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	<title>Parcours littéraires francophones &#187; Bey</title>
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		<title>Présentation</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Apr 2008 18:40:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bey]]></category>
		<category><![CDATA[autobiographie]]></category>
		<category><![CDATA[colonisation]]></category>
		<category><![CDATA[décolonisation]]></category>
		<category><![CDATA[engagement]]></category>
		<category><![CDATA[guerre d'Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[littérature algérienne]]></category>
		<category><![CDATA[littérature francophone]]></category>
		<category><![CDATA[lycée professionnel]]></category>
		<category><![CDATA[Maïssa Bey]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;auteur Ma&#239;ssa Bey est n&#233;e &#224;&#160; Ksar el Boukhari (cf. carte) en 1950. Elle apprend le fran&#231;ais avec son p&#232;re, instituteur qui sera enlev&#233; par les soldats fran&#231;ais une nuit de f&#233;vrier 1957. Elle ne le reverra jamais. Il meurt sous la torture deux jours apr&#232;s son arrestation. Le fran&#231;ais est sa langue &#171; paternelle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L&#8217;auteur</strong></p>
<p>Ma&iuml;ssa Bey est n&eacute;e &agrave;&nbsp; Ksar el Boukhari (cf. carte) en 1950. Elle apprend le fran&ccedil;ais avec son p&egrave;re, instituteur qui sera enlev&eacute; par les soldats fran&ccedil;ais une nuit de f&eacute;vrier 1957. Elle ne le reverra jamais. Il meurt sous la torture deux jours apr&egrave;s son arrestation. Le fran&ccedil;ais est sa langue &laquo; paternelle &raquo; et non une langue seconde comme elle le dit &agrave;&nbsp; Ahmed Hanifi lors d&#8217;une interview donn&eacute;e le 28 d&eacute;cembre 2005 pour le journal Libert&eacute;. Elle suit des &eacute;tudes sup&eacute;rieures de Lettres fran&ccedil;aises &agrave;&nbsp; l&#8217;universit&eacute; d&#8217;Alger avant de devenir enseignante puis conseill&egrave;re p&eacute;dagogique dans l&#8217;ouest alg&eacute;rien (&eacute;quivalent d&#8217;inspectrice en France) o&ugrave; elle r&eacute;side encore aujourd&#8217;hui. Elle publie son premier roman Au commencement &eacute;tait la mer en 1996 (cf. ressources). Elle participe &agrave;&nbsp; la fondation d&#8217;une association culturelle, &laquo; Paroles et &eacute;criture &raquo; qui propose des ateliers d&#8217;&eacute;criture, de lecture, de mise en espace de textes et qui a aussi permis la cr&eacute;ation d&#8217;une biblioth&egrave;que &agrave;&nbsp; Sidi Bel Abb&egrave;s ainsi que la valorisation de la lecture et de la culture du livre. Elle obtient le Grand Prix de la Nouvelle de la Soci&eacute;t&eacute; des gens de Lettres en 1998 pour son recueil Nouvelles d&#8217;Alg&eacute;rie (&eacute;ditions Grasset, 1998), le Prix Marguerite-Audoux pour le roman Cette fille-l&agrave;&nbsp; (&eacute;ditions de L&#8217;Aube) et en 2005 le Prix des libraires alg&eacute;riens pour l&#8217;ensemble de son oeuvre. Elle participe &agrave;&nbsp; des oeuvres collectives dont Journal intime et politique (en 2003, avec entre autre Boualem Sansal, Le&iuml;la Sebbar). Elle publie &eacute;galement des r&eacute;flexions sur Albert Camus L&#8217;Ombre d&#8217;un homme qui marchait au soleil en 2004, au Ch&egrave;vre-feuille &eacute;toil&eacute;e. Le dernier ouvrage de l&#8217;auteur vient de para&icirc;tre aux &eacute;ditions de l&#8217;Aube, il s&#8217;intitule Pierre Sang Papier ou Cendres (en rappel au po&egrave;me de Paul &Eacute;luard, Libert&eacute; paru dans son recueil Po&eacute;sies et V&eacute;rit&eacute;s, &eacute;ditions de Minuit, Paris, 1942). C&#8217;est un r&eacute;cit, &laquo; mi-fresque historique, mi-pamphlet &raquo;1, sur 132 ans de colonisation fran&ccedil;aise dont elle d&eacute;nonce, en les caricaturant &agrave;&nbsp; travers la figure de madame Lafrance, les bonnes intentions, la violence et les ravages culturels et identitaires qui s&#8217;ensuivirent. Ma&iuml;ssa Bey a toujours &eacute;t&eacute; une lectrice avide et passionn&eacute;e. Lire l&#8217;a aid&eacute;e &agrave;&nbsp; se construire, &agrave;&nbsp; d&eacute;passer la souffrance, &agrave;&nbsp; survivre. L&#8217;&eacute;criture l&#8217;accompagne depuis longtemps, mais ce fut d&#8217;abord une &eacute;criture personnelle, pour elle, pour expulser ses douleurs, ses r&eacute;voltes, sans intention de partager ce qu&#8217;elle vivait. Lorsqu&#8217;elle est pass&eacute;e du c&ocirc;t&eacute; des &laquo; parlants &raquo;2 comme elle le dit, ce fut sans pr&eacute;m&eacute;ditation. Cela s&#8217;est fait &agrave;&nbsp; une &eacute;poque o&ugrave; justement on confisquait en Alg&eacute;rie la parole libre. La publication donne alors d&#8217;autres dimensions &agrave;&nbsp; l&#8217;&eacute;criture : lib&eacute;rer l&#8217;acte de cr&eacute;ation. Elle raconte dans ses r&eacute;cits (romans ou nouvelles) des histoires singuli&egrave;res, d&#8217;hommes, de femmes, d&#8217;enfants dont la vie est meurtrie par l&#8217;onde de choc des s&eacute;ismes de l&#8217;Histoire. Il ne s&#8217;agit pas de donner une le&ccedil;on, un cours d&#8217;histoire ou de science politique et encore moins de psychologie ou de sociologie. Et pourtant &agrave;&nbsp; travers ces moments de vie, le lecteur s&#8217;interroge, d&eacute;couvre une r&eacute;alit&eacute; qui d&eacute;passe les contours limit&eacute;s d&#8217;une exp&eacute;rience individuelle. Pour l&#8217;auteur, &eacute;crire est une fa&ccedil;on de rendre compte de la soci&eacute;t&eacute;, des d&eacute;rives qui la traversent et des cheminements douloureux d&#8217;hommes et de femmes anonymes qui participent, dans le m&ecirc;me temps, d&#8217;une Histoire plus globale. Ainsi parce que Ma&iuml;ssa Bey a un point de vue sur le monde, parce qu&#8217;elle est travers&eacute;e de r&eacute;voltes, et souffre de blessures personnelles ou collectives, elle devient un porte parole &laquo; involontaire &raquo; de ceux qui ne peuvent plus parler, de celles que l&#8217;on muselle. Les sujets qui s&#8217;imposent &agrave;&nbsp; elles et qui la poussent &agrave;&nbsp; &eacute;crire font d&#8217;elle un &eacute;crivain engag&eacute;. Ses mots, ce sont ses armes. Elle entre en &eacute;criture comme on entre en r&eacute;sistance et accepte de devenir porteur des silences pour faire &laquo; entendre de multiples voix souvent inaudibles &raquo;, &laquo; pour ne pas sombrer dans la violence des silences &raquo;3. Lorsqu&#8217;elle comprend qu&#8217;elle est &eacute;crivain, elle sait, qu&#8217;en elle, m&ucirc;rissent deux livres. Le premier portera sur son p&egrave;re (Entendez-vous dans les montagnes &euro;&brvbar;) : elle racontera sa disparition, son absence cruelle, et parlera aussi de la guerre d&#8217;Alg&eacute;rie et des silences diff&eacute;rents mais communs aux deux soci&eacute;t&eacute;s (fran&ccedil;aise et alg&eacute;rienne). L&#8217;autre, Bleu, Blanc, Vert (L&#8217;Aube, 2006) &eacute;voquera l&#8217;histoire de l&#8217;Alg&eacute;rie post-coloniale &agrave;&nbsp; travers la vie d&#8217;un immeuble et de ses occupants. La guerre civile, l&#8217;islamisme radical sont, par ailleurs, des th&egrave;mes d&eacute;j&agrave;&nbsp; abord&eacute;s dans Nouvelles d&#8217;Alg&eacute;rie (&eacute;ditions Grasset, 1999) et Au commencement &eacute;tait la mer (L&#8217;Aube 1996). Ma&iuml;ssa Bey parle de son pays et de l&#8217;amour infini qu&#8217;elle lui porte. Les trag&eacute;dies politiques, sociales, et m&ecirc;me g&eacute;ologiques (Surtout ne te retourne pas, L&#8217;Aube, 2006) qui le mettent &agrave;&nbsp; feu et &agrave;&nbsp; sang sont autant de douleurs et de d&eacute;chirements pour elle. L&#8217;&eacute;criture est une catharsis. Ma&iuml;ssa Bey est aussi une &eacute;crivain engag&eacute;e au c&ocirc;t&eacute; des femmes avec Au commencement &eacute;tait la mer (L&#8217;Aube, 1996), Cette fille-l&agrave;&nbsp; (L&#8217;Aube, 2001), ou encore Sous le Jasmin la nuit (L&#8217;Aube, 2004) : elle d&eacute;nonce, par la fiction, le traitement injuste et opprimant r&eacute;serv&eacute; aux femmes et aux jeunes filles, victimes silencieuses des lois des hommes et de l&#8217;islamisme. Sous le Jasmin la nuit (L&#8217;Aube, 2004), recueil de onze nouvelles, porte autant de regards sur les d&eacute;sirs, les r&ecirc;ves et les souffrances de femmes, enferm&eacute;es dans la solitude et le silence que leur impose leur condition. L&#8217;&eacute;criture est une fa&ccedil;on de restituer la parole &agrave;&nbsp; celles &agrave;&nbsp; qui on l&#8217;a confisqu&eacute;e. L&#8217;engagement par l&#8217;&eacute;criture n&#8217;est plus celui d&#8217;une cause particuli&egrave;re mais un engagement contre tous les silences. Cependant, l&#8217;auteur ne se reconna&icirc;t pas dans l&#8217;&eacute;tiquette &laquo; f&eacute;minine &raquo; ou &laquo; f&eacute;ministe &raquo; qui peut lui &ecirc;tre parfois attribu&eacute;e. Pour elle, &eacute;crire est un acte cr&eacute;ateur qui n&#8217;a pas de genre ou qui est commun aux deux sexes. &laquo; C&#8217;est un acte de libert&eacute; et d&#8217;affirmation de soi &raquo;4 dira-t-elle. L&#8217;&eacute;criture de Ma&iuml;ssa Bey est &eacute;pur&eacute;e, souple et po&eacute;tique. Jamais mi&egrave;vre, elle pique &agrave;&nbsp; vif et sait &ecirc;tre mordante. Rien n&#8217;est dit pour combler, pour remplir. Chaque mot contribue &agrave;&nbsp; l&#8217;&eacute;quilibre presque parfait de cette &eacute;criture. <a href="#">[Haut de page]</a></p>
<p><strong>Le r&eacute;cit</strong></p>
<p>1. Le r&eacute;sum&eacute; Entendez-vous dans les montagnes &euro;&brvbar; est le titre de ce r&eacute;cit de Ma&iuml;ssa Bey qu&#8217;on aurait envie de fredonner sur l&#8217;air de la Marseillaise (&laquo; entendez vous dans nos campagnes &euro;&brvbar; &raquo;). Ce titre reprend les paroles d&#8217;un chant patriotique kabyle qui r&eacute;sonnait dans les montagnes d&#8217;Alg&eacute;rie &laquo; d&#8217;o&ugrave; montait la voix des hommes libres &raquo;, un hymne &laquo; que nos parents nous faisaient apprendre le soir, quand nous &eacute;tions couch&eacute;s, dans le plus grand secret. &raquo; (Propos recueillis par K.S dans El Watan, 26 septembre 2002 in dzlit.free.fr) Dans ce r&eacute;cit en partie autobiographie et &eacute;crit &agrave;&nbsp; la troisi&egrave;me personne, l&#8217;auteur met en sc&egrave;ne trois personnages : une femme, un homme d&#8217;environ soixante ans et une jeune fille nomm&eacute;e Marie. Ils se retrouvent par hasard, dans le compartiment d&#8217;un train de nuit en partance pour Marseille. Ces trois protagonistes que rien ne semble devoir rapprocher tant ils recherchent la solitude et l&#8217;isolement, ont pourtant un point commun : l&#8217;Alg&eacute;rie. Elle, victime, fille orpheline d&#8217;un p&egrave;re tortur&eacute; puis assassin&eacute; pendant la guerre. Lui, bourreau, appel&eacute; du contingent et envoy&eacute; l&agrave; -bas &laquo; pendant les &eacute;v&eacute;nements &raquo;. Et enfin, Marie (seul personnage dont le nom est donn&eacute;) innocente et ignorante, petite-fille de pieds noirs. Au cours de ce voyage qui devait &ecirc;tre calme, ils vont &ecirc;tre confront&eacute;s &agrave;&nbsp; un incident d&eacute;clenchant, entre eux, une conversation d&#8217;abord banale et h&eacute;sitante et qui s&#8217;intensifiera tout au long de la nuit. Dans l&#8217;espace clos de ce train qui les emm&egrave;ne dans la ville du vieux port resurgissent des souvenirs br&ucirc;lants et peu &agrave;&nbsp; peu se d&eacute;nouent les fils d&#8217;une m&eacute;moire douloureuse. <a href="#">[Haut de page]</a> 2. La structure du r&eacute;cit Toute l&#8217;action tient dans ce compartiment, mais d&#8217;autres paysages tissent le d&eacute;cor d&#8217;actions plus lointaines qui reviennent en m&eacute;moire. Le temps du r&eacute;cit est celui d&#8217;une nuit qui pourrait se d&eacute;couper en trois moments (trois actes) articul&eacute;s autour d&#8217;un axe silence/parole, pr&eacute;sent/pass&eacute;. Premi&egrave;re acte : le silence Une femme entre en sc&egrave;ne, soulag&eacute;e d&#8217;&ecirc;tre seule dans ce compartiment, aspirant &agrave;&nbsp; la plus grande solitude. Mais elle est vite d&eacute;rang&eacute;e par un homme d&#8217;une soixantaine d&#8217;ann&eacute;es qui sans un mot, sans un salut, vient s&#8217;asseoir en face d&#8217;elle. Il cherche aussi la tranquillit&eacute;. Elle le regarde, dans le reflet de la vitre. Le train est sur le point de partir et un dernier personnage prend place. C&#8217;est une jeune fille, fra&icirc;che, &laquo; blonde et lisse &raquo;, souriante et qui se retire aussit&ocirc;t dans la musique de son walkman, les yeux ferm&eacute;s. Ces premi&egrave;res lignes du r&eacute;cit sont &eacute;crites avec beaucoup de distance, comme des didascalies ; on croirait voir se placer des acteurs sur une sc&egrave;ne de th&eacute;tre. Aucune parole n&#8217;est prononc&eacute;e, aucun &eacute;change direct. La femme et l&#8217;homme s&#8217;observent &agrave;&nbsp; la d&eacute;rob&eacute;e, dans le reflet d&#8217;une vitre ou quand l&#8217;autre ferme les yeux. Le point de vue change, le lecteur conna&icirc;t les pens&eacute;es des personnages ; de l&#8217;homme et de la femme surtout, parce qu&#8217;ils sont en &eacute;veil. Ce face &agrave;&nbsp; face les renvoie l&#8217;un et l&#8217;autre &agrave;&nbsp; des souvenirs plus lointains : en voyant cet homme, elle songe &agrave;&nbsp; son p&egrave;re dont elle a presque oubli&eacute; le visage, puis &agrave;&nbsp; son pays, l&#8217;Alg&eacute;rie qu&#8217;elle a d&ucirc; quitter pour se &laquo; r&eacute;fugier &raquo;, en France, parce qu&#8217;elle &eacute;tait la fille &laquo; d&#8217;un glorieux martyr de la r&eacute;volution &raquo;. Cet exil lui p&egrave;se parce qu&#8217;elle aime profond&eacute;ment son pays, m&ecirc;me exsangue, mais o&ugrave; la violence est si forte que la peur est partout et devient contagieuse. C&#8217;est ce qu&#8217;elle redoute le plus, &ecirc;tre contamin&eacute;e par la peur &laquo; qui fait na&icirc;tre la haine (&euro;&brvbar;), la tentation de tuer avant d&#8217;&ecirc;tre tu&eacute; &raquo;. Dans les yeux sombres de cette femme &laquo; s&#8217;esquisse soudain &euro;&ldquo; pour lui &euro;&ldquo; le reflet de nuits lointaines qui se bousculent dans le charivari de cris et de supplications. &raquo; <a href="#">[Haut de page]</a> Deuxi&egrave;me acte : co&iuml;ncidences Le lecteur passe tour &agrave;&nbsp; tour dans l&#8217;esprit des personnages. Troublants jeux de va-et-vient qui semblent se r&eacute;pondre. La femme est mal &agrave;&nbsp; l&#8217;aise. Mais ce n&#8217;est pas nouveau et ce n&#8217;est pas li&eacute; seulement &agrave;&nbsp; cet homme en face d&#8217;elle. Soudain une autre femme fait irruption dans le compartiment, affol&eacute;e, hurlant que des voleurs, &laquo; des Arabes &raquo;, ont agress&eacute; des voyageurs. Elle ressort aussit&ocirc;t laissant derri&egrave;re elle, une g&ecirc;ne pesante entre ces compagnons de voyages. Cet incident provoque les premiers &eacute;changes de paroles. Une sensation d&#8217;oppression grandit chez la femme qui vient de s&#8217;installer dans le wagon, il s&#8217;inqui&egrave;te, elle le sent insistant et l&#8217;&eacute;touffement s&#8217;intensifie. Il lui parle, elle ne l&#8217;&eacute;coute pas toute enti&egrave;re &agrave;&nbsp; son &eacute;tourdissement. Mais il &eacute;voque son pays, l&#8217;Alg&eacute;rie. Alors elle se reprend un peu, elle sent que cet homme, en face d&#8217;elle, a envie de parler de l&#8217;Alg&eacute;rie. Mais elle s&#8217;y refuse, connaissant trop bien les poncifs nostalgiques et le ton de commis&eacute;ration avec lequel ils disent &laquo; quel beau pays ! &raquo;, sous-entendant toujours &laquo; &agrave;&nbsp; l&#8217;&eacute;poque &raquo;. &Agrave; l&#8217;&eacute;poque de la colonisation, avant la guerre d&#8217;ind&eacute;pendance, avant la folie int&eacute;griste d&#8217;aujourd&#8217;hui. Elle ne veut pas parler. Elle reste muette malgr&eacute; les regards insistants de l&#8217;homme.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Elle le regarde sans mot dire. Il continue, comme s&#8217;il parlait seul &raquo;.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce r&eacute;cit est construit autour du silence et du besoin irr&eacute;pressible de parler qui change de camp au fil de la narration. Dans cette partie, c&#8217;est lui qui est affable, presque content de se rappeler de l&#8217;Alg&eacute;rie, du fort de Boghari. C&#8217;est pr&eacute;cis&eacute;ment dans ce fort que son p&egrave;re a &eacute;t&eacute; assassin&eacute;. Elle semble &eacute;cras&eacute;e, prisonni&egrave;re de ce train dont il est impossible de s&#8217;&eacute;chapper, prisonni&egrave;re de cet homme qui veut parler.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Elle ne veut pas, elle ne veut rien entendre de plus. &raquo;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Marie intervient alors dans la conversation et parle de son Alg&eacute;rie &agrave;&nbsp; elle : de ses copains alg&eacute;riens et de son grand-p&egrave;re qui est n&eacute; l&agrave; -bas. L&#8217;irr&eacute;alit&eacute; de cette situation qui r&eacute;unit trois figures embl&eacute;matiques de l&#8217;Alg&eacute;rie d&#8217;avant 1962 agit sur la femme comme un &eacute;lectrochoc. Elle reprend pied. Peu &agrave;&nbsp; peu, l&#8217;homme laisse ses souvenirs remonter en surface. Ce ne sont plus des paysages, une g&eacute;ographie, mais des noms, des hommes, des mots qui reviennent en m&eacute;moire. Il se fait un peu moins disert.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; C&#8217;est comme si on avait ouvert les vannes pour laisser couler la boue, toute la fange d&#8217;un pass&eacute; qui s&#8217;av&egrave;re soudain tr&egrave;s proche et encore tr&egrave;s sensible &raquo;.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#">[Haut de page]</a> Troisi&egrave;me acte : d&eacute;livrance Peu &agrave;&nbsp; peu, l&#8217;homme plonge dans ses souvenirs traumatisants et coupables. Et c&#8217;est elle qui le presse, qui veut aller jusqu&#8217;au bout, revenir sur ce pass&eacute;, &laquo; co&ucirc;te que co&ucirc;te &raquo;. Elle veut que Marie sache ce qu&#8217;il s&#8217;est pass&eacute; l&agrave; -bas, puisque ni son grand-p&egrave;re, ni l&#8217;&eacute;cole ne lui a transmis cette m&eacute;moire. L&#8217;homme ne finit plus ses phrases. La ponctuation est alors tr&egrave;s forte et les points de suspension soulignent l&#8217;indicible. Il h&eacute;site, justifie, &laquo; c&#8217;&eacute;tait la guerre &raquo;, il se replie derri&egrave;re les ordres incontestables et le devoir d&#8217;ob&eacute;issance. Il cherche lui aussi &agrave;&nbsp; comprendre, il laisse remonter tout ce qu&#8217;il a tu pendant de si nombreuses ann&eacute;es. La femme ressent cette douleur et l&#8217;accompagne sans haine, sans violence. Ils savent que ce long silence les a prot&eacute;g&eacute;s d&#8217;une souffrance aigu&euml; qu&#8217;ils n&#8217;ont pas pu oublier car &laquo; tout cela finit t&ocirc;t ou tard par remonter &agrave;&nbsp; la surface. &raquo; La femme explique &agrave;&nbsp; Marie que ce silence n&#8217;est pas du seul c&ocirc;t&eacute; fran&ccedil;ais mais que chez elle, il y a eu et il y a encore des silences.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Pendant des ann&eacute;es nous n&#8217;avons entendu qu&#8217;un seul refrain, dit sur le m&ecirc;me air. Un air patriotique forc&eacute;ment. Et &ccedil;a continue &euro;&brvbar; Nos p&egrave;res &eacute;taient tous des h&eacute;ros. &raquo;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L&agrave; -bas, la m&eacute;moire aussi est tronqu&eacute;e, une part est cach&eacute;e derri&egrave;re des l&eacute;gendes aveuglantes. Cette r&eacute;flexion du personnage montre d&#8217;ailleurs, en Alg&eacute;rie, l&#8217;&eacute;volution du discours sur la guerre d&#8217;ind&eacute;pendance et du travail historique en oeuvre (voir Histoire de la guerre d&#8217;Alg&eacute;rie, Benjamin Stora, Paris, &eacute;ditions la D&eacute;couverte, &laquo; Rep&egrave;res &raquo;, 2004, p.100-101). C&#8217;est peut &ecirc;tre l&#8217;&eacute;mergence d&#8217;une parole vraie et d&#8217;un passage &agrave;&nbsp; l&#8217;Histoire (sortir du mythe) qui permet de comprendre ce pass&eacute; et qui explique l&#8217;absence de haine (mais de pardon aussi) dans le r&eacute;cit de Ma&iuml;ssa Bey. Lib&eacute;rer la m&eacute;moire, parler, rompre le silence pour parvenir &agrave;&nbsp; l&#8217;ind&eacute;pendance r&eacute;elle et pour parvenir &agrave;&nbsp; apaiser sa peine. Si un premier pas est franchi, le silence s&#8217;installe &agrave;&nbsp; nouveau sur des personnages d&eacute;j&agrave;&nbsp; fourbus. C&#8217;est un silence inqui&eacute;tant, comme celui qui pr&eacute;c&egrave;de la r&eacute;plique plus forte d&#8217;une premi&egrave;re secousse. Le silence est maintenant du c&ocirc;t&eacute; de l&#8217;homme, prisonnier de ses souvenirs, comme billonn&eacute; par leur r&eacute;surgence si r&eacute;elle. La femme va parler de son p&egrave;re, elle va essayer d&#8217;avoir des r&eacute;ponses, elle va le questionner, lui qui &eacute;tait l&agrave; -bas, dans cette caserne, lui qui a, sans doute, vu son p&egrave;re, enregistr&eacute; son nom, peut &ecirc;tre m&ecirc;me soign&eacute; cet homme. Mais il se referme et ne peut plus parler. Il revoit tout le drame, il retrouve les mots, les pr&eacute;noms de ses acolytes, il revoit la sc&egrave;ne dans le bois, &euro;&brvbar; Il ne dit rien, c&#8217;est la femme qui prend en charge les aveux, qui lui montre qu&#8217;elle sait, malgr&eacute; les silences de tous. Le silence de l&#8217;homme est un consentement, il ne se d&eacute;fend pas, il ne nie pas. Le lecteur suit les pens&eacute;es et les souvenirs de cet homme, mis en exergue par l&#8217;&eacute;criture en italique, comme un r&eacute;cit dans un r&eacute;cit. Il n&#8217;entend plus la femme, &laquo; il ne peut m&ecirc;me plus parler. &raquo; Le train arrive en gare. Tout n&#8217;a pas &eacute;t&eacute; dit mais peu importe :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; quelque chose s&#8217;est d&eacute;nou&eacute; en elle. Elle se dit que rien ne ressemble &agrave;&nbsp; ses r&ecirc;ves d&#8217;enfant, que les bourreaux ont des visages d&#8217;homme, elle en est s&ucirc;re maintenant, ils ont des mains d&#8217;homme, parfois m&ecirc;me des r&eacute;actions d&#8217;homme et rien ne permet de les distinguer des autres. Et cette id&eacute;e la terrifie un peu plus. &raquo;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#">[Haut de page]</a>]</p>
<p><strong>Les th&egrave;mes</strong></p>
<p>1. Comme une pi&egrave;ce de th&eacute;tre Ce r&eacute;cit court (72 pages dans l&#8217;&eacute;dition de poche) est proche d&#8217;une pi&egrave;ce de th&eacute;tre &agrave;&nbsp; plusieurs titres. Unit&eacute; de lieu, de temps, d&#8217;action : un wagon, une nuit, une discussion. Certains passages ressemblent &agrave;&nbsp; des didascalies, plates, neutres et factuelles (cf. les entr&eacute;es et sorties des personnages dont l&#8217;irruption fracassante d&#8217;une femme et sa sortie aussi brutale d&eacute;clenchera la parole entre les personnages en place). La place de la parole est primordiale, m&ecirc;me si la parole est difficile, h&eacute;sitante, douloureuse (les pens&eacute;es des personnages sont autant de paroles non dites car peut &ecirc;tre indicibles). La construction du r&eacute;cit est &eacute;galement en trois actes : &#8211; premier acte : installation des personnages, observation mutuelle et silence agit&eacute; de pens&eacute;es vagabondes et de gestes non achev&eacute;s ; &#8211; deuxi&egrave;me acte : l&#8217;Alg&eacute;rie et la confrontation du silence et du besoin de parler ; &#8211; troisi&egrave;me acte : le silence de l&#8217;Histoire, celui de la torture et de la disparition du p&egrave;re de la femme. &Agrave; la fin, les personnages quittent la sc&egrave;ne un par un, ils vont sans doute reprendre leur vie d&#8217;avant cette nuit. [Haut de page] 2. Une &eacute;criture particulii&egrave;re : le style Entendez-vous dans les montagnes&#8230; est int&eacute;ressant pour analyser l&#8217;&eacute;nonciation et la focalisation : qui parle ? Qui voit ? Le r&eacute;cit est racont&eacute; &agrave;&nbsp; la troisi&egrave;me personne par un narrateur omniscient qui se glisse tour &agrave;&nbsp; tour dans les yeux et l&#8217;intimit&eacute; des personnages et nous livre leurs pens&eacute;es et leurs sentiments. Ce sont surtout les pens&eacute;es de la femme et de l&#8217;homme qui sont r&eacute;v&eacute;l&eacute;es. Ces pens&eacute;es sont souvent livr&eacute;es au discours indirect :</p>
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<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; &euro;&brvbar; la question qu&#8217;elle se pose souvent lorsqu&#8217;elle se retrouve face &agrave;&nbsp; des hommes de cet ge, question qu&#8217;elle tente toujours de refouler. Ces rides inscrites comme des stigmates au coin des l&egrave;vres. Mon p&egrave;re aurait &agrave;&nbsp; peu pr&egrave;s le m&ecirc;me ge. Non, il serait plus vieux encore. &raquo; (p. 17)</p>
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<p>On assiste &agrave;&nbsp; plusieurs reprises &agrave;&nbsp; ce glissement de pronom personnel qui semble rapprocher l&#8217;auteur et le personnage. Cette &eacute;criture permet d&#8217;aller plus loin avec des &eacute;l&egrave;ves de bac professionnel que la seule observation des diff&eacute;rents types de discours rapport&eacute;s et des modes de narration puisqu&#8217;on est amen&eacute; &agrave;&nbsp; r&eacute;fl&eacute;chir sur les effets des glissements d&#8217;une narration &agrave;&nbsp; la troisi&egrave;me personne &agrave;&nbsp; une narration &agrave;&nbsp; la premi&egrave;re personne, de l&#8217;usage du discours indirect libre (&agrave;&nbsp; mettre en perspective d&#8217;une &eacute;criture autobiographique). En ce qui concerne les paroles rapport&eacute;es au discours direct, une &eacute;tude de la ponctuation (point de suspension) montre que cette parole est h&eacute;sitante et souvent inachev&eacute;e, douloureuse. L&#8217;utilisation importante des points de suspension n&#8217;a pas toujours la m&ecirc;me valeur ni le m&ecirc;me enjeux. La distribution de la parole entre les personnages met &agrave;&nbsp; jour les rapports de force. On peut m&ecirc;me aller plus loin en faisant un parall&egrave;le avec les discours historiques en France et en Alg&eacute;rie sur la question de la guerre d&#8217;Alg&eacute;rie (cf. Pour aller plus loin). Les premiers &eacute;changes de paroles arrivent d&#8217;ailleurs tardivement, au tiers du livre (&agrave;&nbsp; la page 21 sur 71) d&eacute;clench&eacute;s par un incident et des propos racistes dans le train. L&#8217;auteur utilise deux caract&egrave;res typographiques dans son r&eacute;cit : romain (droit) et italique. L&#8217;italique est utilis&eacute; pour citer des extraits de l&#8217;ouvrage que lit le personnage f&eacute;minin et qui &eacute;voque un homme questionnant son p&egrave;re pour comprendre le pass&eacute;. Mais cette typographie sert surtout &agrave;&nbsp; distinguer les pens&eacute;es de l&#8217;homme du r&eacute;cit et des pens&eacute;es de la femme. Ces pens&eacute;es peuvent &ecirc;tre des r&eacute;flexions qu&#8217;il se fait, des souvenirs ou le r&eacute;cit de moments pr&eacute;cis du pass&eacute; (en Alg&eacute;rie pendant la guerre). Le lecteur peut &ecirc;tre quelque peu perdu au d&eacute;but parce que le passage des citations du livre aux pens&eacute;es de l&#8217;homme n&#8217;est pas imm&eacute;diatement &eacute;vident. C&#8217;est l&#8217;occasion de d&eacute;velopper la notion de point de vue. Certains passages en italique sont troublants et int&eacute;ressants &agrave;&nbsp; travailler avec les &eacute;l&egrave;ves parce qu&#8217;on ne sait plus exactement &agrave;&nbsp; qui attribuer le discours. C&#8217;est l&#8217;occasion de discuter de l&#8217;interpr&eacute;tation multiple d&#8217;une lecture. [Haut de page] 2. Litt&eacute;rature et engagement : &eacute;crire pour les autres Ce roman &eacute;voque l&#8217;Histoire dans une histoire singuli&egrave;re : la torture dans la guerre d&#8217;Alg&eacute;rie et les Droits de l&#8217;Homme ; le traumatisme de cette guerre ; les enjeux de la m&eacute;moire ; l&#8217;amn&eacute;sie et le silence. Un des th&egrave;mes au coeur de ce r&eacute;cit est bien s&ucirc;r la guerre d&#8217;Alg&eacute;rie et la question de la torture. Les pratiques et &laquo; processus d&#8217;interrogatoires &raquo; sont racont&eacute;s assez pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave;&nbsp; travers les souvenirs du personnage masculin (l&#8217;arrestation arbitraire, la g&eacute;g&egrave;ne, la corv&eacute;e de bois). C&#8217;est aussi la m&eacute;moire et le travail de l&#8217;histoire qui sont interrog&eacute;s. &Agrave; partir des relations confuses entre silence, mutisme et flot de paroles qui caract&eacute;risent les personnages et leur m&eacute;moire singuli&egrave;re, on peut &eacute;tablir un parall&egrave;le avec ce qui est dit ou tu dans la soci&eacute;t&eacute; (aussi bien fran&ccedil;aise qu&#8217;alg&eacute;rienne) sur cette p&eacute;riode de l&#8217;Histoire. Du c&ocirc;t&eacute; fran&ccedil;ais, au lendemain de la guerre :</p>
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<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; la m&eacute;moire de la guerre d&#8217;Alg&eacute;rie va s&#8217;enkyster, comme &agrave;&nbsp; l&#8217;int&eacute;rieur d&#8217;une forteresse invisible. Non pour &ecirc;tre &quot;prot&eacute;g&eacute;e&quot;, mais pour &ecirc;tre dissimul&eacute;e, telle la figure impossible &agrave;&nbsp; regarder de la Gorgone. Les amnisties successives, viennent alors ent&eacute;riner, dans un climat d&#8217;indiff&eacute;rence, cette dissimulation de la &quot;trag&eacute;die alg&eacute;rienne.&quot; &raquo; (Benjamin Stora, Histoire de la guerre d&#8217;Alg&eacute;rie, La D&eacute;couverte, &laquo; Rep&egrave;res &raquo;, 2004, p. 93).</p>
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<p>Ce qui est encore appel&eacute; &laquo; les &eacute;v&eacute;nements &raquo; ou &laquo; op&eacute;rations de maintien de l&#8217;ordre &raquo; est enfoui sous le sable, image d&#8217;un silence lourd mais qui ne signifie pas disparition. En 1999, l&#8217;Assembl&eacute;e Nationale adopte une loi permettant de donner officiellement le nom de &laquo; guerre &raquo; &agrave;&nbsp; ce qui s&#8217;est pass&eacute; en Alg&eacute;rie entre 1954 et 1962. Les publications de t&eacute;moignages, de th&egrave;ses de recherche, de r&eacute;cits, de films, de documentaires, d&#8217;articles se multiplient (cf. ressources). La parole semble se lib&eacute;rer et la m&eacute;moire resurgir (pour exemple la publication en 2001, Services sp&eacute;ciaux Alg&eacute;rie 1955-1957 : mon t&eacute;moignage sur la torture de Paul Aussaresse, &eacute;ditions Perrin). En France, on commence &agrave;&nbsp; se rem&eacute;morer ce pass&eacute; douloureux, m&eacute;moire activ&eacute;e par les g&eacute;n&eacute;rations issues de l&#8217;immigration, le travail de m&eacute;moire n&#8217;est pas achev&eacute;, la reconnaissance des blessures inflig&eacute;es &agrave;&nbsp; &laquo; l&#8217;autre &raquo; non plus. Un autre silence tout aussi assourdissant r&egrave;gne de l&#8217;autre c&ocirc;t&eacute; : la guerre d&#8217;ind&eacute;pendance mythifi&eacute;e devient intouchable et la v&eacute;rit&eacute; est alors inaccessible. Du c&ocirc;t&eacute; alg&eacute;rien, l&#8217;histoire aussi est tronqu&eacute;e :</p>
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<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; apr&egrave;s l&#8217;ind&eacute;pendance, &laquo; l&#8217;urgence n&#8217;est pas &agrave;&nbsp; la production d&#8217;un savoir acad&eacute;mique ou de r&eacute;cits d&#8217;histoire. (&euro;&brvbar;) La guerre, en tant que &quot;r&eacute;volution alg&eacute;rienne&quot;, vise essentiellement &agrave;&nbsp; glorifier le combat nationaliste &raquo; (Benjamin Stora, Rep&egrave;res sur l&#8217;historiographie alg&eacute;rienne de la guerre, in les actes de la DESCO, Apprendre &agrave;&nbsp; enseigner la guerre d&#8217;Alg&eacute;rie et la Maghreb contemporain, CRDP acad&eacute;mie de Versailles, 2002).</p>
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<p>Depuis quarante ans, les productions (livres, films, documentaires, articles) sont nombreuses. Pourtant subsiste un sentiment d&#8217;oubli, d&#8217;absence de connaissances sur le sujet. Cette sensation d&#8217;oubli tiendrait selon Benjamin Stora d&#8217;avantage &agrave;&nbsp; &laquo; l&#8217;existence de m&eacute;moires tronqu&eacute;es, partielles et partiales &raquo;, &agrave;&nbsp; la difficult&eacute; de regarder en face la souffrance de l&#8217;autre, et au manque de diversit&eacute; des points de vue qu&#8217;&agrave;&nbsp; une v&eacute;ritable amn&eacute;sie. Le silence, la difficult&eacute; de parler est une question majeure dans ce r&eacute;cit et fait &eacute;cho &agrave;&nbsp; ce silence de l&#8217;Histoire et de la soci&eacute;t&eacute;. C&#8217;est aussi cela que l&#8217;auteur d&eacute;nonce dans cet ouvrage, les soci&eacute;t&eacute;s muettes, aveugles et sourdes en Alg&eacute;rie comme en France. Pour l&#8217;auteur, l&#8217;engagement en litt&eacute;rature, c&#8217;est se faire le porte-parole des silences, d&eacute;noncer le silence, tous les silences. Ma&iuml;ssa Bey soul&egrave;ve toutes ces questions y compris celles de la trag&eacute;die qui se joue depuis la fin des ann&eacute;es 1980. On peut se demander quelle place l&#8217;&eacute;crivain joue dans la constitution d&#8217;un savoir historique. Mais ici il s&#8217;agira surtout de r&eacute;fl&eacute;chir aux raisons qui poussent l&#8217;&eacute;crivain &agrave;&nbsp; s&#8217;engager, quels sont les enjeux de son engagement ? Quelle forme prend l&#8217;engagement ? Et quel est l&#8217;impact de cet engagement ?</p>
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<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; mon &eacute;criture un engagement contre tous les silences &raquo; in http://dzlit.free.fr/bey.html [Haut de page]</p>
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<p>3. &Eacute;criture autobiographique : &eacute;crire pour soi et &eacute;crire pour les autres. Ce r&eacute;cit est-il autobiographique ? Pourquoi parler de soi ? Il y a une part d&#8217;autobiographie dans ce r&eacute;cit mais une part seulement. Dans le pass&eacute; du personnage f&eacute;minin, on retrouve l&#8217;histoire de l&#8217;auteur. Mais la situation pr&eacute;sent&eacute;e du r&eacute;cit n&#8217;est pas une histoire vraie, v&eacute;cue. A-t-elle &eacute;t&eacute; r&ecirc;v&eacute;e ? Qu&#8217;est-ce que l&#8217;&eacute;criture de cette histoire au carrefour de plusieurs genres a-t-elle apport&eacute; &agrave;&nbsp; l&#8217;auteur ? La litt&eacute;rature peut-elle &ecirc;tre une voie de soulagement ? Un exutoire satisfaisant ? D&eacute;finir le genre de ce r&eacute;cit et le confronter &agrave;&nbsp; ce qu&#8217;en dit l&#8217;auteur est une possibilit&eacute; de travail. Pour compl&eacute;ter l&#8217;appr&eacute;hension, il faudrait relever tout ce qui n&#8217;est pas autobiographique. Cette op&eacute;ration invite &agrave;&nbsp; se demander comment savoir la part de v&eacute;rit&eacute; dans un texte, comment savoir ce qui est vrai ou non. Quel contrat se noue entre le lecteur et l&#8217;auteur ? &Agrave; ce titre on pourra proposer un extrait de M&eacute;moire d&#8217;une geisha dans lequel l&#8217;&eacute;crivain Inoue Yuki semble se jouer du lecteur et du pacte autobiographique. Il int&egrave;gre dans la fiction, la pr&eacute;face, laissant croire au lecteur qu&#8217;il s&#8217;agit du paratexte habituel, faisant r&eacute;f&eacute;rence &agrave;&nbsp; la r&eacute;alit&eacute; alors qu&#8217;en r&eacute;alit&eacute;, ce texte fait d&eacute;j&agrave;&nbsp; partie de l&#8217;histoire. Sans la lecture de la postface le lecteur ne peut comprendre cette supercherie. Quel risque est alors encouru ? Le r&eacute;cit de Ma&iuml;ssa Bey ne s&#8217;apparente pas imm&eacute;diatement &agrave;&nbsp; une &eacute;criture autobiographique puisqu&#8217;il est &eacute;crit &agrave;&nbsp; la troisi&egrave;me personne mais les glissements fr&eacute;quents de la troisi&egrave;me &agrave;&nbsp; la premi&egrave;re personne peuvent nourrir une r&eacute;flexion sur la d&eacute;finition du genre. La focalisation interne est un choix d&#8217;&eacute;criture qui a du sens et construit du sens. La proximit&eacute; du personnage de la femme et de l&#8217;auteur est renforc&eacute;e par ce choix. La premi&egrave;re de couverture est une piste &agrave;&nbsp; explorer &eacute;galement, surtout celle de l&#8217;&eacute;dition de poche sur laquelle on voit l&#8217;image d&#8217;une femme assise qui serait l&#8217;image d&#8217;un reflet de miroir plut&ocirc;t qu&#8217;une image directe. Ce reflet est double, comme une superposition de miroirs. Si l&#8217;&eacute;tude de la couverture est r&eacute;alis&eacute;e en s&eacute;ance augurale, il serait int&eacute;ressant de reprendre les hypoth&egrave;ses qui ont &eacute;t&eacute; formul&eacute;es et de les comparer &agrave;&nbsp; la lecture int&eacute;grale et &agrave;&nbsp; l&#8217;&eacute;tude du livre. Parler de soi, est-ce dire toute la v&eacute;rit&eacute; ? Pourquoi &eacute;crire sur soi ? Quels sont les enjeux de l&#8217;autobiographie ?</p>
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<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1 cf. Max V&eacute;ga-Ritter, Professeur &eacute;m&eacute;rite, universit&eacute; Blaise Pascal Clermont-Ferrand in &laquo; une belle indignation &raquo;, article publi&eacute; sur : <a href="http://dzlit.free.fr/bey.html" target="_blank">http://dzlit.free.fr/bey.html</a> 2 El Watan, rencontre avec Ma&iuml;ssa Bey, Benaouda Lebda&iuml;, 6 septembre 2007. 3 cf. <a href="http://dzlit.free.fr/bey.html" target="_blank">http://dzlit.free.fr/bey.html</a> 4 Ibid.</p>
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<p>[Haut de page]</p>
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