;e une langue neuve, comme originelle. Car &laquo; de plusieurs vocables &raquo; la po&eacute;sie &laquo; refait un mot total, neuf, &eacute;tranger &agrave; la langue et comme incantatoire &raquo;.</div>
<div>&nbsp;</div>
<div>Le po&egrave;te arabe Adonis, auteur du <i>Po&egrave;me de Babel</i> (&eacute;crit en 1977), insiste sur la n&eacute;cessit&eacute; de recr&eacute;er sans cesse Babel&nbsp;:</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px;">&laquo;&nbsp;Je cr&eacute;e Babel dans les voix, les noms, les choses&nbsp;&raquo;.</div>
<div style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>
<div>Et il l&rsquo;explique ainsi&nbsp;:</div>
<div>&nbsp;</div>
<div style="margin-left: 40px;">&laquo;&nbsp;Pour tuer la po&eacute;sie, il suffit de poser qu&rsquo;il y a une correspondance absolue, parfaite entre les mots et les choses&nbsp;: alors la po&eacute;sie n&rsquo;est plus possible, puisqu&rsquo;elle travaille au contraire dans la distance entre les deux. Ce que j&rsquo;appelle exil, c&rsquo;est cette distance entre le po&egrave;te et la r&eacute;alit&eacute; qu&rsquo;il ne reproduit pas mais qu&rsquo;il produit, qu&rsquo;il &eacute;labore, qu&rsquo;il travaille &agrave; transformer. (&hellip;) Au fond, la t&acirc;che de la po&eacute;sie est de rappeler que le sens n&rsquo;est jamais achev&eacute;, que l&rsquo;identit&eacute; est toujours en avant, du c&ocirc;t&eacute; de l&rsquo;avenir, non pas dans le pass&eacute;, dans une tradition immuable, appel&eacute;e &agrave; se r&eacute;p&eacute;ter ind&eacute;finiment&nbsp;&raquo;.</div>
<div style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>
<div>&laquo;&nbsp;Alors le vieux mythe biblique se retourne, la confusion des langues n&rsquo;est plus une punition, le sujet acc&egrave;de &agrave; la jouissance par la cohabitation des langages, qui travaillent c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te. <strong>Le texte de plaisir, c&rsquo;est Babel heureuse&nbsp;</strong>&raquo;, &eacute;crit Roland Barthes &agrave; propos du lecteur, dans <i>Le Plaisir du texte</i>.</div>
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