GILGAMESH

Texte et image

 

Pour prolonger l’étude des textes et des grandes perspectives qui les traversent, on les rapprochera d’œuvres d’art d’époques et de styles différents, dans une approche comparée. Il s’agit aussi de donner un aperçu de la production artistique de l’Antiquité orientale.

Les monstres terrassés

Le combat contre les monstres est un motif épique traditionnel, qui est exploité à plusieurs reprises dans l’Épopée de Gilgamesh : le héros affronte successivement un géant qui crache le feu et un Taureau envoyé par les dieux. Ces créatures sont monstrueuses en ce qu’elles présentent une anomalie par rapport à l’espèce, qu’elles ont des pouvoirs surnaturels et qu’elles font régner la terreur. Elles sont réputées invulnérables ; le personnage qui les affronte doit ainsi vaincre ses propres angoisses et donner la preuve de son héroïsme.

La sculpture assyrienne monumentale du « Héros maîtrisant un lion », qui ornait l’entrée du palais de Sargon II à Khorsabad (722-705 av. J.-C.), est identifiée comme étant une représentation de Gilgamesh. Hiératique, il semble protéger le palais comme le mur dans lequel il est sculpté. La puissance du héros est soulignée par sa taille immense par rapport à celle de l’animal sauvage. En Mésopotamie, de nombreuses œuvres montrent les rois terrassant des lions, manifestant ainsi leur supériorité face à des forces destructrices.

 

Héros maîtrisant un lion, dit "Gilgamesh" (8e siècle av. J.-C.)  © RMN / René-Gabriel Ojéda

source : http://www.rmn.fr/Une-imagerie-foisonnante

Ses exploits surhumains rapprochent Gilgamesh du demi-dieu grec Héraclès et de ses fameux travaux, notamment le taureau de Crète et le lion de Némée. Ce lion, qui serait le fils d’un chien bicéphale et de la Chimère hybride, est réputé invincible, sa peau étant impénétrable, et il fait régner la terreur. Héraclès l’étouffe et revêt sa peau après l’avoir tué. C’est aussi vêtu d’une peau de lion que Gilgamesh erre dans la plaine après la mort de son ami. 

Dans les représentations d’Héraclès combattant le lion de Némée, le héros domine largement la bête, comme pour donner à l’humanité, grâce au mythe, une supériorité sur l’animalité. C’est la victoire des forces verticales, élevées, contre celles du bas, horizontales. Dans leurs dessins, deux artistes de la Renaissance italienne – Mantegna au XVe et Michel-Ange au XVIe  siècle – tout comme Rubens au XVIIe siècle, se servent du sujet pour mettre en valeur la représentation de corps masculins, les membres de plus en plus ployés par l’effort, la musculature de plus en plus saillante.

Hercule et le lion de Némée, Mantegna (XVe siècle)  Base Joconde
source : http://www.culture.gouv.fr

 

 

   Hercule et le lion de Némée, Michel-Ange (XVIe siècle) © RMN / Michèle Bellot
source : http://www.photo.rmn.fr/

 

 Hercule étranglant le lion de Némée, Rubens (XVIIe siècle) © RMN / Christian Jean  

source : http://www.photo.rmn.fr/

Le dieu Soleil

La chaleur et la lumière du soleil, indispensables à la vie humaine, ont fait l’objet d’un culte dans toutes les cultures anciennes. Elles se représentent toujours le soleil en mouvement, parcourant tous les jours la voûte céleste d’est en ouest. Le souverain est souvent considéré comme le descendant du Soleil.

Le dieu du soleil est considéré comme omniscient à cause de sa course diurne au-dessus des hommes. En Mésopotamie, Shamash est à la fois le dieu du soleil et de la justice, et il est particulièrement vénéré. Dans l’Épopée, c’est l’aide de Shamash qui permet la victoire de Gilgamesh sur le géant Humbaba, et le dieu  vient conseiller le roi jusque dans ses rêves.

Sur cette stèle, le dieu tient le bâton et le cercle, insignes du pouvoir. C’est aussi de cette manière qu’il est représenté sur la stèle du code d’Hammurabi, un des rois de Babylone. Dans La XIIe tablette de l’Épopée, ce sont ces insignes du pouvoir, la baguette et le cerceau, que le roi Gilgamesh fait tomber en Enfer et qu’Enkidu tente d’aller chercher.

 

 

 

 
 

Stèle dédiée au dieu Soleil (époque paléo-babylonienne) © The British Museum
source : http://www.britishmuseum.org/explore/highlights/highlight_objects/me/t/tablet_of_shamash.aspx

 

Le dieu du Soleil est aussi considéré comme immortel, puisqu’il resurgit perpétuellement du long tunnel sous la terre qu’il parcourt pendant la nuit. C’est l’entrée orientale de l’itinéraire du Soleil qu’emprunterait Gilgamesh, après avoir franchi ses portes gardées par les Hommes-Scorpions devant les Monts jumeaux, lors de sa quête de l’immortalité.

Sur ce sceau cylindrique, qui permettait de dérouler le motif sur l’argile, le dieu rayonnant est représenté sortant de la montagne au moment de se lever pour son parcours diurne. 

 

 

  Sceau-cylindre : génies ouvrant les portes pour introduire un orant en présence du dieu solaire Shamash sortant de sa montagne (vers 2300 av. J.-C.) © RMN / Franck Raux
source : http://www.photo.rmn.fr/

 En Égypte ancienne, le Soleil est souvent représenté sous la forme du dieu Rê à tête de faucon (comme Horus, le fils d’Osiris), surmontée du disque solaire. Les pharaons se disent fils de Rê, le créateur suprême ; Aménophis IV prendra même le nom d’Akhénaton  et fera d’Aton, le disque solaire, le premier dieu unique.

Sur cette stèle égyptienne, le dieu Rê tient lui aussi les insignes du pouvoir : en Égypte, c’est la crosse et le fouet, croisés sur la poitrine.

 

 

 

 

 
 

Stèle : offrande au dieu du soleil Rê (vers 1000-600 av. J.-C) © BPK, Berlin

source : http://bpkgate.picturemaxx.com/webgate_cms/

 

 
Rê se déplace en barque dans le ciel et, la nuit, il traverse le monde souterrain, le royaume des morts. C’est dans cette barque que monte le pharaon défunt.

Pendant ce parcours nocturne, Rê doit lutter contre un serpent. Pour les Égyptiens, chaque jour est une nouvelle victoire et une renaissance du Soleil. 

 

Papyrus funéraire : barque de Rê (nouvel empire, vers 1550-1069 avant J-C) © RMN /

source : http://www.photo.rmn.fr/

Dans la Grèce antique, le dieu de la clarté solaire et de la divination était Apollon (appelé aussi Phoebos, le Brillant), mais le soleil lui-même était incarné par le Titan Hélios. Le colosse de Rhodes représentait Hélios, et dans cette île du Dodécanèse, des chevaux lui étaient sacrifiés chaque année. Le Soleil voit tout, comme en témoigne l’épisode mythologique où il surprend les amours d’Aphrodite et Arès.  

Sur ce vase, Hélios, la tête entourée de rayons, est représenté au moment où son char de feu tiré par des chevaux ailés s’élance dans le ciel, précédé par l’Aurore.

 

 

 

 

 

Cratère en calice à figures rouges : Quadrige d’Hélios (vers 450-400 av. J-C) © British Museum

http://www.britishmuseum.org/explore/highlights/article_index/g/greek_vases.aspx

L’arbre de vie

 

L’arbre de vie est le symbole de la vitalité créatrice dans de nombreuses civilisations, notamment la Perse, la Grèce et l’Égypte anciennes.

En Mésopotamie, des hommes agenouillés, ou des génies comme sur le relief ci-dessous, sont souvent représentés de part et d’autre de l’arbre sacré, dont les fleurs et les fruits témoignent de la vigueur. Il est représenté ici à la fois par la ligne droite du tronc et par les courbes de son feuillage, de manière stylisée. Il renferme des vertus miraculeuses. Dans la Bible, l’arbre de vie, symbole d’immortalité, est planté par Dieu au milieu du jardin d’Éden. Le végétal est aussi associé au rajeunissement, comme cette plante que rapporte Gilgamesh du fond des eaux. L’image des pierres précieuses dans les arbres du jardin merveilleux de l’Épopée est une manière d’évoquer le caractère inestimable des arbres. Les forêts sont rares en Mésopotamie ; c’est ce qui conduit Gilgamesh et Enkidu à partir si loin pour rapporter du bois, jusqu’au Liban dans la forêt des Cèdres, dont les essences sont bien gardées.
 

 

Relief du Palais d’Assurnazirpal II : Génie ailé à tête d’oiseau bénissant devant l’arbre sacré (vers 865 av. J.-C.) © RMN / Jean-Gilles Berizzi 
source : http://www.photo.rmn.fr/

Bien plus près de nous, le symboliste autrichien Gustav Klimt représente l’arbre de vie avec des incrustations à la feuille d’or qui en soulignent le caractère impérissable et précieux. Ses branches en spirales purement ornementales, sans profondeur, l’éloignent du réalisme. Prolongées par d’étranges yeux, elles semblent s’étendre à l’infini hors du cadre. Aucune présence humaine ne trouble l’arbre merveilleux, refuge de l’oiseau.

 

 

 

Gustav Klimt," L’Arbre de Vie " (détail) 1905 -1909
Détail de la fresque Stoclet
© Osterreichisches Museum für Angewandte Kunst Vienne

Vienne

 

 

 

  

L’arbre du paradis peint par Séraphine Louis (dite de Senlis), est aussi irréaliste que les deux autres ; l’impression de vitalité et de profusion y est plus marquée, grâce à la surcharge de motifs de feuilles, pétales, yeux, plumes et bijoux multicolores qui se mêlent et se confondent. Ils semblent même s’engendrer sous nos yeux car cet arbre-là n’est pas figé dans le métal ou la pierre. Le trait de peinture, plus léger, dirigé dans tous les sens, met en mouvement perpétuel ce désordre florissant. Au paradis, les règnes ne paraissent pas séparés, toutes les formes de vie semblent pouvoir coexister en harmonie.

L’arbre du paradis (vers 1929), Huile sur toile de Séraphine de Senlis © CNAC/MNAM, Dist. RMN / Jacqueline Hyde
Source :
http://www.photo.rmn.fr/

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