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	<title>Textes Fondateurs &#187; Salomé</title>
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		<title>Pr&#233;sentation</title>
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		<comments>http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/index.php/presentation-9#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 13 Jun 2008 14:27:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Salomé]]></category>
		<category><![CDATA[textes fondateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Une figure mineure du Nouveau Testament
L&#8217;histoire de Salom&#233;, racont&#233;e dans les deux premiers &#233;vangiles synoptiques (Matthieu 14, 3-12 et Marc 6, 17-29) est ins&#233;parable du destin tragique de Jean-Baptiste. Cette princesse est en effet la jeune danseuse qui, sous l&#8217;influence de sa m&#232;re H&#233;rodiade, obtient du t&#233;trarque H&#233;rode la d&#233;collation du proph&#232;te.
Ce r&#233;cit n&#8217;occupe &#224; [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Une figure mineure du Nouveau Testament</h2>
<p>L&#8217;histoire de Salom&eacute;, racont&eacute;e dans les deux premiers &eacute;vangiles synoptiques (Matthieu 14, 3-12 et Marc 6, 17-29) est ins&eacute;parable du destin tragique de <span style="color: #888888;"><strong><span style="color: #515151;">Jean-Baptiste</span>.</strong></span> Cette princesse est en effet la jeune danseuse qui, sous l&#8217;influence de sa m&egrave;re <span style="color: #515151;"><strong>H&eacute;rodiade</strong>,</span> obtient du t&eacute;trarque <span style="color: #515151;"><strong>H&eacute;rode</strong></span> la d&eacute;collation du proph&egrave;te.</p>
<p>Ce r&eacute;cit n&#8217;occupe &agrave; premi&egrave;re vue qu&#8217;une place anecdotique au sein du Nouveau Testament : les deux versions se pr&eacute;sentent de fait comme des analepses charg&eacute;es d&#8217;expliciter les circonstances de l&#8217;emprisonnement et de la mise &agrave; mort du proph&egrave;te. L&#8217;&eacute;vangile de Luc fait d&#8217;ailleurs l&#8217;&eacute;conomie de cette intrigue romanesque fond&eacute;e sur un sentiment peu noble chez H&eacute;rodiade, le d&eacute;sir de vengeance. L&#8217;&eacute;vang&eacute;liste se contente de mentionner que la d&eacute;cision d&#8217;emprisonnement et de mise &agrave; mort revient au seul H&eacute;rode (Luc 3, 19-20 et 9,7-9), qu&#8217;elle revêt donc un caract&egrave;re essentiellement politique. Ni H&eacute;rodiade ni sa fille ne sont &eacute;voqu&eacute;es dans le troisi&egrave;me des &eacute;vangiles synoptiques.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/180px-herodias_by_paul_delaroche.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-222" title="180px-herodias_by_paul_delaroche" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/180px-herodias_by_paul_delaroche.jpg" alt="" width="180" height="239" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Paul Delaroche (1797-1856), <em>Herodias</em>, Paris</p>
<p>Ces deux personnages f&eacute;minins auraient donc pu tomber dans les oubliettes de l&#8217;histoire biblique. Mais la tradition th&eacute;ologique chr&eacute;tienne va en d&eacute;cider autrement, parce qu&#8217;elle a besoin, selon le principe d&#8217;&eacute;chos entre le Nouveau et l&#8217;Ancien Testament, d&#8217;autres figures que Eve pour asseoir son discours misogyne et son &eacute;thique antisexuelle fond&eacute;e sur l&#8217;opposition de la chair et de l&#8217;esprit. Les P&egrave;res de l&#8217;Eglise vont ainsi donner naissance, bien malgr&eacute; eux, &agrave; <span style="color: #000000;"><span style="color: #515151;"><strong>une figure qui se d&eacute;ploiera dans la cr&eacute;ation litt&eacute;raire et artistique europ&eacute;enne</strong></span> </span>au point de constituer un v&eacute;ritable mythe.<a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/97820703937011.jpg"></a></p>
<p>Quatre grandes &eacute;tapes peuvent être d&eacute;gag&eacute;es dans l&#8217;histoire du mythe de Salom&eacute;<a name="_ftnref1" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn1">[1]</a>. La premi&egrave;re correspond aux d&eacute;buts du christianisme et s&#8217;inscrit exclusivement dans le cadre d&#8217;un discours &eacute;difiant. La seconde &eacute;tape correspond &agrave; l&#8217;&eacute;poque m&eacute;di&eacute;vale : la litt&eacute;rature et l&#8217;architecture y sont au service d&#8217;un discours moralisateur qui continue d&#8217;exploiter la figure de Salom&eacute; pour condamner le p&eacute;ch&eacute; de luxure.<span style="color: #000000;"> Il faut attendre </span><span style="color: #000000;">la seconde moiti&eacute; du XIXe si&egrave;cle pour observer une &eacute;volution majeure dans le traitement de ce personnage biblique</span> : Salom&eacute; s&#8217;extrait du discours d&#8217;&eacute;dification religieuse pour devenir une figure r&eacute;currente de la litt&eacute;rature et des arts en g&eacute;n&eacute;ral, &agrave; tel point qu&#8217;on parlera pour cette troisi&egrave;me &eacute;tape de « mythe fin-de-si&egrave;cle ». Le XXe si&egrave;cle, quant &agrave; lui, se signale par une diffusion qui exploite de nouveaux chemins, comme la danse et le cin&eacute;ma.</p>
<h2>Un personnage au service d&#8217;un discours patricien misogyne</h2>
<p>D&egrave;s les premiers si&egrave;cles de l&#8217;Europe chr&eacute;tienne, la femme est consid&eacute;r&eacute;e comme une menace, une dangereuse tentatrice, voire une auxiliaire de Satan. La figure de Eve s&#8217;impose comme l&#8217;arch&eacute;type de cet imaginaire du f&eacute;minin. Or le Nouveau Testament ne contient pas de personnages f&eacute;minins ad&eacute;quats : Marie est la m&egrave;re du Christ, la « Bienheureuse », l&#8217;&eacute;lue choisie pour racheter la figure p&eacute;cheresse d&#8217;Eve ; les femmes qui accompagnent J&eacute;sus dans les derniers moments du Calvaire et qui seront t&eacute;moins de sa r&eacute;surrection sont qualifi&eacute;es de « saintes » ; quant &agrave; Marie-Madeleine, elle symbolise la femme repentie. Restent donc H&eacute;rodiade et sa fille, responsables de la condamnation &agrave; mort du proph&egrave;te Jean-Baptiste.</p>
<p>D&egrave;s lors, de nombreux sermons vont exploiter ces deux figures, allant parfois jusqu&#8217;&agrave; les confondre. Une assimilation qui n&#8217;est pas sans raison : le texte biblique ne donne pas de nom &agrave; la « fille d&#8217;H&eacute;rodiade ». C&#8217;est l&#8217;historien <span style="color: #515151;"><strong>Flavius Jos&egrave;phe</strong></span> qui dans ses <em>Antiquit&eacute;s judaïques</em> (XVIII, 7), &agrave; la fin du I<sup>er</sup> si&egrave;cle de notre &egrave;re, se charge de mettre fin &agrave; son anonymat et de la baptiser Salom&eacute;. Un choix &eacute;tonnant si l&#8217;on se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l&#8217;&eacute;tymologie de cette onomastique : en h&eacute;breu, <em>slhm</em> signifie « la paix ». Une racine qui se retrouve dans le nom masculin de Salomon, fils de David et de Bethsab&eacute;e, dernier roi du royaume d&#8217;Israël dans l&#8217;Ancien Testament, rest&eacute; c&eacute;l&egrave;bre pour la prosp&eacute;rit&eacute; qui caract&eacute;rise son r&egrave;gne, pour la construction du Temple de J&eacute;rusalem mais surtout pour la sagesse de son Jugement (Livre des Rois 3, 16-28) face aux deux femmes qui r&eacute;clament un même nourrisson.</p>
<p>Si Flavius Jos&egrave;phe se contente de nommer Salom&eacute; pour la replacer dans la g&eacute;n&eacute;alogie royale &agrave; laquelle elle appartient,<span style="color: #888888;"> </span><span style="color: #000000;">les P&egrave;res de l&#8217;Eglise chr&eacute;tienne vont <strong><span style="color: #515151;">exploiter les ellipses des trois r&eacute;cits fondateurs bibliques pour conf&eacute;rer &agrave; cet &eacute;pisode une port&eacute;e didactique</span></strong></span><span style="color: #888888;"><strong><span style="color: #515151;"> moralisatrice</span></strong>.</span> Jean Chrysostome, mais aussi Augustin d&#8217;Hippone, sont &agrave; l&#8217;origine des deux principales caract&eacute;ristiques de la figure de Salom&eacute; : la danseuse perverse, d&eacute;prav&eacute;e ; la femme fatale et diabolique, v&eacute;ritable incarnation de la lubricit&eacute; et du vice<a name="_ftnref2" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p>Un portrait plus pr&eacute;cis de Salom&eacute; se met ainsi peu &agrave; peu en place. Jean Chrysostome dans son <em>Hom&eacute;lie sur l&#8217;Evangile de Marc</em> pr&eacute;cise son âge : « quinze ans ». Il en fait alors une « jeune fille » capable de raison, et donc responsable de ses actes et in&eacute;vitablement consciente de leur port&eacute;e. Il s&#8217;&eacute;carte ainsi du texte &eacute;vang&eacute;lique qui met seulement en &eacute;vidence le caract&egrave;re ob&eacute;issant de Salom&eacute;, son rôle de simple adjuvante inconsciente dans le projet de vengeance de sa m&egrave;re. Dans un autre de ses sermons, <em>L&#8217;Hom&eacute;lie sur l&#8217;Evangile de Matthieu</em>, Jean Chrysostome d&eacute;finit les deux crimes de Salom&eacute; : celle-ci est tout d&#8217;abord coupable par sa danse elle-même, parce qu&#8217;elle adopte une attitude impudique pour une jeune vierge qui, selon les crit&egrave;res des moralistes de l&#8217;&eacute;poque, se doit d&#8217;être aust&egrave;re dans son vêtement, de rester voil&eacute;e et de ne d&eacute;gager aucun esprit de coquetterie ; mais surtout, en s&eacute;duisant H&eacute;rode, elle obtient comme prix de sa prestation artistique un homicide. Salom&eacute; apparaît donc aux yeux de Jean Chrysostome comme une figure terriblement scandaleuse parce que l&#8217;&eacute;rotisme qu&#8217;elle d&eacute;gage en dansant se trouve finalement li&eacute; au sang et &agrave; la mort.</p>
<p>Augustin d&#8217;Hippone, dans son <em>Quinzi&egrave;me Sermon pour la d&eacute;collation de saint Jean-Baptiste</em>, revient sur ce pouvoir terriblement s&eacute;ducteur et &eacute;rotique de la danse qu&#8217;accomplit Salom&eacute; devant le t&eacute;trarque :</p>
<p>« Aussitôt elle se tord pour d&eacute;crire des circuits insens&eacute;s ; elle tourne avec la rapidit&eacute; d&#8217;un tourbillon ; on la voit parfois se pencher d&#8217;un côt&eacute; jusqu&#8217;&agrave; terre, et parfois renverser sa tête et se pencher en arri&egrave;re, et, &agrave; l&#8217;aide de son l&eacute;ger vêtement, trahir ainsi ses formes voluptueuses. »</p>
<p>Le <em>Seizi&egrave;me Sermon pour la d&eacute;collation de saint Jean-Baptiste</em> est l&#8217;occasion de prolonger cette description de la chor&eacute;graphie de Salom&eacute; :</p>
<p>« Sous sa tunique l&eacute;g&egrave;re, la jeune fille apparaît dans une sorte de nudit&eacute; : car pour ex&eacute;cuter sa danse, elle s&#8217;est inspir&eacute;e d&#8217;une pens&eacute;e diabolique : elle a voulu que la couleur de son vêtement simulât parfaitement la teinte de ses chairs. Tantôt elle se courbe de côt&eacute; et pr&eacute;sente son flanc aux yeux des spectateurs ; tantôt, en pr&eacute;sence de ces hommes, elle fait parade de ses seins que l&#8217;&eacute;treinte des embrassements qu&#8217;elle a reçus a fortement d&eacute;prim&eacute;s. »</p>
<p>Sous la plume de Saint-Augustin, Salom&eacute; se livre en toute conscience &agrave; une v&eacute;ritable bacchanale et m&eacute;rite logiquement un châtiment sans appel. Celui qu&#8217;Augustin invente se r&eacute;v&egrave;le d&#8217;un symbolisme flagrant : Salom&eacute; meurt d&eacute;capit&eacute;e par les glaces d&#8217;un fleuve gel&eacute;. Sa m&egrave;re n&#8217;est pas &eacute;pargn&eacute;e par un destin tragique mais au combien moral : c&#8217;est en aveugle qu&#8217;elle termine ses jours, r&eacute;miniscence sans doute de l&#8217;errance d&#8217;œdipe apr&egrave;s la r&eacute;v&eacute;lation de ses propres crimes d&#8217;inceste et de parricide.</p>
<h2>Un sujet d&#8217;&eacute;dification pour la litt&eacute;rature moralisatrice du Moyen âge</h2>
<p>Le Moyen Age va reprendre ces lectures patristiques et continuer &agrave; construire l&#8217;image d&#8217;une Salom&eacute; l&eacute;gendaire li&eacute;e avec Lucifer. Les fêtes de la nuit de la Saint-Jean (29 août) diffusent le portrait d&#8217;une organisatrice de sabbats nocturnes ou encore d&#8217;une reine des Sorci&egrave;res qui, assist&eacute;e d&#8217;un chasseur, poursuit un ours &agrave; travers des ravins obscurs.</p>
<p>Les sc&eacute;narios concernant sa mort se diversifient eux aussi : Salom&eacute; est soit an&eacute;antie par le souffle chaud de la bouche de Jean-Baptiste, soit d&eacute;vor&eacute;e par la terre qui s&#8217;ouvre sous ses pieds, selon le d&eacute;nouement retenu par <span style="color: #515151;"><strong>Jacques de Voragine</strong></span> dans <em>La L&eacute;gende dor&eacute;e</em> :</p>
<p>« Quant &agrave; sa fille, elle se promenait un jour sur une pi&egrave;ce d&#8217;eau gel&eacute;e dont la glace se brisa sous ses pieds, et elle fut &eacute;touff&eacute;e &agrave; l&#8217;instant dans les eaux. On lit cependant dans une chronique qu&#8217;elle fut engloutie toute vive dans la terre. Ce qui peut s&#8217;entendre, comme quand on parle des Egyptiens engloutis dans la mer rouge, on dit avec l&#8217;Ecriture Sainte : « La terre les d&eacute;vora. »<a name="_ftnref3" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn3">[3]</a></p>
<p>On remarquera ici que la mort naturelle est &eacute;cart&eacute;e au profit d&#8217;une mort miraculeuse qui sonne comme un châtiment divin, en &eacute;cho &agrave; un &eacute;pisode du livre de l&#8217;Exode de l&#8217;Ancien Testament. Un choix en contradiction avec la condamnation de l&#8217;esprit superstitieux &agrave; l&#8217;œuvre dans l&#8217;&eacute;vocation populaire de la mort d&#8217;H&eacute;rodiade :</p>
<p>« Quelques-uns disent qu&#8217;H&eacute;rodiade ne mourut pas en exil comme elle y avait &eacute;t&eacute; condamn&eacute;e, mais alors qu&#8217;elle tenait entre les mains la tête de saint Jean, elle se fit un plaisir de l&#8217;insulter ; or, par une permission de Dieu, cette tête elle-même lui souffla au visage, et cette m&eacute;chante femme mourut aussitôt. C&#8217;est le r&eacute;cit du vulgaire ; mais ce qui a &eacute;t&eacute; rapport&eacute; plus haut, qu&#8217;elle p&eacute;rit mis&eacute;rablement en exil avec H&eacute;rode, est affirm&eacute; par les saints dans leurs chroniques : et il faut s&#8217;y tenir. »<a name="_ftnref4" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"><a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/enluminure.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-221" title="enluminure" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/enluminure-247x300.jpg" alt="" width="247" height="300" /></a></p>
<p style="TEXT-ALIGN: center">Danse de Salom&eacute;, ms Latin 18014, Fol. 212v, Bnf, Paris</p>
<p>Les <em>Myst&egrave;res</em> mis en sc&egrave;ne &agrave; partir du XIIIe si&egrave;cle remplacent quant &agrave; eux la danse lascive par une danse macabre dans un souci d&#8217;&eacute;dification encore plus ostensible &agrave; l&#8217;encontre du p&eacute;ch&eacute; de concupiscence tant combattu par la morale de l&#8217;&eacute;poque.</p>
<p>Le personnage de<span style="color: #888888;"> <strong><span style="color: #515151;">Salom&eacute; est au cours de ces si&egrave;cles totalement ins&eacute;parable des repr&eacute;sentations du martyre de Jean-Baptiste</span></strong></span>. Il orne les chapiteaux et vitraux charg&eacute;s de raconter l&#8217;histoire tragique de ce saint dans les &eacute;glises et cath&eacute;drales. On peut consid&eacute;rer que la notori&eacute;t&eacute; de Salom&eacute; est due &agrave; l&#8217;extrême popularit&eacute; de ce saint &agrave; l&#8217;&eacute;poque m&eacute;di&eacute;vale, mais &eacute;galement &agrave; la Renaissance. De nombreuses chapelles exposent alors des « plats de saint Jean » sur lesquels reposent des imitations de la tête ruisselante de sang du Baptiste, la « vraie » tête du martyre &eacute;tant cens&eacute;e se trouver dans la cath&eacute;drale d&#8217;Amiens, v&eacute;ritable lieu de p&egrave;lerinage pour toutes celles et ceux qui demandent &agrave; gu&eacute;rir de leurs maux, notamment de tête.</p>
<h2>L&#8217;influence allemande de Heinrich Heine au XIXe si&egrave;cle</h2>
<p>L&#8217;imaginaire de cette femme fatale qui conduit l&#8217;homme &agrave; sa perte va ensuite connaître entre le XVIe et le XVIIIe si&egrave;cles une longue p&eacute;riode de latence dans le domaine de la litt&eacute;rature. Même les orateurs laissent cette figure biblique sombrer dans l&#8217;oubli lorsqu&#8217;ils entendent d&eacute;noncer les m&eacute;faits de la luxure. C&#8217;est au contraire <span style="color: #888888;"><strong><span style="color: #888888;">la peinture qui va reprendre &agrave; son compte et exploiter cette figure biblique</span></strong>,</span> &agrave; l&#8217;exemple de Memmling, Cranach, Botticelli, Luini, Tiepolo ou Titien.</p>
<p>Il faut attendre le XIXe si&egrave;cle pour voir ressurgir ce personnage dans l&#8217;inconscient collectif et d&#8217;une certaine mani&egrave;re le vampiriser. Son exploitation artistique en France est telle &agrave; partir des ann&eacute;es 1870 qu&#8217;on peut effectivement parler d&#8217;une image obs&eacute;dante et d&#8217;un « mythe fin-de-si&egrave;cle »<a name="_ftnref5" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn5">[5]</a>.</p>
<p><span style="color: #515151;"><strong>La renaissance de la figure de Salom&eacute; s&#8217;effectue par le biais de la litt&eacute;rature germanique</strong>.</span> Heinrich Heine publie en 1841 un po&egrave;me intitul&eacute; <em>Atta Troll : Rêve d&#8217;une nuit d&#8217;&eacute;t&eacute; </em>qui sera traduit en français en 1847. Dans ce long texte, Salom&eacute; et sa m&egrave;re H&eacute;rodiade ne forment qu&#8217;une seule entit&eacute;, une sorte de f&eacute;e païenne qui chevauche aux côt&eacute;s de deux autres beaut&eacute;s chasseresses : Diane, d&eacute;esse de la mythologie gr&eacute;co-romaine, et Habonde, exhum&eacute;e des l&eacute;gendes celtes<a name="_ftnref6" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn6">[6]</a>. Ces trois femmes sont condamn&eacute;es &agrave; une chevauch&eacute;e nocturne &eacute;ternelle que le narrateur peut contempler &agrave; « l&#8217;&eacute;poque de la pleine lune, pendant la nuit de la saint Jean ». Il en subit malgr&eacute; lui l&#8217;attrait mais en même temps se d&eacute;fie de ce « trio d&#8217;amazones » : Diane a « au fond de son œil noir un feu terrible, un feu doux et perfide, qui aveugle et d&eacute;vore » ; la f&eacute;e Habonde se rit sans cesse de ceux qui la courtisent &#8211; en vain ; H&eacute;rodiade-Salom&eacute; respire « tout le charme de l&#8217;Orient » mais est « maudite et condamn&eacute;e &agrave; suivre, jusqu&#8217;au jugement dernier, comme un spectre errant, la chasse nocturne des esprits » en tenant dans ses mains « le plat où se trouve la tête de Jean-Baptiste » qu&#8217;elle a condamn&eacute; &agrave; mort &#8211; et qu&#8217;elle « baise avec ferveur ».</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/180px-heinrich_heine.jpg"><img class="alignnone size-thumbnail wp-image-225" title="180px-heinrich_heine" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/180px-heinrich_heine.jpg" alt="" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Heine en 1829, Bibliothek des allgemeinen und praktischen Wissens</p>
<p>On voit donc que le po&egrave;te allemand s&#8217;adonne &agrave; un travail de r&eacute;interpr&eacute;tation du texte biblique et des l&eacute;gendes m&eacute;di&eacute;vales : il continue de faire d&#8217;H&eacute;rodiade-Salom&eacute; une incantatrice dot&eacute;e de pouvoirs occultes ; mais surtout il la transforme en amoureuse passionn&eacute;e qui sombre dans la folie. Heine attribue en effet &agrave; la demande d&#8217;H&eacute;rodiade une explication psychologique bien diff&eacute;rente de celle du texte &eacute;vang&eacute;lique ; c&#8217;est lui qui imagine une H&eacute;rodiade amoureuse de Jean-Baptiste :</p>
<p>« Car elle aimait jadis le proph&egrave;te. La Bible ne le dit pas, &#8211; mais le peuple a gard&eacute; la m&eacute;moire des sanglantes amours d&#8217;H&eacute;rodiade.</p>
<p>Autrement, le d&eacute;sir de cette dame serait inexplicable. Une femme demande-t-elle la tête d&#8217;un homme qu&#8217;elle n&#8217;aime pas ? »</p>
<p>Un amour qui n&#8217;est cependant pas r&eacute;ciproque, qui coûte donc la vie &agrave; Jean-Baptiste et qui conduit H&eacute;rodiade &agrave; sombrer dans une folie &eacute;ternelle :</p>
<p>« Elle &eacute;tait peut-être un peu fâch&eacute;e contre son saint amant ; et elle le fit d&eacute;capiter ; mais lorsqu&#8217;elle vit sur ce plat cette tête si ch&egrave;re,</p>
<p>Elle se mit &agrave; pleurer, &agrave; se d&eacute;sesp&eacute;rer, et elle mourut dans cet acc&egrave;s de folie amoureuse. (Folie amoureuse ! Quel pl&eacute;onasme ! L&#8217;amour n&#8217;est-il pas une folie ?)</p>
<p>La nuit, elle sort de sa tombe, et, en suivant la chasse infernale, elle porte, comme dit la tradition populaire, dans ses mains blanches le plat avec la tête sanglantes ;</p>
<p>Mais de temps en temps, par un &eacute;trange caprice de femme, elle lance la tête dans les airs en riant comme un enfant, et la rattrape adroitement comme si elle jouait &agrave; la balle. »</p>
<p>Le d&eacute;s&eacute;quilibre psychologique de Salom&eacute; ne fait toutefois pas peur au narrateur-protagoniste du po&egrave;me de Heine. Il se lance en effet dans une v&eacute;ritable d&eacute;claration d&#8217;amour (« Aime-moi et sois &agrave; moi, belle H&eacute;rodiade ! ») et aspire &agrave; prendre la place de la « tête sotte du saint qui ne sut pas appr&eacute;cier » les charmes d&#8217;H&eacute;rodiade. Il entend alors devenir son « cavaliere servente », afin de satisfaire tous ses « caprices ».</p>
<h2>La naissance d&#8217;un v&eacute;ritable mythe &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle</h2>
<p>Cette nouvelle fiction imagin&eacute;e par Henrich Heine ouvre la voie &agrave; toute l&#8217;obsession symboliste de la fin du XIX&egrave; si&egrave;cle. Le charme fatal de la princesse juive inspire aussi bien les &eacute;crivains que les musiciens et les peintres. <span style="color: #515151;"><strong>Gustave Flaubert</strong></span> s&#8217;engouffre dans ce mythe en 1877 avec le troisi&egrave;me de ses contes : <em>H&eacute;rodias</em>. En 1881, Massenet s&#8217;inspire de ce r&eacute;cit pour &eacute;crire son op&eacute;ra <em>H&eacute;rodiade</em>. Dans les Salons parisiens, le th&egrave;me de Salom&eacute; devient acad&eacute;mique puisque chaque ann&eacute;e il se trouve explor&eacute; dans cinq ou six tableaux. Les toiles les plus c&eacute;l&egrave;bres sont celle de Regnault qui au Salon de 1870 fut &agrave; l&#8217;origine d&#8217;un v&eacute;ritable scandale, mais surtout celles de <span style="color: #515151;"><strong>Gustave Moreau</strong></span>, dont la fameuse<em> Apparition</em> (1876) fascinera <strong><span style="color: #515151;">Huysmans</span></strong>. Ce dernier inclut d&#8217;ailleurs dans le chapitre V de son roman <em>A Rebours</em> une ekphrasis des tableaux de Moreau. En 1912, Maurice Krafft dit recenser 2789 po&egrave;mes &agrave; la gloire de ce personnage biblique, parmi lesquels on doit relever l&#8217;oeuvre inachev&eacute;e de <span style="color: #515151;"><strong>Mallarm&eacute;</strong></span> : « Les Noces d&#8217;H&eacute;rodiade ». Certains po&egrave;tes, comme <strong><span style="color: #515151;">Th&eacute;odore de Banville</span></strong> ou Jean Lorrain, n&#8217;h&eacute;sitent d&#8217;ailleurs pas &agrave; reprendre ce th&egrave;me &agrave; de multiples reprises. <strong><span style="color: #515151;">Oscar Wilde</span></strong> en fait l&#8217;h&eacute;roïne de la pi&egrave;ce de th&eacute;âtre qu&#8217;il compose en français en 1893. Quant &agrave; <span style="color: #515151;"><strong>Jules Laforgue</strong></span>, il invente dans ses <em>Moralit&eacute;s l&eacute;gendaires </em>(1886) un petit r&eacute;cit parodique qui se moque de l&#8217;image id&eacute;ale construite par ses contemporains symbolistes et d&eacute;cadents.</p>
<p>Comment expliquer le succ&egrave;s de ce « mythe fin-de-si&egrave;cle » ? La premi&egrave;re des explications possibles est li&eacute;e au goût du XIXe si&egrave;cle pour l&#8217;exotisme, et plus particuli&egrave;rement pour l&#8217;orientalisme. Les grands peintres romantiques comme Delacroix, Chass&eacute;riau ou Ingres en ont fait leur th&egrave;me de pr&eacute;dilection, s&#8217;attachant &agrave; repr&eacute;senter les myst&eacute;rieuses et &#8211; ô combien ensorceleuses pour l&#8217;imaginaire masculin &#8211; odalisques qui peuplent les s&eacute;rails et harems orientaux<a name="_ftnref8" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn8">[8]</a>. Les Symbolistes comme Pierre Puvis de Chavannes et surtout Gustave Moreau vont reprendre cette source d&#8217;inspiration orientaliste, mais en l&#8217;associant &agrave; une toute autre mani&egrave;re de consid&eacute;rer les rapports entre l&#8217;homme et la femme : les toiles de Moreau sont en effet travers&eacute;es par un th&egrave;me r&eacute;current, celui de la domination de la femme sur l&#8217;homme. La tapisserie qu&#8217;il r&eacute;alise en 1894 pour les Gobelins, <em>Le Po&egrave;te et la Sir&egrave;ne</em>, en est un exemple frappant.</p>
<p>La femme orientale continue de s&eacute;duire, d&#8217;attirer le d&eacute;sir masculin, mais d&eacute;sormais, elle fait peur. La Salom&eacute; de la fin du XIXe si&egrave;cle incarne la « femme naturelle, c&#8217;est-&agrave;-dire abominable » qu&#8217;&eacute;voque Baudelaire dans <em>Les Fleurs du Mal</em>. Elle va concentrer toutes les angoisses des cr&eacute;ateurs de cette p&eacute;riode, hant&eacute;s par la maladie, la folie ou la mort, qu&#8217;ils associent volontiers au sexe dit « faible », reprenant &agrave; leur compte le discours m&eacute;dical contemporain sur les causes de la syphilis et de l&#8217;hyst&eacute;rie. D&egrave;s lors, chacun des artistes de cette fin de si&egrave;cle interpr&egrave;te le r&eacute;cit biblique &agrave; sa guise, comme le note Pascal Aquien, « et selon ses fantasmes, qu&#8217;il [s'agisse] de l&#8217;angoisse de la castration et de la peur des femmes ou de leurs corollaires pervers comme le sado-masochisme, la n&eacute;crophilie, le f&eacute;tichisme, l&#8217;&eacute;rotomanie ou l&#8217;homosexualit&eacute;. A la fois symbole d&#8217;hybris, de violation du sacr&eacute;, de lubricit&eacute; brûlante ou de virginit&eacute; glac&eacute;e, d&#8217;&eacute;rotisme avis&eacute; et d&#8217;innocence d&eacute;concertante, Salom&eacute; [peut] ainsi s&#8217;&eacute;panouir dans les contraires tout en pr&eacute;servant son myst&egrave;re. »<a name="_ftnref10" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn10">[10]</a> Le monde artistique des Symbolistes et des D&eacute;cadents subit alors l&#8217;influence d&#8217;un discours psychanalytique naissant qui s&#8217;attache &agrave; explorer la nature de la sexualit&eacute;, et &agrave; mettre &agrave; jour son mode de fonctionnement dans l&#8217;inconscient.</p>
<p>Le d&eacute;veloppement du mythe de Salom&eacute; en tant qu&#8217;expression exacerb&eacute;e d&#8217;un fantasme collectif qui hante les cr&eacute;ateurs masculins est sans doute &eacute;galement &agrave; relier &agrave; l&#8217;&eacute;volution de la place de la femme dans la soci&eacute;t&eacute; au cours du XIXe si&egrave;cle. C&#8217;est en tout cas ce que signalent Daniel Grojnowski et Henri Scepi : « Il faut voir dans<strong><span style="color: #888888;"> <span style="color: #515151;">le d&eacute;veloppement du f&eacute;minisme au XIXe si&egrave;cle l&#8217;un des facteurs de la r&eacute;activation de ce mythe</span></span></strong>. Du fait qu&#8217;elle revendique sa part des Droits de l&#8217;homme et du citoyen, la femme est apparue d&#8217;autant plus dangereuse au regard de l&#8217;id&eacute;ologie conservatrice que la s&eacute;duction (danse de Salom&eacute;) a pour fin in&eacute;luctable la castration (d&eacute;collation de Jean-Baptiste). »<a name="_ftnref11" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/the-climax.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-196" title="the-climax" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/the-climax.jpg" alt="" width="150" height="200" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: 12pt; font-family: ">Aubrey Beardsley, <em>The Climax, </em>1894</span></p>
<p>La position de la femme dans la soci&eacute;t&eacute; du XIXe si&egrave;cle est de fait marqu&eacute;e par l&#8217;ambivalence : elle n&#8217;a pas de statut politique, puisque n&#8217;a pas acc&egrave;s au droit de vote &#8211; en d&eacute;pit des revendications sous la R&eacute;volution de 1789 d&#8217;Olympe de Gouges &#8211; et la loi, depuis le code civil de Napol&eacute;on, continue &agrave; en faire une &eacute;ternelle mineure, sous la coupe d&#8217;abord du p&egrave;re, puis de l&#8217;&eacute;poux ; en parall&egrave;le, l&#8217;industrialisation naissante de la soci&eacute;t&eacute; va contribuer &agrave; une certaine &eacute;mancipation de la femme par le travail, avec l&#8217;apparition du type de l&#8217;ouvri&egrave;re &#8211; et la politique d&#8217;alphab&eacute;tisation, mise en place d&egrave;s les ann&eacute;es 1830, met en pratique les discours philosophiques du si&egrave;cle des Lumi&egrave;res concernant l&#8217;&eacute;ducation des femmes : l&#8217;enseignement f&eacute;minin laïque est cr&eacute;&eacute; en 1836, la premi&egrave;re &eacute;cole normale d&#8217;institutrice en 1838 ; la loi Falloux de 1850 entend cr&eacute;er des &eacute;coles de filles dans les communes de plus de 800 habitants.</p>
<p>Le XIXe si&egrave;cle est ainsi travers&eacute; par quelques grandes figures de femmes qui s&#8217;affirment dans le monde artistique et politique : Mme de Staël, George Sand, pour le domaine litt&eacute;raire ; Flora Tristan pour la d&eacute;fense du monde ouvrier ou Louise Michel qui s&#8217;engage aupr&egrave;s des insurg&eacute;s de la Commune. Mais leur vie personnelle ou leurs &eacute;crits t&eacute;moignent de la persistance d&#8217;un regard social qui condamne, r&eacute;prouve tout d&eacute;sir d&#8217;&eacute;mancipation. Les romans de l&#8217;&eacute;poque en portent aussi t&eacute;moignage : beaucoup proposent des h&eacute;roïnes &#8211; qu&#8217;elles soient passionn&eacute;es comme la Corinne du roman &eacute;ponyme Mme de Staël ou vertueuses &agrave; l&#8217;image de Mme de Mortseuf du <em>Lys dans la vall&eacute;e</em> de Balzac &#8211; qui connaissent un destin tragique, victimes de leur condition sociale ou de leur &eacute;ducation.</p>
<p>De ce point de vue, Emma Bovary peut être consid&eacute;r&eacute;e comme symptomatique d&#8217;une &eacute;poque qui entend id&eacute;aliser la femme &#8211; dans la grande tradition de la litt&eacute;rature courtoise m&eacute;di&eacute;vale &#8211; mais qui finit par la diaboliser &#8211; en la rendant responsable de tous les maux : Gustave Flaubert a cr&eacute;&eacute; dans ce roman un personnage f&eacute;minin qui, parce qu&#8217;elle s&#8217;identifie trop aux h&eacute;ros de ses lectures romanesques, va devenir adult&egrave;re, n&eacute;gliger sa petite fille, et conduire son foyer &agrave; la ruine avant de mettre fin &agrave; ses jours<a name="_ftnref12" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn12">[12]</a>.</p>
<p>La femme cultiv&eacute;e, <strong><span style="color: #515151;">la femme qui se mêle trop d&#8217;esprit apparaît donc comme dangereuse pour les &eacute;crivains du XIXe si&egrave;cle.</span></strong> La femme qui affirme son d&eacute;sir ne l&#8217;est pas moins. R&eacute;activ&eacute;e par le puritanisme ambiant, qui s&#8217;appuie sur le culte de la vierge Marie, que promeut l&#8217;&eacute;glise catholique &agrave; partir des ann&eacute;es 1850, l&#8217;image de la fille d&#8217;Eve porteuse du p&eacute;ch&eacute; et de la tentation s&#8217;incarne successivement dans la femme de mauvaise vie (M&eacute;rim&eacute;e, <em>Carmen, </em>1845), la prostitu&eacute;e (Zola, <em>Nana,</em> 1880) et la vierge mortif&egrave;re : Salom&eacute;<a name="_ftnref13" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn13">[13]</a>.</p>
<p>Toutefois, la Salom&eacute; des Symbolistes g&eacute;n&egrave;re tout autant un sentiment de r&eacute;pulsion que de fascination. Elle devient d&egrave;s lors paradoxalement une sorte d&#8217;Id&eacute;al f&eacute;minin en raison même de son pouvoir &eacute;rotique. Et c&#8217;est en toute logique qu&#8217;elle se substitue &agrave; la figure &#8211; beaucoup trop mat&eacute;rialiste &agrave; leur goût &#8211; de la Femme mari&eacute;e et de la M&egrave;re, tant mise en avant par leurs pr&eacute;d&eacute;cesseurs, comme Michelet dans son essai <em>La Femme</em> (1859) ou Balzac dans sa <em>Physiologie du mariage</em> (1829).</p>
<h2>Nouveaux supports de diffusion du mythe au XXe si&egrave;cle</h2>
<p>Le XXe si&egrave;cle va poursuivre l&#8217;exploration du mythe de Salom&eacute; en s&#8217;interrogeant plus encore sur l&#8217;ambivalence psychologique qu&#8217;il rec&egrave;le. Selon Marc Bochet, cette histoire « repr&eacute;sente presque toujours la rencontre conflictuelle &#8211; faite d&#8217;attirance et de m&eacute;fiance &#8211; entre l&#8217;homme et la femme. »<a name="_ftnref14" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn14">[14]</a>.</p>
<p>C&#8217;est Strauss qui ouvre la voie &agrave; cette interpr&eacute;tation lorsqu&#8217;il cr&eacute;e en 1905 son op&eacute;ra <em>Salom&eacute;</em>, et s&#8217;attire les foudres de la critique qui crie au scandale de la perversion. L&#8217;h&eacute;roïne y apparaît en effet comme une amoureuse meurtrie qui chante sa blessure dans une rage path&eacute;tique ; la folie dans laquelle elle sombre va contaminer tous les autres protagonistes.</p>
<p><strong><span style="color: #515151;">Michel Leiris</span></strong> dans son autobiographie <em>L&#8217;âge d&#8217;homme</em> rattache le personnage de Salom&eacute; au souvenir de sa tante Lise, cantatrice qui a interpr&eacute;t&eacute; le rôle de Salom&eacute; dans l&#8217;op&eacute;ra de Strauss. Il la d&eacute;crit comme une « fillette vicieuse », « une fille implacable et châtreuse » et &agrave; « l&#8217;&eacute;rotisme angoissant ».</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/97820703937011.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-224" title="97820703937011" src="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/97820703937011-180x300.jpg" alt="" width="180" height="300" /></a></p>
<p>La tendance parodique survit aussi avec deux po&egrave;mes d&#8217;<span style="color: #888888;"><strong><span style="color: #515151;">Apollinaire</span></strong> </span>et de <strong><span style="color: #515151;">Desnos</span></strong>, marqu&eacute;s par un esprit de d&eacute;rision. Le premier fait de Salom&eacute; une toute jeune fille qui se lance dans une danse &agrave; la mode des comptines enfantines. Le second construit tout un exercice de mise en page et de jeu sur les sonorit&eacute;s<a name="_ftnref15" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn15">[15]</a>.</p>
<p>Mais le XXe si&egrave;cle se caract&eacute;rise surtout par une transformation des supports de diffusion : Salom&eacute; investit tout naturellement le monde du ballet et celui du cin&eacute;ma. <span style="color: #515151;"><strong>Florent Schmitt</strong></span> donne une <em>Trag&eacute;die de Salom&eacute; </em>en 1907 compos&eacute;e de six danses charg&eacute;es d&#8217;&eacute;voquer le parcours psychologique de la jeune princesse, depuis la « danse des perles », temps de l&#8217;insouciance &agrave; la « danse de la terreur », temps de la conscience de l&#8217;horreur. Maurice B&eacute;jart, quant &agrave; lui, pr&eacute;sentera cinq chor&eacute;graphies sur ce th&egrave;me, inspir&eacute; par l&#8217;alliance de la vie et de la mort qu&#8217;il rec&egrave;le.</p>
<p>Le cin&eacute;ma muet s&#8217;empare de cette figure biblique revisit&eacute;e par les Symbolistes d&egrave;s 1902, avec un film allemand de Oskar Mester. Le dernier film r&eacute;alis&eacute; &agrave; ce jour autour de cette figure biblique est celui de l&#8217;am&eacute;ricain Ken Russell, <em>La derni&egrave;re danse de Salom&eacute;</em>, en 1988<a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-content/uploads/2008/06/180px-heinrich_heine.jpg"></a>.</p>
<p>En somme, la fugitive figure biblique de Salom&eacute; s&#8217;est enrichie au fil des si&egrave;cles grâce &agrave; un imaginaire principalement litt&eacute;raire et pictural. La seconde moiti&eacute; du XIXe si&egrave;cle se r&eacute;v&egrave;le capitale car elle produira les œuvres litt&eacute;raires qui constituent pour tous les artistes le corpus &agrave; imiter et &agrave; transcender. La danse que Salom&eacute; ex&eacute;cute rec&egrave;le pour les cr&eacute;ateurs qui la c&eacute;l&egrave;brent mille facettes, qui toutes symboliseraient « la tentative surhumaine » &#8211; et donc fatalement impossible &#8211; « de vouloir poss&eacute;der l&#8217;être de l&#8217;autre ». C&#8217;est &agrave; cette caract&eacute;ristique essentielle que Marc Bochet associe « la permanence du mythe » et sa « continuelle modernit&eacute; »<a name="_ftnref17" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftn17">[17]</a>.</p>
<p><strong></strong></p>
<hr size="1" /><a name="_ftn1" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref1">[1]</a> La distinction de ces quatre grandes &eacute;tapes chronologiques s&#8217;inspire de celles &eacute;tablies par Marc Bochet dans <em>Salom&eacute; : du voil&eacute; au d&eacute;voil&eacute;</em>, &eacute;ditions du Cerf, 2007.</p>
<p><a name="_ftn2" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref2">[2]</a> Pour des citations plus pr&eacute;cises de ces sermons, se reporter au travail de Marc Bochet, <em>Salom&eacute; : du voil&eacute; au d&eacute;voil&eacute;</em>, &eacute;ditions du Cerf, 2007, pages 16 &agrave; 28.</p>
<p><a name="_ftn3" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref3">[3]</a> Jacques de Voragine, <em>La L&eacute;gende dor&eacute;e</em>, &eacute;dition GF, tome 2, page 160.</p>
<p><a name="_ftn4" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref4">[4]</a> Jacques de Voragine, <em>La L&eacute;gende dor&eacute;e</em>, &eacute;dition GF, tome 2, page 160.</p>
<p><a name="_ftn5" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref5">[5]</a> Se reporter &agrave; la pr&eacute;face et au dossier r&eacute;alis&eacute;s par Pascal Aquien pour l&#8217;&eacute;dition G.F de la pi&egrave;ce d&#8217;Oscar Wilde, <em>Salom&eacute;</em>. Le dossier contient un important corpus de textes, notamment po&eacute;tiques, des ann&eacute;es 1870 &#8211; 1920, class&eacute;s de mani&egrave;re th&eacute;matique.</p>
<p><a name="_ftn6" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref6">[6]</a> Consulter le site <a href="http://www.mediterranees.net/">www.mediterranees.net</a> afin d&#8217;y lire la totalit&eacute; du passage que le po&egrave;te Henrich Heine consacre au personnage d&#8217;H&eacute;rodiade-Salom&eacute; dans <em>Atta Troll</em>.</p>
<p><a name="_ftn7" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref7">[7]</a> Pour une analyse plus pr&eacute;cise des modalit&eacute;s du mythe de Salom&eacute; &agrave; l&#8217;&eacute;poque symboliste et d&eacute;cadente, se reporter &agrave; la seconde et &agrave; la troisi&egrave;me partie de ce dossier.</p>
<p><a name="_ftn8" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref8">[8]</a> Delacroix, <em>Femmes d&#8217;Alger dans leur appartement, </em>1833. Chass&eacute;riau, <em>Le T&eacute;pidarium</em>, 1853. Ingres, <em>Le Bain turc, </em>1863. Pour une analyse tr&egrave;s pr&eacute;cise de ces tableaux, de leur symbolique et de leur port&eacute;e esth&eacute;tique, se reporter &agrave; l&#8217;ouvrage de Rose-Marie et Reiner Hagen, <em>Les dessous des chefs-d&#8217;œuvre</em>, tome 2, aux &eacute;ditions Taschen.</p>
<p><a name="_ftn9" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref9">[9]</a> Tableau expos&eacute; au mus&eacute;e Gustave Moreau &agrave; Paris. Le po&egrave;te se trouve aux pieds de la Sir&egrave;ne, dont le visage ressemble &eacute;trangement &agrave; la Salom&eacute; de <em>l&#8217;Apparition</em>.<em> </em>Une exposition consacr&eacute;e aux rapports entre Huysmans et Moreau a &eacute;t&eacute; organis&eacute;e en novembre 2007 au mus&eacute;e Gustave Moreau &agrave; Paris. Intitul&eacute;e « F&eacute;&eacute;riques visions », elle permet de voir notamment &agrave; quel point le personnage de Salom&eacute; est omnipr&eacute;sent dans toute l&#8217;œuvre du peintre.</p>
<p><a name="_ftn10" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref10">[10]</a> Pascal Aquien, pr&eacute;face de l&#8217;&eacute;dition de <em>Salom&eacute; </em>d&#8217;Oscar Wilde, &eacute;ditions GF, pages 10-11.</p>
<p><a name="_ftn11" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref11">[11]</a> Voir la pr&eacute;sentation de l&#8217;&eacute;dition GF des <em>Moralit&eacute;s l&eacute;gendaires </em>de Jules Laforgue, page 23.</p>
<p><a name="_ftn12" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref12">[12]</a> Pour une analyse plus d&eacute;taill&eacute;e de l&#8217;&eacute;volution de l&#8217;image de la femme au XIXe si&egrave;cle &agrave; travers les portraits litt&eacute;raires de liseuses, et notamment du roman de Flaubert, se reporter &agrave; l&#8217;ouvrage de Sandrine Aragon, <em>Des liseuses en p&eacute;ril : images de lectrices dans les textes de fiction (1656 &#8211; 1856)</em>, Honor&eacute; Champion, 2003.</p>
<p><a name="_ftn13" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref13">[13]</a> Le XVIII&egrave; si&egrave;cle avait d&eacute;j&agrave; produit deux autres figures de femmes fatales en litt&eacute;rature : la manipulatrice et autodidacte Mme de Merteuil des <em>Liaisons dangereuses</em> de Laclos et la fausse ing&eacute;nue <em>Manon Lescaut</em> de l&#8217;abb&eacute; Pr&eacute;vost.</p>
<p><a name="_ftn14" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref14">[14]</a> Marc Bochet, op.cit. page 67.</p>
<p><a name="_ftn15" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref15">[15]</a> Voir la deuxi&egrave;me partie pour une pr&eacute;sentation plus pr&eacute;cise du po&egrave;me d&#8217;Apollinaire.</p>
<p><a name="_ftn16" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref16">[16]</a> Pour un panorama plus d&eacute;taill&eacute; de la filmographie d&eacute;di&eacute;e &agrave; Salom&eacute;, se reporter &agrave; l&#8217;ouvrage de Marc Bochet.</p>
<p><a name="_ftn17" href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/fondateurs/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/blank.htm#_ftnref17">[17]</a> Voir Marc Bochet, page 73.</p>
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