LE CRI DES OISEAUX FOUS
Dany LAFERRIÈRE
Niveaux conseillés : 2nde et 1re
Par la complexité de la réalité politique à laquelle il fait référence, le roman autobiographique de Dany Laferrière est difficilement accessible à des collégiens. Des lycéens seront plus sensibles aux méditations du personnage narrateur confronté à l'expérience de l'exil à l'âge de vingt-trois ans et au tableau sociopolitique d'un pays, Haïti, dont ils auront pu entendre parler dans les médias sans saisir les tenants et aboutissants de la situation, faute des pré-requis historiques indispensables.
Dans les classes de 2nde et de 1re, l'étrangeté de l'univers référentiel et le style beat generation de l'auteur séduiront les élèves, tandis que lectures analytiques et études d'ensemble permettront d'approfondir les notions de littérature engagée, d'une part, d'autobiographie et d'autofiction, d'autre part.
Ce texte du XXe siècle se prête aisément à de nombreux travaux d'argumentation, ainsi qu'à un parallèle avec d'autres oeuvres artistiques, picturales et cinématographiques notamment.

Présentation

L’auteur

Né à Port-au-Prince en 1953, Dany Laferrière, de son vrai nom Windsor Klebert Laferrière – qui est aussi celui de son père – passe son enfance à Petit-Goâve, ville du Sud-est d’Haïti, auprès de sa grand-mère maternelle, Da, qui le surnomme « Vieux Os » et dont il fera le personnage central de son roman L’Odeur du café (VLB éditeur, Montréal, 1991).

Fils d’un journaliste et homme politique exilé par François Duvalier, il travaille lui-même à l’hebdomadaire Le Petit Samedi Soir et à Radio Haïti-Inter, lorsque, en 1976, l’assassinat de son ami Gasner Raymond le pousse à prendre la route de l’exil à son tour. « J’ai grandi dans l’œil du cyclone Duvalier. Cette habitude de donner un nom aux cyclones dont le passage peut durer une nuit au plus, eh bien il faut savoir que celui nommé Duvalier a duré vingt-neuf ans », confie-t-il à Bernard Magnier dans le livre d’entretiens J’écris comme je vis (La Passe du vent, Genouilleux, 2000, p. 82).

Il s’installe alors à Montréal, lieu de sa naissance en tant qu’écrivain. Il y connaît en effet le succès dès son premier roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (VLB éditeur, Montréal, 1985) qui est porté à l’écran par Jacques Benoît en 1989 et qui inaugure une « autobiographie américaine » en une dizaine de volumes.

Refusant les étiquettes régionalistes et revendiquant le continent américain pour territoire, Dany Laferrière vit douze ans à Miami, haut lieu de la diaspora haïtienne, avant de revenir à Montréal en 2002 et de prendre une part active à la vie culturelle et médiatique.

Récompensé, entre autres, par le Prix Carbet de la Caraïbe en 1991, le Prix Carbet des Lycéens et le Prix RFO du Livre en 2000, il écrit ce qui doit être son ultime opus, Je suis fatigué (Initiales, Vienne, France, 2000), avant de se livrer à une autre passion, le cinéma. Tandis que pour John Lécuyer, il tire un scénario de son roman Le Goût des jeunes filles (VLB éditeur, Montréal, 1992 ; rééd. Grasset, 2005), il réalise son premier film, Comment conquérir l’Amérique en une nuit, primé au Festival des Films du Monde à Montréal en 2004. En 2006, Laurent Cantet adapte trois des nouvelles de La Chair du maître (Lanctôt, Outremont, Québec, 1997). Vers le Sud sert de titre tant au film qu’à une réédition, légèrement modifiée, du recueil chez Grasset en 2006.
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Le roman

Dans l’hypothèse d’une reconstitution chronologique de l’« autobiographie américaine », Le Cri des oiseaux fous (Québec, 2000, rééd. « Motifs » en 2000) marquerait la transition entre le soleil d’Haïti et le froid nord-américain, entre le cocon familial et la solitude, entre les premières amours et le sexe, entre l’inconscience de la jeunesse et les douloureux apprentissages de l’âge d’homme et d’écrivain.

De la mort de son ami Gasner, journaliste assassiné par les tontons macoutes (cf. glossaire), à l’embarquement pour Montréal, le personnage narrateur, contraint au même exil politique que son père à vingt années de distance, dispose d’une après-midi et d’une nuit pour faire mentalement ses adieux à ses proches et à sa ville.

Entre les romans de l’enfance à Petit-Goâve, L’Odeur du café (1991) et Le Charme des après-midi sans fin (1997) et les romans nord-américains, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985) et Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ? (1993), Le Cri des oiseaux fous constitue avec Le Goût des jeunes filles (1992) le diptyque de la jeunesse port-au-princienne, et avec Pays sans chapeau (1997), roman du retour, celui de la réflexion sur l’exil.
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Les thèmes

Le Cri des oiseaux fous, qui pourrait être sous-titré « avoir vingt ans à Port-au-Prince sous la dictature » et s’inscrire ainsi dans une collection bien connue, développe des thèmes chers aux élèves :
- l’amour et la sexualité ;
- l’amitié, la mort et le sentiment de l’absurde ;
- la construction de l’identité et le rapport au père et à la mère.

Le contexte historique et le thème de l’exil permettent d’aborder la question de la littérature engagée. Enfin, les pérégrinations du personnage narrateur, que l’on associera au motif littéraire de la promenade, amènent à découvrir une topographie urbaine, tandis que les méditations approfondissent les relations entre rêve et réalité.
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