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	<title>Parcours littéraires francophones &#187; Dai</title>
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		<title>Présentation</title>
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		<pubDate>Wed, 22 Aug 2007 13:36:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Dai Sijie]]></category>
		<category><![CDATA[littérature francophone]]></category>
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		<category><![CDATA[roman d'éducation]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;auteur &#171; J&#8217;ai v&#233;cu plus de quinze ans en France, mais mes racines sont en Chine. Mes douleurs, elles, sont en moi. &#187; (cf. rencontre avec Die Sijie dans documents et supports compl&#233;mentaires). 2 mars 1954 : naissance de Dai Sijie en Chine, &#224;&#160; Putian dans la province de Fujian 1966-1976 : R&#233;volution culturelle en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>L&#8217;auteur</h3>
<p>&laquo; J&#8217;ai v&eacute;cu plus de quinze ans en France, mais mes racines sont en Chine. Mes douleurs, elles, sont en moi. &raquo; (<a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/index.php/category/dai?paged=4">cf. rencontre avec Die Sijie dans documents et supports compl&eacute;mentaires</a>).  <strong>2 mars 1954 : </strong>naissance de Dai Sijie en Chine, &agrave;&nbsp; Putian dans la province de Fujian <strong>1966-1976 : </strong>R&eacute;volution culturelle en Chine. Ses parents, m&eacute;decins, sont emprisonn&eacute;s. <strong>1971-1974 : </strong>r&eacute;&eacute;ducation du lyc&eacute;en Die Sijie : cet &laquo; intellectuel bourgeois &raquo; est envoy&eacute; dans un village de montagne situ&eacute; dans la province du Sichuan. <strong>1974-1976 : </strong>retour au lyc&eacute;e <strong>1976 :</strong> mort de Mao Zedong <strong>1976-1984 : </strong>&eacute;tudes d&#8217;histoire de l&#8217;art chinois &agrave;&nbsp; l&#8217;universit&eacute; ; &eacute;cole de cin&eacute;ma ; admission &agrave;&nbsp; un concours lui permettant de se rendre &agrave;&nbsp; l&#8217;&eacute;tranger. Voyage en France. <strong>1984 :</strong> Dai Sijie s&#8217;installe en France, il b&eacute;n&eacute;ficie d&#8217;une bourse d&#8217;&eacute;tude. <strong>1984-1989 :</strong> universit&eacute; Paris I ; entr&eacute;e &agrave;&nbsp; l&#8217;IDHEC et r&eacute;alisation de plusieurs courts m&eacute;trages dont un en Chine : <em>Le Temple de la Montagne</em>. <strong>1989 :</strong> r&eacute;cipiendaire du prix Jean Vigo pour <em>Chine, ma Douleur</em>, premier long-m&eacute;trage. <strong>1993 :</strong> il r&eacute;alise son 2e long-m&eacute;trage, <em>Le Mangeur de Lune</em> qui re&ccedil;oit le prix sp&eacute;cial du jury au festival de Prague. <strong>1998 :</strong> autre long m&eacute;trage : <em>Tang le onzi&egrave;me</em>. <strong>2000 :</strong> le roman <em>Balzac et la petite Tailleuse chinoise</em> est un best-seller vendus la premi&egrave;re ann&eacute;e &agrave;&nbsp; 250 000 exemplaires, il re&ccedil;oit le prix Roland de Jouvenel et le prix Relay du roman d&#8217;&eacute;vasion. <strong>2002 :</strong> il adapte <em>Balzac et la Petite Tailleuse chinoise </em>au cin&eacute;ma, c&#8217;est un succ&egrave;s public et critique. La diffusion est internationale. Le cin&eacute;aste pr&eacute;voit alors de tourner <em>Les Filles du Botaniste</em>, histoire d&#8217;un amour homosexuel entre deux femmes. <strong>2003 :</strong><em> Le Complexe de Di </em>re&ccedil;oit le prix Femina. <strong>2003 :</strong> traduction chinoise de <em>Balzac et la Petite Tailleuse chinoise</em>, d&eacute;sormais disponible en Chine <strong>2006 :</strong> sortie en France du film <em>Les Filles du Botaniste</em>. <span class="top"><a href="#">[Haut de page]</a></span></p>
<h3>Le roman</h3>
<p><strong>1. R&eacute;sum&eacute; du roman</strong> Dans un recoin isol&eacute; de la r&eacute;gion du Sichuan, au coeur du &laquo; Ph&eacute;nix du ciel &raquo;,  montagne situ&eacute;e dans le petit district de Yong Jing, deux amis, fils d&#8217;&laquo; intellectuels bourgeois &raquo; sont envoy&eacute;s en r&eacute;&eacute;ducation pour s&#8217;initier aux conditions de vie des paysans, et ce, dans les ann&eacute;es qui suivent la R&eacute;volution culturelle, en 1971.  Le narrateur, dont on ignore le nom, (il s&#8217;appelle Ma dans l&#8217;adaptation cin&eacute;matographique r&eacute;alis&eacute;e par Dai Sijie en 2002) joue un r&ocirc;le actif mais reste la plupart du temps t&eacute;moin des aventures de son ami. Il a dix-sept ans et est issu d&#8217;un milieu social favoris&eacute; : son p&egrave;re est pneumologue et sa m&egrave;re sp&eacute;cialiste des maladies parasitaires. Il joue du violon et la sc&egrave;ne qui ouvre le roman raconte la d&eacute;couverte mi-curieuse, mi-d&eacute;fiante du violon par les villageois.  Son ami Luo, g&eacute; de dix-neuf ans, est le personnage principal du r&eacute;cit, celui par qui l&#8217;histoire progresse. Son p&egrave;re est dentiste c&eacute;l&egrave;bre dans toute la Chine pour avoir soign&eacute; les dents du pr&eacute;sident Mao. Il est ensuite tomb&eacute; en disgrce.  Les deux amis sont voisins de palier &agrave;&nbsp; Chengdu et ont grandi ensemble sans jamais se disputer &agrave;&nbsp; une exception pr&egrave;s, suite &agrave;&nbsp; l&#8217;&eacute;motion caus&eacute;e par la disgrce de leurs parents.  Ils r&eacute;ussissent grce &agrave;&nbsp; leurs talents respectifs de musicien et de conteur, grce aussi &agrave;&nbsp; certains de leurs objets, comme un simple r&eacute;veil, &agrave;&nbsp; s&#8217;int&eacute;grer &agrave;&nbsp; la vie des villageois.  Le dernier personnage important de ce livre est une jeune fille des montagnes surnomm&eacute;e la &laquo; Petite Tailleuse &raquo; dont vont s&#8217;&eacute;prendre les deux amis. Le narrateur, loyal envers son ami, ne r&eacute;v&egrave;lera rien de ses propres sentiments amoureux et laissera Luo vivre son histoire avec la Petite Tailleuse.  Cette derni&egrave;re est tr&egrave;s jolie mais n&#8217;a aucune culture. Elle reste toujours seule chez elle &agrave;&nbsp; coudre pendant que son p&egrave;re voyage pour prendre des commandes dans les villages environnants.  Or, il y a un autre &laquo; r&eacute;&eacute;duqu&eacute; &raquo; dans un village voisin, qu&#8217;on surnomme le &laquo; Binoclard &raquo;, que les deux h&eacute;ros ont connu &agrave;&nbsp; Chengdu, et qui poss&egrave;de, dit-on, une valise de livres occidentaux interdits. Comme nos amis tirent le Binoclard d&#8217;un mauvais pas, ce dernier accepte, malgr&eacute; les risques, de leur pr&ecirc;ter quelques chefs d&#8217;oeuvre de la litt&eacute;rature occidentale classique. Ils sont boulevers&eacute;s. Ils d&eacute;cident ensuite d&#8217;en faire profiter la Petite Tailleuse en volant la valise de livres du Binoclard avant qu&#8217;il ne rentre &agrave;&nbsp; Chengdu, sa r&eacute;&eacute;ducation ayant pris fin.  Luo entreprend de cultiver la Petite Tailleuse pour changer sa vie, en lui lisant <em>Le P&egrave;re Goriot de Balzac</em>. Il y parvient. Suit alors une p&eacute;riode de bonheur relatif pour nos trois personnages qui profitent de la vie et de la litt&eacute;rature.  Mais un jour, pendant que Luo est en voyage pour aller au chevet de sa m&egrave;re, le narrateur doitaider la Petite Tailleuse &agrave;&nbsp; avorter en secret.  Trois mois plus tard, Luo br&ucirc;le de d&eacute;pit les livres interdits et apprend au narrateur que la jolie Petite Tailleuse est partie tenter sa chance en ville.  <strong>2. La publication du roman : un succ&egrave;s inattendu</strong> L&#8217;ann&eacute;e 2000 est une ann&eacute;e faste pour les &eacute;crivains chinois vivant en France. Cette ann&eacute;e- l&agrave;&nbsp;, <strong>Gao Xingjian</strong>, un autre &eacute;crivain chinois qui a choisi de s&#8217;installer en France comme Dai Sijie, re&ccedil;oit le prix Nobel de litt&eacute;rature. N&eacute; en 1940 en Chine, c&#8217;est un &eacute;crivain de langue chinoise qui vit en France depuis 1988. Son roman le plus c&eacute;l&egrave;bre est <em>La Montagne de l&#8217;me</em> (1995). Il est &eacute;galement l&#8217;auteur de nouvelles, de po&egrave;mes et de pi&egrave;ces de th&eacute;tre.  Pour Dai Sijie, la publication de son roman, <em>Balzac et la Petite Tailleuse chinoise</em>, est un succ&egrave;s, tant critique que public. Le livre est distingu&eacute; &agrave;&nbsp; plusieurs reprises : prix Roland de Jouvenel 2000, prix Relay du roman d&#8217;&eacute;vasion 2000.  Ce succ&egrave;s surprend l&#8217;auteur qui affiche en retour la modestie de son projet initial : &laquo; Je tenais &agrave;&nbsp; &eacute;crire un petit roman pour rendre hommage &agrave;&nbsp; la litt&eacute;rature qui a rythm&eacute; ma vie. Je ne me rem&eacute;more les souvenirs que par les livres. Chaque p&eacute;riode de ma vie est marqu&eacute;e par les romans que j&#8217;ai lus. Je ressentais aussi le besoin d&#8217;&eacute;crire en fran&ccedil;ais apr&egrave;s quinze ann&eacute;es pass&eacute;es ici, c&#8217;&eacute;tait aussi pour me rendre compte si je pouvais raconter une histoire dans cette langue &raquo; (revue <em>Delirium</em>, ao&ucirc;t-septembre 2000). Si, dans sa forme, le projet de Dai Sijie &eacute;tait modeste, s&#8217;il s&#8217;agissait juste d&#8217;&eacute;crire un &laquo; petit &raquo; roman afin de tester sa propre francophonie, le contenu de l&#8217;histoire qu&#8217;il choisit de raconter semble, en revanche, &ecirc;tre tr&egrave;s important pour lui. Les th&egrave;mes abord&eacute;s, les situations d&eacute;crites, voire certains personnages sont, en effet, d&eacute;j&agrave;&nbsp; pr&eacute;sents dans au moins deux de ses oeuvres cin&eacute;matographiques ant&eacute;rieures qui apparaissent a posteriori comme les premi&egrave;res tentatives pour rendre compte de ses pr&eacute;occupations majeures (voir <em>Le Temple de la Montagne et Chine, ma douleur</em>).  <strong>3. Les r&eacute;serves chinoises</strong> Toutefois, malgr&eacute; ce succ&egrave;s, un pays r&eacute;sistait au charme de la Petite Tailleuse. Longtemps, le roman est rest&eacute; inaccessible pour les lecteurs chinois et Dai Sijie le regrettait r&eacute;guli&egrave;rement dans ses interviews. Les autorit&eacute;s chinoises n&#8217;appr&eacute;ciaient pas, semble-t-il, la peinture de la paysannerie chinoise dans sa mis&egrave;re physique et intellectuelle, ni celle de la violence de la r&eacute;&eacute;ducation des ann&eacute;es Mao.  Cependant, dans un article dat&eacute; du 25 juillet 2003 en ligne sur le site du <em>Quotidien du Peuple</em> (journal chinois) on annonce que le roman est enfin traduit en chinois (<a href="http://french.people.com.cn/french/200307/24/fra20030724_62100.html" target="_blank">cf. l&#8217;article</a>). On peut commenter avec int&eacute;r&ecirc;t aupr&egrave;s des &eacute;l&egrave;ves les choix &eacute;ditoriaux du journal pour traiter le sujet : choix du photogramme qui illustre l&#8217;article, o&ugrave; la Petite Tailleuse appara&icirc;t en soldate ; mise en avant du caract&egrave;re positif de l&#8217;aventure des r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s (les difficult&eacute;s de la vie des r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s et des paysans sont pass&eacute;es sous silence). La coexistence des cultures chinoise et occidentale est &eacute;galement per&ccedil;ue comme positive, sans qu&#8217;il soit fait mention du caract&egrave;re lib&eacute;ratoire que la lecture des oeuvres occidentales rev&ecirc;t dans cette histoire.  Dans la version chinoise, le traducteur &eacute;me quelques r&eacute;serves sur l&#8217;int&eacute;r&ecirc;t des oeuvres fran&ccedil;aises dont se sont repus les r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s (cf. <em>NRP </em>hors-s&eacute;rie n&deg;6 janvier 2006, p. 3). Certains romans fondateurs de la litt&eacute;rature chinoise seront ainsi &laquo; ajout&eacute;s &raquo; dans la valise aux auteurs occidentaux. <span class="top"><a href="#">[Haut de page]</a></span></p>
<h3>Les th&egrave;mes</h3>
<p><strong>1. Les th&egrave;mes li&eacute;s au contexte historique </strong> <em><strong>a) La R&eacute;volution culturelle chinoise et ses cons&eacute;quences</strong></em> Elle est lanc&eacute;e par Mao Zedong en 1968. Le narrateur h&eacute;site &agrave;&nbsp; en d&eacute;finir clairement les raisons : tentative de reprendre le pouvoir ou haine des intellectuels, il ne tranche pas (p. 14).  C&#8217;est un th&egrave;me qui traverse l&#8217;oeuvre romanesque et cin&eacute;matographique de Dai Sijie, d&egrave;s <em>Le Temple de la Montagne</em> et <em>Chine, ma douleur</em> (cf. <a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/index.php/category/dai?paged=5">filmographie</a>). Si le narrateur arr&ecirc;te parfois son r&eacute;cit pour apporter quelques explications sur le contexte historique (p. 13), la r&eacute;&eacute;ducation n&#8217;en reste pas moins la th&eacute;matique centrale du roman : Luo et le narrateur sont envoy&eacute;s en r&eacute;&eacute;ducation car ils sont consid&eacute;r&eacute;s comme des<strong> intellectuels</strong> (m&ecirc;me si le narrateur s&#8217;en d&eacute;fend, p. 15). Ils sont, avant tout, fils d&#8217;intellectuels et doivent donc se confronter aux r&eacute;alit&eacute;s concr&egrave;tes de la vie difficile des paysans des montagnes. Ils vont vivre ainsi dans une r&eacute;gion isol&eacute;e et pauvre o&ugrave; la culture du sol est difficile et o&ugrave;, pour avoir du combustible, les paysans exploitent une mine de charbon dangereuse. &laquo; &agrave;&nbsp; chaque instant, les pierres risquaient de tomber sur nos t&ecirc;tes. &raquo; (p. 42). La vie est tr&egrave;s r&eacute;glement&eacute;e et le comit&eacute; de la commune veille au grain (p. 97).  La R&eacute;volution culturelle lanc&eacute;e par le pr&eacute;sident Mao proc&egrave;de &agrave;&nbsp; une <strong>inversion des valeurs</strong> (<a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/index.php/category/weiwei?paged=1">pour un compl&eacute;ments d&#8217;informations, voir le dossier sur Wei-Wei</a>) : on consid&egrave;re que la v&eacute;rit&eacute;, la sagesse et la vertu sont &agrave;&nbsp; rechercher dans ces vies difficiles voire mis&eacute;rables de paysans et d&#8217;ouvriers, et que les professions d&#8217;intellectuels de la ville ne repr&eacute;sentent pas un progr&egrave;s mais une perversion sociale due &agrave;&nbsp; la puissance corruptrice de l&#8217;Occident.Tout ce qui fait r&eacute;f&eacute;rence &agrave;&nbsp; l&#8217;Occident, &agrave;&nbsp; la ville, &agrave;&nbsp; la bourgeoisie est alors susceptible d&#8217;&ecirc;tre condamn&eacute; et d&eacute;truit : le violon du narrateur par exemple est per&ccedil;u comme un &laquo; jouet bourgeois venu de la ville &raquo;, il devient donc une menace au d&eacute;but du livre (p. 11). <span class="top"><a href="#">[Haut de page]</a></span>  <em><strong>b) La r&eacute;pression des intellectuels</strong></em> Cette R&eacute;volution culturelle op&egrave;re de fa&ccedil;on violente. Les victimes sont humili&eacute;es publiquement et parfois battues, ou pire. &laquo; Le p&egrave;re de Luo &eacute;tait agenouill&eacute; au centre d&#8217;une tribune. Une grande pancarte en ciment, tr&egrave;s lourde, &eacute;tait suspendue &agrave;&nbsp; son cou par un fil de fer qui s&#8217;enfon&ccedil;ait et disparaissait presque dans sa peau. Sur cette pancarte &eacute;taient inscrits sont nom et son crime : r&eacute;actionnaire. &raquo; (p. 18-19)  Un pasteur est condamn&eacute; par les gardes rouges &agrave;&nbsp; finir sa vie &agrave;&nbsp; nettoyer une rue sous les injures du matin au soir pour avoir gard&eacute; une bible en latin. (p. 207)  Les parents des jeunes r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s du livre, Luo, le narrateur et le Binoclard, sont concern&eacute;s en tant que m&eacute;decins, sp&eacute;cialistes, lettr&eacute;s. Ils ont eu leur temps de gloire (p.16) mais sont d&eacute;sormais en disgrce. Les enfants, des coll&eacute;giens &agrave;&nbsp; qui l&#8217;entr&eacute;e au lyc&eacute;e est refus&eacute;e, doivent suivre un programme de r&eacute;&eacute;ducation de plusieurs ann&eacute;es sur le &laquo; Ph&eacute;nix du ciel &raquo; comme des centaines d&#8217;autres jeunes, avec peu de chances de revenir un jour chez eux (trois chances sur mille, p. 27). Ils sont donc corv&eacute;ables &agrave;&nbsp; merci, vivent dans un taudis sans meuble et portent jour apr&egrave;s jour sur les sentiers glissants &laquo; de la merde sur le dos &raquo; (p.24), c&#8217;est-&agrave;&nbsp;-dire des engrais humains et animaux. Ils sont soumis &agrave;&nbsp; l&#8217;autorit&eacute; du chef du village qui les maltraite et les insulte.  Certains de ces &laquo; intellectuels &raquo; r&eacute;sistent : la pr&eacute;sence, dans cette montagne isol&eacute;e, de la valise cach&eacute;e du Binoclard, remplie de livres occidentaux, est un miracle &agrave;&nbsp; attribuer peut&ecirc;tre &agrave;&nbsp; la volont&eacute; de r&eacute;sister silencieusement &agrave;&nbsp; la destruction des r&eacute;f&eacute;rences culturelles qui pr&eacute;existaient &agrave;&nbsp; la R&eacute;volution culturelle.  Les parents du Binoclard sont des &eacute;crivains (p. 57) et c&#8217;est sans doute leur univers culturel qu&#8217;ils essaient de sauver dans cette valise si bien cach&eacute;e. Ray Bradury, dans <em>Farenheit 451</em>, raconte un autre mode de r&eacute;sistance : <strong>la m&eacute;moire des livres</strong> appris par coeur et r&eacute;cit&eacute;s pour perdurer au-del&agrave;&nbsp; des b&ucirc;chers organis&eacute;s par des pompiers d&#8217;un autre genre. Luo et le narrateur apprennent aussi des passages par coeur ou &eacute;crivent des extraits sur les supports les plus inattendus : l&#8217;int&eacute;rieur d&#8217;une veste en mouton qui servira de signe de reconnaissance avec un autre intellectuel &agrave;&nbsp; qui on demandera d&#8217;avorter ill&eacute;galement la Petite Tailleuse (p. 214-215). <span class="top"><a href="#">[Haut de page]</a></span>  <em><strong>c) La paysannerie chinoise</strong></em> Le &laquo; Ph&eacute;nix du ciel &raquo;, la montagne de la r&eacute;&eacute;ducation, est pr&eacute;sent&eacute; par le narrateur comme le summum de l&#8217;isolement et de l&#8217;arri&eacute;ration, sans route, sans ville, sans structure, sans &eacute;ducation, au climat impossible, constamment humide, &agrave;&nbsp; la terre pauvre et escarp&eacute;e, aux ressources rares et en voie d&#8217;&eacute;puisement. (p. 19-22 et 25-30). Pour passer d&#8217;un village &agrave;&nbsp; un autre, il faut prendre des risques insens&eacute;s en passant sur des cr&egrave;tes bord&eacute;es de pr&eacute;cipices : &laquo; debout sur ce passage large d&#8217;une trentaine de centim&egrave;tres, surplombant un gouffre de chaque c&ocirc;t&eacute;, je n&#8217;aurais jamais d&ucirc; regarder en bas&#8230; &raquo; (p. 140).  La paysannerie est ici mis&eacute;rable, physiquement et intellectuellement. Les conditions de travail dans les champs et &agrave;&nbsp; la mine de charbon sont d&eacute;plorables. Luo y souffre du paludisme (p. 60). Un chef stupide et mauvais, atteint de syphilis (p.163), dirige le village avec b&ecirc;tise et tombe litt&eacute;ralement sous l&#8217;influence d&#8217;un r&eacute;veil apport&eacute; par nos r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s, objet inconnu jusqu&#8217;alors, et pour lequel il &eacute;prouve une fascination non dissimul&eacute;e&#8230; Luo se vengera de la cruaut&eacute; de ce personnage quand ce dernier lui demandera de soigner sa dent cari&eacute;e&#8230;  Les paysans n&#8217;ont jamais vu ni entendu un violon (p. 9) et personne ne trouve &eacute;trange que Mozart ait pu &eacute;crire une pi&egrave;ce musicale pour le pr&eacute;sident Mao (p. 12), invention fort &agrave;&nbsp; propos de Luo (le titre, cocasse, de la sonate, est &laquo;Mozart pense au pr&eacute;sident Mao &raquo;) qui permet en effet de sauver le violon de la destruction.  La seule vue d&#8217;un livre frappe de stupeur la bande de jeunes paysans qui aggressent violemment le narrateur (p. 190-193). Les habitants de ces montagnes rudes et isol&eacute;es n&#8217;ont jamais vu un film, pas m&ecirc;me de propagande, ce qui donnera &agrave;&nbsp; nos h&eacute;ros l&#8217;occasion de se rendre indispensables comme raconteurs de films dans des s&eacute;ances r&eacute;jouissantes de cin&eacute;ma oral (p. 29).  Les paysans sont &agrave;&nbsp; la fois dans un grand app&eacute;tit de d&eacute;couverte, et dans des conditions intellectuelles telles qu&#8217;ils n&#8217;ont pas conscience de leur &eacute;tat, en dehors de ceux qui ont pu voyager comme le p&egrave;re de la Petite Tailleuse, le tailleur itin&eacute;rant. Obsc&eacute;nit&eacute;, sexisme, superstition, m&eacute;chancet&eacute;, salet&eacute;, avarice, violence, sont le lot quotidien dans cet endroit hostile. Les occasions d&#8217;en rire ne manquent pas dans le livre, mais le tragique n&#8217;est jamais bien loin. <span class="top"><a href="#">[Haut de page]</a></span>  <strong>2. Les th&egrave;mes li&eacute;s aux personnages</strong>  <strong> <em>a) L&#8217;initiation &agrave;&nbsp; l&#8217;amour</em></strong> &Agrave; des degr&eacute;s divers, de fa&ccedil;on abstraite ou concr&egrave;te, dans les livres ou en acte, les deux h&eacute;ros et leur amie vont initier ou &ecirc;tre initi&eacute;s &agrave;&nbsp; l&#8217;amour physique et spirituel, au pouvoir de l&#8217;amour et de la beaut&eacute; sur les mes.  Luo et le narrateur tombent ainsi amoureux sans doute tous les deux de la Petite Tailleuse mais elle se donnera seulement &agrave;&nbsp; Luo (p. 76) et les sc&egrave;nes d&#8217;amour, racont&eacute;es par Luo ou vues &agrave;&nbsp; travers les yeux d&#8217;un voyeur comme le vieux meunier obsc&egrave;ne (p. 168) sont parmi les plus beaux moments du livre. La d&eacute;floration de La Petite Tailleuse par Luo dans la for&ecirc;t a lieu au moment pr&eacute;cis o&ugrave; le narrateur &eacute;prouve des transes litt&eacute;raires et sentimentales intenses en lisant un de ses premiers romans occidentaux, comme si le narrateur avait choisi la litt&eacute;rature au lieu de la vie. Et, de m&ecirc;me que le narrateur vit par procuration des aventures amoureuses par l&#8217;interm&eacute;diaire des personnages des romans lus en cachette, de m&ecirc;me il vit sa passion amoureuse avec la Petite Tailleuse &agrave;&nbsp; travers les yeux de son ami. Ce motif de l&#8217;amour par procuration se retrouve avec les chansons du meunier.  Certaines passions amoureuses seront donc v&eacute;cues &agrave;&nbsp; travers les auteurs occidentaux et leurs histoires. Mais c&#8217;est aussi de ces auteurs que viendra la fin de l&#8217;idylle. Tant qu&#8217;elle ignore le pouvoir de sa beaut&eacute;, la Petite Tailleuse ne semble pas vouloir changer quelque chose &agrave;&nbsp; sa vie. Mais lorsqu&#8217;elle comprend avec Balzac qu&#8217;une autre vie est possible, qu&#8217;il y a un ailleurs o&ugrave; tenter sa chance et qu&#8217;elle a les moyens de r&eacute;ussir en suscitant l&#8217;amour chez les hommes, elle part. &laquo; Elle m&#8217;a dit que Balzac lui a fait comprendre une chose : la beaut&eacute; d&#8217;une femme est un tr&eacute;sor qui n&#8217;a pas de prix. &raquo; (p. 229)  <em><strong>b) L&#8217;exil</strong></em> Il y a d&#8217;abord l&#8217;<strong>exil r&eacute;pressif</strong>, impos&eacute; par la R&eacute;volution culturelle : la <strong>r&eacute;&eacute;ducation</strong> qui oblige des centaines de jeunes gens de Chengdu &agrave;&nbsp; affronter les difficult&eacute;s de la vie ouvri&egrave;re et paysanne dans la montagne.  Il y a ensuite l&#8217;<strong>exil int&eacute;rieur</strong>, intellectuel, impos&eacute; &agrave;&nbsp; tous par la mis&egrave;re d&#8217;une vie impossible : il oblige &agrave;&nbsp; ne vivre que pour trouver une maigre pitance, sans pouvoir penser &agrave;&nbsp; rien d&#8217;autre que sa survie imm&eacute;diate. Certains des habitants de cette r&eacute;gion ne sont plus humains : proches de la folie comme le meunier (p. 84) ou de la sauvagerie animale ils ressemblent au personnage du Boiteux (p. 192), qui les rend presque &eacute;trangers &agrave;&nbsp; eux-m&ecirc;mes.  Il y a enfin l&#8217;<strong>exil &eacute;chappatoire et volontaire </strong>que recherche en ville la Petite Tailleuse apr&egrave;s la prise de conscience de sa condition et l&#8217;espoir suscit&eacute; chez elle par sa propre beaut&eacute; (p. 221).  L&#8217;adaptation que Dai Sijie a r&eacute;alis&eacute;e luim&ecirc;me de son roman, ajoute une dimension suppl&eacute;mentaire &agrave;&nbsp; cette notion d&#8217;exil : l&#8217;<strong>exil politique</strong>. Le narrateur a quitt&eacute; son pays, il est devenu un violoniste renomm&eacute; &agrave;&nbsp; l&#8217;&eacute;tranger et il ne revient en Chine qu&#8217;apr&egrave;s avoir appris que la r&eacute;gion de sa r&eacute;&eacute;ducation allait dispara&icirc;tre en partie sous les eaux d&#8217;un barrage. Il en profite alors pour obtenir, mais sans succ&egrave;s, des nouvelles de son ancienne amie. <span class="top"><a href="#">[Haut de page]</a></span>  <em><strong>c) L&#8217;initiation intellectuelle</strong></em> Luo et le narrateur consid&egrave;rent comme une ironie de l&#8217;histoire le fait d&#8217;avoir &eacute;t&eacute; envoy&eacute;s en r&eacute;&eacute;ducation comme &laquo; intellectuels &raquo;, au vu de la pauvret&eacute; de l&#8217;&eacute;ducation qu&#8217;ils ont re&ccedil;ue dans leur coll&egrave;ge o&ugrave; les seules lectures possibles concernaient l&#8217;agriculture et l&#8217;industrie (p. 14). Mais compar&eacute; aux villageois aupr&egrave;s de qui ils vivent, leur niveau est tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;. Ils fascineront m&ecirc;me leurs &laquo; surveillants &raquo; grce &agrave;&nbsp; la musique classique occidentale que joue le narrateur, par les dons de conteurs dont fait preuve Luo, et par l&#8217;utilisation du r&eacute;veil qu&#8217;ils sont les seuls &agrave;&nbsp; conna&icirc;tre.  Leurs histoires transformeront pour un temps la vie des villageois, du tailleur ou des sorci&egrave;res qui viennent soigner Luo malade (p. 54), m&ecirc;me s&#8217;il ne s&#8217;agit que de r&eacute;sumer des films de propagande nord-cor&eacute;ens&#8230;  C&#8217;est dans <strong>la r&eacute;&eacute;criture du mythe de Pygmalion</strong> que la notion d&#8217;<strong>initiantion intellectuelle</strong> se r&eacute;v&egrave;le la plus forte, par l&#8217;entremise des livres d&#8217;auteurs occidentaux interdits, russes, anglais, fran&ccedil;ais tels Balzac (le plus repr&eacute;sent&eacute; dans la valise), Hugo, Rolland, Dosto&iuml;evski, Bront&euml;, etc.  Luo d&eacute;cide de faire partager leurs d&eacute;couvertes litt&eacute;raires et leur amour de la litt&eacute;rature &agrave;&nbsp; la Petite Tailleuse, qui est d&eacute;j&agrave;&nbsp; fascin&eacute;e par son talent de conteur. Lire Balzac la rendrait &laquo; plus raffin&eacute;e, plus cultiv&eacute;e &raquo; (p. 77). &laquo; Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde. &raquo; (p. 127), d&eacute;clare Luo. Il y a bien un projet d&#8217;&eacute;ducation et d&#8217;&eacute;l&eacute;vation au-dessus d&#8217;une condition humaine inacceptable pour Luo et le narrateur.  Mais ce faisant, ils cr&eacute;ent en elle une frustration qui &eacute;chappe &agrave;&nbsp; leur contr&ocirc;le : le Pygmalion se r&eacute;v&egrave;le &ecirc;tre un apprenti sorcier qui n&#8217;a pas anticip&eacute; que la connaissance du pouvoir de sa propre beaut&eacute; conduirait la Petite Tailleuse &agrave;&nbsp; vouloir &eacute;chapper &agrave;&nbsp; sa condition et &agrave;&nbsp; s&#8217;&eacute;loigner de ses deux amis bloqu&eacute;s pour des ann&eacute;es &agrave;&nbsp; l&#8217;endroit qu&#8217;elle d&eacute;sire d&eacute;sormais quitter. <em><strong> c) L&#8217;apprentissage de la libert&eacute;</strong></em> Dans cet univers clo&icirc;tr&eacute;, l&#8217;obession des personnages principaux est de recouvrer leur libert&eacute;.  &Agrave; l&#8217;<strong>enfermement physique</strong> dans un lieu isol&eacute; et dangereux, ils opposent leur <strong>d&eacute;sir de voyage</strong> et ne cessent de quitter le village pour celui de la Petite Tailleuse, pour le bourg de Yong Jing, pour les s&eacute;ances de cin&eacute;ma &agrave;&nbsp; raconter ensuite, pour des bains dans la rivi&egrave;re, pour rencontrer le meunier, alors que la plupart des villageois de la montagne, hormis le tailleur itin&eacute;rant, n&#8217;ont jamais quitt&eacute; leur village.  &Agrave; l&#8217;<strong>enfermement affectif</strong>, ils opposent leur sens de l&#8217;<strong>amiti&eacute;</strong> et leur <strong>capacit&eacute; &agrave;&nbsp; aimer</strong> audel&agrave;&nbsp; des dificult&eacute;s et de tout ce qui les s&eacute;pare des villageois d&eacute;shumanis&eacute;s.  &Agrave; l&#8217;<strong>enfermement dans des taches r&eacute;p&eacute;titives</strong>, ils opposent leurs strat&eacute;gies d&#8217;&eacute;vitement : les absences du chef deviennent des occasions de ne rien faire, le r&eacute;veil est manipul&eacute; pour dormir plus longtemps le matin (p. 25), ils acceptent des missions qui changent de l&#8217;ordinaire.  &Agrave; l&#8217;<strong>enfermement intellectuel</strong>, ils opposent leur <strong>libert&eacute; de penser</strong>, frisant l&#8217;inconscience, quand il s&#8217;agit de se moquer du chef et de son inculture (p. 12) ; ils quittent l&#8217;&eacute;tat de na&iuml;vet&eacute; adolescente pour celui de l&#8217;exp&eacute;rience adulte en puisant des exemples dans les livres.  &Agrave; l&#8217;<strong>enfermement dans une condition sociale d&eacute;termin&eacute;e</strong>, ils opposent la <strong>possibilit&eacute; de s&#8217;&eacute;lever</strong> au-dessus de leur propre condition et offrent cette chance &agrave;&nbsp; leur amie, ce qui leur co&ucirc;tera finalement cher.  &Agrave; l&#8217;<strong>enfermement d&ucirc; &agrave;&nbsp; l&#8217;arsenal r&eacute;pressif des autorit&eacute;s communistes</strong>, ils opposent leur <strong>sens de la justice et de l&#8217;&eacute;quit&eacute;</strong>, et la <strong>d&eacute;sob&eacute;issance l&eacute;gitime</strong> aux lois et aux r&egrave;glements iniques : mensonges, ruses, vols, lectures de livres interdits, musique interdite, avortement clandestin (p. 214), contacts avec des r&eacute;prouv&eacute;s comme le pasteur de Yong Jing (p. 210) sont autant d&#8217;actes de r&eacute;sistance individuelle ou collective. <span class="top"><a href="#">[Haut de page]</a></span>  <strong>3. Les th&egrave;mes li&eacute;s aux perspectives de l&#8217;auteur</strong>  <em><strong>a) L&#8217;initiation &agrave;&nbsp; l&#8217;amour</strong></em> Le roman combine plusieurs <strong>formes d&#8217;&eacute;criture</strong> et plusieurs <strong>genres</strong> : l&#8217;<strong>autobiographie</strong> ou le <strong>t&eacute;moignage</strong>, avec des p&eacute;rip&eacute;ties qu&#8217;on retrouve dans la biographie de l&#8217;auteur (<a href="http://crdp.ac-paris.fr/parcours/index.php/category/dai?paged=4">cf. documents compl&eacute;mentaires</a>). Mais Dai Sijie reste discret sur le personnage qui le repr&eacute;senterait le plus dans le roman. On pense bien s&ucirc;r au narrateur &agrave;&nbsp; la premi&egrave;re personne qui s&#8217;adresse souvent au lecteur dans un style proche de l&#8217;oral : &laquo; Souvenez-vous, j&#8217;ai d&eacute;j&agrave;&nbsp; mentionn&eacute; son nom &raquo; (p. 57). Or, plusieurs indices laissent &agrave;&nbsp; penser que ce n&#8217;est pas si simple. Ce narrateur porte le nom de Ma dans l&#8217;adaptation cin&eacute;matographique et dans le roman, comme nous l&#8217;apprend Fran&ccedil;oise Rio dans la NRP (horss&eacute;rie n&deg;6, janvier 2006, p. 8) qui d&eacute;crypte pour le lecteur occidental, les d&eacute;dicaces que le narrateur offre &agrave;&nbsp; Luo quand il lui donne trois romans tir&eacute;s de la valise (p. 138) : il dessine un cheval, une &eacute;p&eacute;e et une clochette (en chinois : Ma Jian Ling). Ce patronyme fictif complique la donne quand on sait que le Binoclard se retrouve dans des oeuvres ant&eacute;rieures de Dai Sijie, telle que <em>Chine ma douleur</em> o&ugrave; il est le protagoniste. Et si Dai Sijie s&#8217;&eacute;tait d&eacute;peint avec autod&eacute;rision sous les traits du plus ridicule des r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s du livre ?  Il est difficile de parler de Balzac et la Petite Tailleuse chinoise comme d&#8217;une oeuvre seulement autobiographique. Dans les pages 168 &agrave;&nbsp; 181, il s&#8217;y m&egrave;le des <strong>changements de points de vue</strong> o&ugrave; la parole est donn&eacute;e au meunier, &agrave;&nbsp; Luo et &agrave;&nbsp; la Petite Tailleuse, comme dans une fiction romanesque.  On y trouve aussi une <strong>&eacute;criture du merveilleux</strong> o&ugrave; traditions populaires chinoises (magie et sorcellerie) et animaux aux &eacute;tranges pouvoirs (corbeaux et serpent) jouent un r&ocirc;le symbolique (p. 143, 168, 181).  On rel&egrave;ve &eacute;galement une <strong>forme d&#8217;&eacute;criture picaresque</strong> ou <strong>farcesque </strong>o&ugrave; certaines aventures rel&egrave;vent d&#8217;un comique qui rappelle les textes grivois ou scatologiques du Moyen ge ou du XVI<sup>e</sup> si&egrave;cle comme le <em>Gargantua</em> de Rabelais o&ugrave; les personnages sont confront&eacute;s aux excr&eacute;ments de diverses origines. Dai Sijie, Balzac et la Petite Tailleuse chinoise Certains passages enfin rel&egrave;vent plus de l&#8217;<strong>&eacute;criture pamphl&eacute;taire</strong>, tant la charge sur le pouvoir en place alors est forte (cf. le personnage du cr&eacute;tin en chef). Le livre d&eacute;nonce de fa&ccedil;on pr&eacute;cise et document&eacute;e un certain nombre de faits av&eacute;r&eacute;s : la pers&eacute;cution des intellectuels, les r&eacute;&eacute;ducations et les conditions de vie mis&eacute;rables d&#8217;une partie de la population, ce qui vaudra &agrave;&nbsp; l&#8217;auteur quelques probl&egrave;mes avec les autorit&eacute;s chinoises. <span class="top"><a href="#">[Haut de page]</a></span>  <em><strong>b) Culture et inculture, &eacute;quilibre et d&eacute;s&eacute;quilibre</strong></em>  Rien n&#8217;est simple l&agrave;&nbsp; non plus, puisque Dai Sijie peint plusieurs formes de culture simultan&eacute;ment sans que ses prises de position soient claires : l&#8217;absence de culture moderne et occidentale ne signifie par pour autant l&#8217;absence totale de culture et, dans les montagnes, les r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s sont confront&eacute;s &agrave;&nbsp; un m&eacute;lange de culture communiste mal dig&eacute;r&eacute;e et &agrave;&nbsp; la permanence d&#8217;une culture populaire traditionnelle parfois ancestrale, pr&eacute;sente dans les rites, les f&ecirc;tes, les croyances. Le bagage culturel des r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s est au d&eacute;part plut&ocirc;t source de probl&egrave;me (cf. la sc&egrave;ne du violon, incipit) m&ecirc;me s&#8217;ils s&#8217;en sortent plut&ocirc;t bien : on peut parler &agrave;&nbsp; un moment d&#8217;une p&eacute;riode de bonheur &agrave;&nbsp; trois dans cet univers pourtant si rude. Les grands classiques poussi&eacute;reux de la valise redeviennent sulfureux, ce qu&#8217;ils ne sont plus depuis longtemps en Europe. Mais l&#8217;apport de la culture occidentale v&eacute;hicul&eacute;e &agrave;&nbsp; travers les livres a-t-il &eacute;t&eacute; positif ? Il a conduit &agrave;&nbsp; une certaine ouverture d&#8217;esprit chez les r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s, et chez la Petite Tailleuse, mais qu&#8217;en a-t-elle tir&eacute; ? Qu&#8217;il valait mieux qu&#8217;elle tente sa chance ailleurs en comptant sur sa beaut&eacute; plut&ocirc;t que de rester avec l&#8217;homme qui l&#8217;aimait. Elle se r&eacute;v&egrave;le selon ses propres mots &laquo; bonne com&eacute;dienne &raquo; (p. 180) pour le meilleur peut&ecirc;tre mais plut&ocirc;t pour le pire. La perte de la na&iuml;vet&eacute; s&#8217;accompagne ici d&#8217;une perte d&#8217;innocence et de sinc&eacute;rit&eacute;, ce qui lui servira pour r&eacute;ussir &agrave;&nbsp; la ville.  Ne vaut-il pas mieux rester ce qu&#8217;on est comme le meunier, avec ses joies et ses plaisirs, une forme de sagesse de l&#8217;&eacute;quilibre, de l&#8217;acceptation de sa condition ?  Savoir ce que nous sommes rend-il plus heureux ? Balzac est-il utile pour vivre dans le &laquo; Ph&eacute;nix du ciel &raquo; ou bien n&#8217;introduit-il pas une forme de d&eacute;s&eacute;quilibre dans l&#8217;harmonie, m&ecirc;me cruelle, qui lui pr&eacute;existait ? Balzac ne rendil pas les r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s et la Petite Tailleuse plus inadapt&eacute;s encore qu&#8217;ils ne l&#8217;&eacute;taient avant ? L&#8217;&eacute;vasion intellectuelle dans la musique et la litt&eacute;rature semble n&eacute;cessaire aux r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s pour survivre mais dans le m&ecirc;me temps, &agrave;&nbsp; cause d&#8217;elle, la Petite Tailleuse semble bien &ecirc;tre partie pour vendre sa beaut&eacute; comme une simple demi-mondaine balzacienne ou proustienne.  Que faut-il en penser ? La r&eacute;ponse est peut-&ecirc;tre &agrave;&nbsp; chercher dans cet &eacute;quilibre pr&eacute;caire que nos deux h&eacute;ros recherchent entre les deux gouffres qui bordent le sentier escarp&eacute; qui les m&egrave;ne au village de la Petite Tailleuse, celui de l&#8217;ignorance et celui du savoir. <span class="top"><a href="#">[Haut de page]</a></span></p>
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