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	<title>Textes Fondateurs &#187; Gilgamesh</title>
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		<title>Pr&#233;sentation</title>
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		<comments>http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/index.php/presentation#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 29 Sep 2008 14:03:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gilgamesh]]></category>
		<category><![CDATA[Epopée]]></category>
		<category><![CDATA[nouveaux programmes]]></category>
		<category><![CDATA[récits fondateurs]]></category>
		<category><![CDATA[textes fondateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Gilgamesh, le premier h&#233;ros &#160; &#160;Fragment de l&#8217;Epop&#233;e de Gilgamesh sur une tablette d&#8217;argile &#160;Gilgamesh, une nouveaut&#233; dans les programmes &#160; Le r&#233;cit qui relate le parcours de Gilgamesh, ce premier h&#233;ros, vient de faire son apparition dans les nouveaux programmes du coll&#232;ge, parus au B.O. du 28 ao&#251;t 2008 (en ligne&#160;: http://media.education.gouv.fr/file/special_6/21/8/programme_francais_general_33218.pdf). Les professeurs [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: center">Gilgamesh, le premier h&eacute;ros</h2>
<p style="text-align: center">&nbsp;<img height="341" alt="" width="280" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/10/gilgameshtablet1.jpg" /></p>
<p style="text-align: center">&nbsp;<span style="font-size: x-small">Fragment de l&rsquo;Epop&eacute;e de Gilgamesh sur une tablette d&rsquo;argile</span></p>
<h2>&nbsp;Gilgamesh, une nouveaut&eacute; dans les programmes</h2>
<p><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial">&nbsp; Le r&eacute;cit qui relate le parcours de Gilgamesh, ce premier h&eacute;ros, vient de faire son apparition dans<strong> les nouveaux programmes du coll&egrave;ge</strong>, parus au B.O. du 28 ao&ucirc;t 2008 (en ligne&nbsp;: </span></span><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial"><a target="_blank" href="http://media.education.gouv.fr/file/special_6/21/8/programme_francais_general_33218.pdf"><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial">http://media.education.gouv.fr/file/special_6/21/8/programme_francais_general_33218.pdf</span></span></a></span></span><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial">). Les professeurs de lettres peuvent d&eacute;sormais en faire lire des extraits &agrave; leurs &eacute;l&egrave;ves de 6e, au m&ecirc;me titre que <strong><em>La Bible</em>,</strong> <strong><em>L&#8217;Iliade</em></strong><span style="font-style: italic"> </span><em><span style="font-style: italic">et</span> <strong>L&#8217;Odyss&eacute;e</strong> </em>de Hom&egrave;re, <strong><em>L&#8217;En&eacute;ide</em></strong><em> </em>de Virgile, ou<em> </em><strong><em>Les M&eacute;tamorphoses</em></strong> d&#8217;Ovide. Cette nouveaut&eacute; rend justice &agrave; un texte ou r&eacute;cit fondateur dont l&#8217;influence a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s importante sur la formation de certains &eacute;pisodes c&eacute;l&egrave;bres de l&#8217;Ancien Testament (ou Thora). Etudi&eacute; pour lui-m&ecirc;me, le r&eacute;cit doit aussi &ecirc;tre l&#8217;occasion de souligner les nombreuses passerelles possibles entre les textes majeurs de l&#8217;Antiquit&eacute;, autour de la M&eacute;diterran&eacute;e.</span></span></p>
<p><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial">Les nouveaux programmes soulignent en outre, dans la partie V du volet pour la classe de Sixi&egrave;me, consacr&eacute;e &agrave; l&#8217;histoire des arts, que &quot;la priorit&eacute; est accord&eacute;e &agrave; l&#8217;Antiquit&eacute;, <strong>l&#8217;&eacute;tude des textes fondateurs permettant de mettre en valeur la th&eacute;matique &quot;Arts, mythes et religions&quot;</strong>. C&#8217;est l&#8217;occasion, ajoute le B.O., de <strong>sensibiliser les &eacute;l&egrave;ves au fait religieux et de leur faire d&eacute;couvrir, en liaison avec la lecture des textes, des oeuvres d&#8217;art antique et moderne</strong>, leur attention se portant principalement sur des sujets et des figures mythiques.&quot; </span></span></p>
<p><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial">On ne pourrait pas mieux dire pour justifier l&#8217;existence d&#8217;une collection telle que <span style="color: rgb(51,153,102)">Textes fondateurs</span>.</span></span></p>
<p><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial">Cela dit, comme les lecteurs de la collection en ont peut-&ecirc;tre pris l&#8217;habitude, le pr&eacute;sent dossier ne se limitera pas &agrave; proposer des pistes de travail pour la classe de 6e ; il pr&eacute;tend, comme &agrave; chaque fois,&nbsp; explorer tous les niveaux de l&#8217;enseignement des lettres, du coll&egrave;ge jusqu&#8217;au lyc&eacute;e.</span></span></p>
<h2>&nbsp; I. Aux origines de l&rsquo;&eacute;criture</h2>
<p><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial">L&rsquo;oeuvre que nous appelons <em><strong>Epop&eacute;e de Gilgamesh</strong></em> se pr&eacute;sente &agrave; l&rsquo;origine comme une s&eacute;rie de tablettes d&rsquo;argile sur lesquelles furent grav&eacute;es il y a plus de 3000 ans, en cun&eacute;iforme, les aventures l&eacute;gendaires d&rsquo;un roi m&eacute;sopotamien.</span></span></p>
<p><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial">Il s&rsquo;agit de <strong>la premi&egrave;re &oelig;uvre litt&eacute;raire que nous connaissions</strong>, transmise par le premier syst&egrave;me d&rsquo;&eacute;criture invent&eacute; par les humains vers le d&eacute;but du IVe mill&eacute;naire avant J&eacute;sus-Christ par les <strong>Sum&eacute;riens</strong>, au sud de l&rsquo;Irak actuel. Ensevelie pendant des si&egrave;cles avant d&rsquo;&ecirc;tre exhum&eacute;e au XIXe si&egrave;cle, cette civilisation sum&eacute;ro-akkadienne et son &eacute;criture, appel&eacute;e cun&eacute;iforme (de &laquo;cuneus&raquo;, coin) en raison de la forme des caract&egrave;res cr&eacute;&eacute;e par l&rsquo;empreinte de la pointe du roseau sur l&rsquo;argile,&nbsp;ont livr&eacute; une partie de leur myst&egrave;re gr&acirc;ce au g&eacute;nie des linguistes. L&rsquo;entreprise de d&eacute;chiffrement du cun&eacute;iforme, achev&eacute;e en 1857, fut elle-m&ecirc;me une v&eacute;ritable &eacute;pop&eacute;e, tant la t&acirc;che paraissait impossible. Quand Champollion disposait, pour s&rsquo;attaquer aux hi&eacute;roglyphes, de la pierre de Rosette qui lui fournissait la traduction du texte &eacute;gyptien dans une autre langue connue (le grec), les assyriologues eurent entre les mains trois inscriptions en cun&eacute;iforme (l&rsquo;akkadien, le vieux perse et l&rsquo;&eacute;lamite, trois langues inconnues) du m&ecirc;me texte comm&eacute;morant les exploits du roi <strong>Darius</strong> Ier, d&eacute;couvert sur la falaise iranienne de Behistun en 1835, ce qui exigea d&rsquo;abord des prouesses d&rsquo;agilit&eacute; et plusieurs ann&eacute;es pour parvenir &agrave; le recopier&hellip;</span></span></p>
<p><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial">La formation du texte de l&rsquo;Epop&eacute;e fut elle aussi une longue aventure, qui s&rsquo;&eacute;tendit sur <strong>deux mill&eacute;naires</strong>. La l&eacute;gende s&rsquo;est d&rsquo;abord d&eacute;velopp&eacute;e oralement &agrave; partir des <strong>exploits d&rsquo;un roi d&rsquo;Uruk divinis&eacute; apr&egrave;s sa mort</strong>, et elle a donn&eacute; lieu &agrave; de brefs r&eacute;cits ind&eacute;pendants, r&eacute;dig&eacute;s en sum&eacute;rien, vers 2300 avant J.-C. Ces &eacute;pisodes vont conna&icirc;tre bien des variantes et des remaniements. Dans le royaume de Babylone, une deuxi&egrave;me version en akkadien, dite &laquo;ancienne&raquo;, est &eacute;crite au<strong> XVIIIe si&egrave;cle av. J.-C</strong>. &agrave; partir de ces r&eacute;cits ant&eacute;rieurs, avant la version unifi&eacute;e la plus compl&egrave;te que nous connaissions, et qui est celle que nous lisons aujourd&rsquo;hui. Attribu&eacute;e &agrave; un certain S&icirc;nleqe&rsquo;unnenn&icirc;, elle se compose de <strong>onze tablettes</strong> r&eacute;dig&eacute;es au d&eacute;but du IIe mill&eacute;naire av. J.-C. et retrouv&eacute;es dans l&rsquo;immense biblioth&egrave;que du roi assyrien Assurbanipal, &agrave; Ninive. Elles se verront ajouter <strong>une douzi&egrave;me tablette</strong> quelques si&egrave;cles plus tard, qui introduit un &eacute;pisode suppl&eacute;mentaire o&ugrave; nous voyons <strong>Enkidu</strong>, pourtant mort depuis longtemps, s&rsquo;aventurer bien vivant au Enfers et y rester prisonnier. L&rsquo;ensemble de l&rsquo;Epop&eacute;e est <strong>un long r&eacute;cit de pr&egrave;s de 3000 vers</strong>, r&eacute;dig&eacute; en akkadien.</span></span></p>
<p><span style="font-size: small"><span style="font-family: Arial">Le texte se r&eacute;pandit largement autour de la M&eacute;sopotamie pendant toute cette &eacute;poque, mais ses traces s&rsquo;interrompent juste avant notre &egrave;re. Nous verrons pourtant que l&rsquo;empreinte de l&rsquo;Epop&eacute;e sera consid&eacute;rable dans les grands textes ult&eacute;rieurs.</span></span></p>
<p style="text-align: center"><img alt="" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/09/evolution-au-cours-du-temps-du-signe-cunaiforme-reprasentant-un-homme.gif" /></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: x-small">Evolution au cours du temps du signe cun&eacute;iforme repr&eacute;sentant un homme &copy; BNF </span></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: x-small">source : <a target="_blank" href="http://classes.bnf.fr/dossiecr/in-cunei.htm">http://classes.bnf.fr/dossiecr/in-cunei.htm</a></span></p>
<p style="text-align: center">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center"><img height="360" alt="" width="480" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/09/les-inscriptions-en-cunaiforme-et-les-bas-reliefs-commamorant-les-victoires-de-darius-sur-la-falaise-de-behistun-en-iran.jpg" /></p>
<h2 style="text-align: center"><span style="color: rgb(128,128,128)"><span style="font-size: x-small">Inscriptions en cun&eacute;iforme et bas-reliefs comm&eacute;morant les victoires de Darius sur la falaise de Behistun en Iran</span></span></h2>
<h2>&nbsp;II. Un t&eacute;moignage sur la plus ancienne civilisation connue</h2>
<p><span style="font-size: small">Dans la r&eacute;gion qui s&rsquo;&eacute;tend entre le Tigre et l&rsquo;Euphrate, le peuple des Akkadiens au nord et des Sum&eacute;riens au sud ont &agrave; eux deux construit une civilisation dont le rayonnement a dur&eacute; pendant trois mill&eacute;naires, avant d&rsquo;&ecirc;tre oubli&eacute;e pendant 2000 ans. La lecture de l&rsquo;Epop&eacute;e constitue un des moyens de p&eacute;n&eacute;trer un peu dans les repr&eacute;sentations du monde de cet Orient si lointain.</span></p>
<p style="text-align: center"><img alt="" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/09/sommet-de-la-stazle-du-code-dahammurabi-sur-laquelle-est-reprassentas-le-roi-debout-devant-le-dieu-shamash-vers-1792-1750-av-j-c.gif" /></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: x-small">Sommet de la st&egrave;le du code d&rsquo;Hammurabi, sur laquelle est repr&eacute;sent&eacute; le roi debout devant le dieu Shamash (vers 1792-1750 av J.-C.)</span>&nbsp;<span style="font-size: x-small"> <a target="_blank" href="http://www.louvre.fr/llv/oeuvres/detail_notice.jsp;jsessionid=D6hNGppDhQ6pznkBwwt5t2PFJHq8pmyWcbk9nXCCFpf27hcTCbCt!-1763290328?CONTENT%3C%3Ecnt_id=10134198673226487&amp;CURRENT_LLV_NOTICE%3C%3Ecnt_id=10134198673226487&amp;FOLDER%3C%3Efolder_id=9852723696500800&amp;baseIndex=0&amp;bmUID=1127899469406">http://www.louvre.fr/</a></span></p>
<p style="text-align: center">&nbsp;</p>
<p><span style="font-size: small">Au d&eacute;but de l&rsquo;Epop&eacute;e, le po&egrave;te invite le lecteur &agrave; d&eacute;chiffrer, sur une tablette de lapis-lazuli enferm&eacute;e dans un coffre, le r&eacute;cit des aventures de <strong>Gilgamesh</strong>, qui auraient &eacute;t&eacute; r&eacute;dig&eacute;es par le h&eacute;ros lui-m&ecirc;me&hellip; Le texte de l&rsquo;Epop&eacute;e se pr&eacute;sente ainsi comme <strong>un texte fondateur</strong> : fictivement plac&eacute; dans le Temple du Ciel d&rsquo;Uruk d&eacute;di&eacute; &agrave; la d&eacute;esse <strong>Ishtar</strong>, il fait penser &agrave; ces documents au nom du souverain constructeur que les m&eacute;sopotamiens enfouissaient sous les fondations de leurs &eacute;difices principaux. De plus, l&rsquo;Epop&eacute;e s&rsquo;ouvre et se cl&ocirc;t sur une invitation &agrave; admirer les immenses murailles qui entourent <strong>la ville d&rsquo;Uruk</strong>, &eacute;rig&eacute;es par Gilgamesh, ce qui donne au h&eacute;ros une sorte d&rsquo;envergure nationale. Avant que le grand roi Hammurabi n&rsquo;unifie autour de Babylone la M&eacute;sopotamie, ce &laquo; pays entre les fleuves &raquo;, le territoire se divisait en multiples Cit&eacute;s-Etats autonomes comme Uruk, dont Gilgamesh aurait &eacute;t&eacute; le souverain autour de 2650 av. J.-C.</span></p>
<p style="text-align: center"><img height="227" width="520" alt="" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/09/les-ruines-de-la-grande-ziggurat-daur-au-sud-de-lairak.jpg" /></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: x-small">Les ruines de la grande ziggurat d&rsquo;Ur, au sud de l&rsquo;Irak </span></p>
<p><span style="font-size: small">Dans le polyth&eacute;isme m&eacute;sopotamien, les rois comme les autres hommes sont les cr&eacute;atures des dieux, qui ont sur eux le pouvoir de vie et de mort. Dans l&rsquo;Epop&eacute;e, ils donnent la vie (en modelant <strong>Enkidu</strong> dans l&rsquo;argile) et ils la reprennent (en punissant de mort Enkidu ou en d&eacute;clenchant le D&eacute;luge). La vie, comme la mort, nous &eacute;chappent. Les dieux r&egrave;gnent dans le Ciel avec leur p&egrave;re fondateur, <strong>Anu</strong>. Au sommet de la ziggurat, gigantesque tour &agrave; &eacute;tages qui a inspir&eacute; les repr&eacute;sentations de <strong>la tour de Babel</strong>, des noces sacr&eacute;es unissent rituellement Ishtar, d&eacute;esse de l&rsquo;amour libre et la guerre, et le roi. Dans l&rsquo;Epop&eacute;e, Gilgamesh refuse cette alliance, au grand d&eacute;pit de la d&eacute;esse. <strong>Shamash</strong>, tr&egrave;s pr&eacute;sent aux c&ocirc;t&eacute;s de Gilgamesh qu&rsquo;il soutient et conseille, est le dieu du soleil et de la justice ; il &eacute;claire et voit tout. C&rsquo;est devant lui que se fait repr&eacute;senter le roi babylonien Hammurabi, sur la fameuse st&egrave;le qui &eacute;dicta ses r&egrave;gles du droit, en 1750 av.J.-C. Enfin, <strong>Enki</strong> et <strong>Enlil</strong> sont deux grandes divinit&eacute;s rivales et compl&eacute;mentaires. </span></p>
<p><span style="font-size: small">Enlil, &laquo; seigneur de l&rsquo;air &raquo;, est implacable ; c&rsquo;est lui qui d&eacute;cide de noyer les humains devenus trop nombreux sous le D&eacute;luge. Enki, &laquo; seigneur de la terre &raquo;, cr&eacute;ateur de la civilisation, trouve une ruse pour &eacute;pargner un repr&eacute;sentant de la race humaine, Ut-Napishtim, et sa famille. Celui-ci sera le seul &agrave; avoir, comme les dieux, la vie &eacute;ternelle. Les hommes, une fois morts, errent sous forme de fant&ocirc;mes dans un espace souterrain, morne et poussi&eacute;reux ; c&rsquo;est ce que nous apprend Enkidu, dans son r&eacute;cit de r&ecirc;ve du Royaume des morts. Lui-m&ecirc;me, dans la XIIe tablette, revient un instant des Enfers sous forme de fant&ocirc;me pour parler &agrave; Gilgamesh. L&rsquo;Epop&eacute;e peut se lire comme un apprentissage du pouvoir, r&eacute;v&eacute;lant une conception id&eacute;ale de la royaut&eacute; &agrave; laquelle acc&egrave;de enfin le h&eacute;ros &agrave; la fin de l&rsquo;histoire : un &eacute;quilibre entre force et sagesse. Le roi Gilgamesh comprend que la seule forme d&rsquo;immortalit&eacute; &agrave; laquelle il peut acc&eacute;der est moins li&eacute;e &agrave; la gloire acquise par ses exploits guerriers qu&rsquo;au renom que lui conf&egrave;rent la construction des murailles prot&eacute;geant la cit&eacute; et sa connaissance du monde, d&eacute;tenue gr&acirc;ce &agrave; un p&eacute;riple extraordinaire.</span></p>
<p style="text-align: center"><img height="423" alt="" width="280" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/09/la-porte-daishtar-a-babylone-in.jpg" /></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: x-small">La porte d&rsquo;Ishtar &agrave; Babylone, voie d&rsquo;entr&eacute;e processionnelle &eacute;rig&eacute;e par <strong>Nabuchodonosor II</strong> (630-562 av. J.-C.), ici reconstitu&eacute;e au Vorderasiatisches Museum de Berlin.</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: x-small">source : <a target="_blank" href="http://www.smb.spk-berlin.de/smb/sammlungen/details.php?lang=en&amp;objID=23&amp;p=24&amp;typeId=1">http://www.smb.spk-berlin.de/smb/sammlungen/details.php?lang=en&amp;objID=23&amp;p=24&amp;typeId=1</a></span></p>
<h2>&nbsp;III. Les m&eacute;tamorphoses du h&eacute;ros</h2>
<p><span style="font-size: small">L&rsquo;Epop&eacute;e est centr&eacute;e sur <strong>la figure du h&eacute;ros, Gilgamesh</strong>. Or le mod&egrave;le h&eacute;ro&iuml;que se modifie au cours de l&rsquo;Epop&eacute;e, qui pr&eacute;sente <strong>une structure narrative en deux parties</strong>, s&eacute;par&eacute;es par la mort.</span></p>
<p><span style="font-size: small">Avant la disparition d&rsquo;Enkidu, Gilgamesh est un h&eacute;ros &eacute;pique, un combattant qui r&eacute;alise avec son ami des exploits surhumains, d&eacute;mesur&eacute;s, pour se faire un nom.</span></p>
<p><span style="font-size: small">Dans un deuxi&egrave;me temps, confront&eacute; &agrave; la mort de l&rsquo;&ecirc;tre qui lui &eacute;tait le plus cher et craignant la sienne, Gilgamesh se mue en voyageur solitaire, poursuivant une qu&ecirc;te initiatique aux confins du monde pour d&eacute;couvrir les secrets de la vie &eacute;ternelle.</span></p>
<p><span style="font-size: small">Le r&eacute;cit est ainsi centr&eacute; sur un effort de d&eacute;passement des limites humaines.</span></p>
<p><strong><span style="color: rgb(51,153,102)">La qu&ecirc;te de la c&eacute;l&eacute;brit&eacute; et les exploits du h&eacute;ros</span></strong></p>
<p><span style="font-size: small">Le h&eacute;ros se caract&eacute;rise par une sup&eacute;riorit&eacute; qui se r&eacute;v&egrave;lera exceptionnelle, par des exploits qui le rendront l&eacute;gendaire.</span></p>
<p><span style="font-size: small">Souverain d&rsquo;Uruk, <strong>Gilgamesh</strong> est n&eacute; de parents illustres qui le rendent &laquo; aux deux-tiers divin &raquo;. L&rsquo;&eacute;v&eacute;nement initial est une transgression : tyrannique avec les hommes et les femmes de son peuple, il abuse de sa force et son pouvoir, ce qui entra&icirc;ne une r&eacute;action divine. Les dieux cherchent une solution aux plaintes des habitants d&rsquo;Uruk et d&eacute;cident de cr&eacute;er<strong> un adversaire &agrave; sa taille pour le mod&eacute;rer ; ce sera Enkidu</strong>, &laquo; cr&eacute;ature d&rsquo;Enki &raquo;. Les circonstances inhabituelles de la naissance du double du h&eacute;ros sont accompagn&eacute;es de pr&eacute;sages, qui apparaissent &agrave; Gilgamesh en songe. A l&rsquo;inverse du roi d&rsquo;Uruk qui se conduit de plus en plus en sauvage, Enkidu vit d&rsquo;abord seul parmi les b&ecirc;tes avant d&rsquo;&ecirc;tre initi&eacute; &agrave; l&rsquo;amour et progressivement conduit vers la ville et la civilisation. C&rsquo;est de son combat contre Gilgamesh, sans vainqueur ni vaincu, que va na&icirc;tre leur alliance.</span></p>
<p style="text-align: center"><img height="220" alt="" width="280" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/09/plaquette-fragmentaire-figurant-le-meurtre-du-damon-humbaba-2000-1800-avant-j-c.jpg" /></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: x-small">Plaquette fragmentaire figurant le meurtre du d&eacute;mon Humbaba (2000-1800 avant J-C) &copy; RMN / Franck Raux</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: x-small">source :<a target="_blank" href="http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&amp;Total=9&amp;FP=34970619&amp;E=2K1KTS4EY24Y&amp;SID=2K1KTS4EY24Y&amp;New=T&amp;Pic=5&amp;SubE=2C6NU0CTQCW3"> http://www.photo.rmn.fr/</a></span></p>
<p><span style="font-size: small">Devenus ins&eacute;parables, Gilgamesh et Enkidu d&eacute;cident alors de partir &agrave; l&rsquo;aventure pour montrer &agrave; tous leur vaillance en r&eacute;alisant des exploits &eacute;clatants : partir vers des territoires interdits et terrasser des monstres. Lors de leur exp&eacute;dition pour rapporter le bois pr&eacute;cieux de la For&ecirc;t des C&egrave;dres au Liban (en un jour, ils parcourent 500 kilom&egrave;tres), ils affrontent le g&eacute;ant terrifiant <strong>Humbaba</strong>, qu&rsquo;ils parviennent &agrave; tuer. C&rsquo;est en quelque sorte un combat des forces de lumi&egrave;re (ils sont prot&eacute;g&eacute;s par Shamash, dieu du soleil) contre celles de l&rsquo;obscurit&eacute;. A son retour, Gilgamesh aur&eacute;ol&eacute; de gloire est convoit&eacute; par la d&eacute;esse Ishtar qui lui propose de s&rsquo;unir &agrave; elle. Il refuse, lui rappelant sa cruaut&eacute; envers ses amants. Furieuse, la d&eacute;esse r&eacute;clame au p&egrave;re des dieux, <strong>Anu, le Taureau c&eacute;leste</strong> pour vaincre Gilgamesh. Les deux amis, unissant leurs forces, triomphent &agrave; nouveau et sauvent Uruk de la destruction. Mais ils sont all&eacute;s trop loin. Enkidu en particulier qui, au lieu d&rsquo;assagir Gilgamesh, a encourag&eacute; sa d&eacute;mesure. C&rsquo;est lui qui refuse d&rsquo;&eacute;pargner Humbaba, le Gardien de la For&ecirc;t des C&egrave;dres install&eacute; par le dieu Enlil ; c&rsquo;est lui aussi qui jette &agrave; la figure d&rsquo;Ishtar un membre du monstre surnaturel qu&rsquo;elle avait envoy&eacute; contre Gilgamesh. Enkidu sera donc ch&acirc;ti&eacute; par les dieux, qui le font mourir.</span></p>
<p><span style="font-size: small">Les <strong>motifs &eacute;piques traditionnels</strong> sont donc particuli&egrave;rement nombreux dans cette premi&egrave;re partie du processus d&rsquo;h&eacute;ro&iuml;sation de Gilgamesh.</span></p>
<p style="text-align: center"><img height="222" alt="" width="280" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/09/relief-sur-terre-cuite-reprasentant-un-combat-contre-un-taureau-le-combat-de-gilgamesh-et-enkidu-contre-le-taureau-caleste-dabut-iie-millanaire-av-j-c.jpg" /></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: x-small">Relief sur terre cuite repr&eacute;sentant un combat contre un taureau : le combat de Gilgamesh et Enkidu contre le Taureau c&eacute;leste (d&eacute;but IIe mill&eacute;naire av. J.-C.) &copy; Olaf M. Tessmer / SMB &#8211; Vorderasiatisches Museum Berlin </span></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: x-small">source : <a target="_blank" href="http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&amp;Total=1&amp;FP=34970753&amp;E=2K1KTS4EYHMT&amp;SID=2K1KTS4EYHMT&amp;New=T&amp;Pic=1&amp;SubE=2C6NU0JU90Y8">http://www.photo.rmn.fr/</a></span></p>
<p style="text-align: justify">&nbsp;<span style="color: rgb(51,153,102)"><strong>La qu&ecirc;te de l&rsquo;immortalit&eacute; et la sagesse du h&eacute;ros</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small">Apr&egrave;s la disparition de son compagnon, un renversement complet s&rsquo;op&egrave;re : <strong>Gilgamesh, d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; et angoiss&eacute; par la mort</strong>, fuit son royaume en parcourant seul le d&eacute;sert, et fuit la civilisation en se rev&ecirc;tant d&rsquo;une simple peau de b&ecirc;te. Cette fois, il part &agrave; la conqu&ecirc;te du savoir : comment &eacute;viter la mort et b&eacute;n&eacute;ficier, comme Ut-Napishtim, de la vie sans fin ?</span></p>
<p><span style="font-size: small">Gilgamesh utilise d&eacute;sormais moins la force que la persuasion face aux terrifiants Hommes-Scorpions qui gardent les montagnes, face &agrave; la taverni&egrave;re <strong>Siduri</strong> devant la mer, et enfin face &agrave; <strong>Ur-Sanabi</strong>, le passeur. Tous mettent en garde le h&eacute;ros qui les implore : personne ne s&rsquo;est jamais aventur&eacute; dans le chemin obscur derri&egrave;re les montagnes, nul n&rsquo;a jamais travers&eacute; la mer termin&eacute;e par des eaux mortelles&hellip; Le h&eacute;ros, apr&egrave;s toutes ces &eacute;preuves, parvient enfin au bout du monde, sur l&rsquo;&icirc;le d&rsquo;<strong>Ut-Napishtim l&rsquo;immortel</strong>. C&rsquo;est de lui, survivant du <strong>D&eacute;luge</strong> gr&acirc;ce &agrave; la ruse du dieu Enki, que Gilgamesh apprend le secret des origines de l&rsquo;humanit&eacute;, presque enti&egrave;rement noy&eacute;e un jour par la d&eacute;cision des dieux. Un bateau contenant la famille d&rsquo;Ut-Napishtim, des artisans de tous les m&eacute;tiers et des sp&eacute;cimens de tous les animaux a permis &agrave; la civilisation humaine de rena&icirc;tre apr&egrave;s le d&eacute;sastre. Apais&eacute;s, les dieux lui ont offert exceptionnellement l&rsquo;immortalit&eacute;, ainsi qu&rsquo;&agrave; sa femme. Mais la vie humaine est &eacute;ph&eacute;m&egrave;re et vou&eacute;e &agrave; la mort.</span></p>
<p><span style="font-size: small">Ut-Napishtim, apr&egrave;s lui avoir livr&eacute; un dernier secret, celui de <strong>la plante de jouvence</strong>, renvoie alors Gilgamesh, en le d&eacute;barrassant de sa tenue de vagabond. De m&ecirc;me qu&rsquo;Enkidu avait &eacute;t&eacute; progressivement conduit vers la civilisation, abandonnant la vie sauvage, Gilgamesh, rev&ecirc;tu d&rsquo;habits d&rsquo;apparat &agrave; l&rsquo;issue de cette initiation, est invit&eacute; &agrave; abandonner son errance et &agrave; rentrer dans son royaume. Un dernier &eacute;pisode met &agrave; nouveau le h&eacute;ros face &agrave; l&rsquo;&eacute;chec : non seulement il ne peut pr&eacute;tendre &agrave; l&rsquo;immortalit&eacute;, mais il perd tout espoir de prolonger sa vie gr&acirc;ce &agrave; la plante merveilleuse. Apr&egrave;s avoir r&eacute;ussi &agrave; la ramener du fond de la mer, un serpent la lui vole et l&rsquo;emporte, rejetant instantan&eacute;ment sa vieille peau ; ainsi s&rsquo;explique la mue de cet animal&hellip;</span></p>
<p><span style="font-size: small">Rentr&eacute; chez lui transform&eacute;, Gilgamesh est enfin <strong>un</strong> <strong>sage, qui a pris conscience de ses limites</strong> en s&rsquo;acceptant mortel ; c&rsquo;&eacute;tait l&agrave; l&rsquo;&eacute;preuve la plus difficile &agrave; surmonter pour le h&eacute;ros. C&rsquo;est son &oelig;uvre de b&acirc;tisseur &#8211; les remparts d&rsquo;Uruk &#8211; ainsi que le r&eacute;cit de ses aventures vers la connaissance qui lui survivront.</span></p>
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