UNE FILLE ZHUANG
Wei-Wei

Groupement de textes

Découvrir la littérature chinoise francophone

Cette séquence peut être complétée en fonction des objectifs du professeur par la lecture cursive d’autres Å“uvres, choisies parmi ces textes qui peuvent donner une image assez complète de la littérature chinoise francophone.
En effet depuis quelques années, la scène littéraire française voit la percée de quelques auteurs d’origine chinoise. Gao Xingjian a reçu le prix Nobel en l’an 2000 ; François Cheng est entré à l’Académie Française en 2002 ; plusieurs titres de la jeune Shan Sa figurent sur la liste des bestsellers ; Balzac et la petite tailleuse chinoise, le premier roman de Dai Sijie, cinéaste devenu romancier, connaît un succès international particulièrement phénoménal (voir le dossier pédagogique sur Balzac et la petite chinoise).
Pour ces auteurs franco-chinois ou sino-français, comme pour Wei-Wei, il se pose naturellement une question de classification. S’agit-il de littérature chinoise écrite en français, ou de littéraire française portant sur la Chine ? Appartiennent-ils au mouvement littéraire chinois de « littérature des cicatrices », qui tente de raconter « la gigantesque cicatrice que les dix années de troubles ont laissée au peuple chinois »1, en s’intéressant en particulier au sort de la génération des « jeunes instruits » durant la Révolution Culturelle ? Doivent-ils être considérés comme des auteurs français, dont le principal sujet est cet entre-deux culturel entre la Chine et la France ?
On pourra donc chercher des pistes de réflexion dans les ouvrages suivants, sans négliger les autres ouvrages de Wei-Wei dont la bibliographie complète est présentée dans la rubrique attenante de ce dossier.
Le niveau de difficulté des textes est signalé par des astérisques.


** Cheng, François, Le Dit de Tianyi, Paris, Albin Michel, 1998.
Lors d’un voyage en Chine, l’auteur retrouve le peintre Tianyi qui lui remet ses confessions écrites. L’homme a vécu les années 30 et 40 dans une Chine en plein bouleversement, où l’héritage culturel gardait pourtant sa force et sa diversité colorée. Il a ensuite passé plusieurs années en Europe, durant lesquelles il a connu la misère mais aussi découvert une autre vision de l’art et de la vie. À son retour dans son pays soumis aux soubresauts révolutionnaires, il y recherche les deux êtres qui lui sont le plus chers : Yumei, l’amante, et Haolang, l’ami fraternel, qui l’avaient tant marqué. Dès lors, il sera pris, sans pouvoir y échapper, dans un enchaînement de drames atteignant des dimensions insoupçonnées.
Ce roman pourra être mis en perspective avec l’histoire d’amour vécu par Wei-Wei.

** Cheng, François, L’Éternité n’est pas de trop, Paris, Albin Michel, 2002
Dao-Sheng vit dans un monastère en pleine montagne, à la fois médecin et devin, il oscille entre bouddhisme et taoïsme, retenu de tout engagement définitif par un secret vieux de tente ans : son amour toujours vivace pour une fille juste entraperçue alors qu’il avait 20 ans. Aussi décide-t-il de mettre fin à cette obsession en descendant dans la plaine pour tenter d’y rencontrer celle qu’il a aimée. Et la rencontre a lieu, la passion est partagée même si épreuves et obstacles attendent les amants. Dans L’Éternité n’est pas de trop, l’amour est vécu comme absolu. Il est le seul porteur du dépassement de soi, il permet de pénétrer le mystère de l’univers et d’accéder au sentiment d’éternité. Dans une Chine en pleine mutation qui s’ouvre aux autres civilisations, il est aussi le lien qui permet le dialogue et l’ouverture à l’autre. Une vision hautement exigeante et spirituelle des rapports amoureux où l’intensité, la ferveur, le dépouillement et l’engagement sont les clefs de toute métamorphose. Un roman d’une rare puissance, intense et envoûtant qui peut toucher tous les publics.
Ce roman pourra également être mis en perspective avec l’histoire d’amour vécu par Wei-Wei.
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* Dai Sijie, Balzac et la petite tailleuse chinoise, Paris, Gallimard, 2000
On se reportera au dossier consacré à l’auteur dans notre collection pour des explications détaillées des extraits.
http://crdp.ac-paris.fr/parcours/index.php/category/sijie

** Dai Sijie, Le Complexe de Di, Paris, Gallimard, 2003
Muo, myope, puceau et fervent adepte de l’esprit chevaleresque, repart pour la Chine après un long exil en France. Il a décidé de délivrer Volcan de la Vieille Lune, sa fiancée emprisonnée pour avoir divulgué des photos interdites. Or s’il veut atteindre ce but, Muo doit s’attirer les grâces du cruel juge Di. Il ne dispose que d’une arme : la psychanalyse, inconnue en Chine. Dans son combat, la médecine des âmes s’avérera de grande utilité. Muo, devenu psychanalyste ambulant, l’étendard freudien claquant au-dessus de sa bicyclette, progresse vers son aimée à travers un pays en pleine métamorphose, surprenant et même dangereux, prêt à tout pour satisfaire le juge Di, tyran capricieux qui souffre d’un monstrueux complexe.
On comparera l’itinéraire dans la Chine du personnage avec celui de Wei-Wei et le grand humour que partagent ces deux Å“uvres.

*** Gao, Xingjian, La Montagne de l’âme, Trad. Noël et Liliane Dutrait, La Tour d’Aigues, Ed. de l’Aube, 1995
Son roman est construit sur des impressions de voyages faits dans des régions lointaines de la Chine du sud et du sud-ouest où les coutumes chamanistes sont encore vivaces, où les ballades et les histoires de brigands sont présentées comme véridiques et où on rencontre des représentants d’une sagesse taôiste ancestrale. Le livre est un tissu d’histoires avec plusieurs personnages principaux qui sont le miroir l’un de l’autre, évoquant ainsi peut-être les facettes d’un seul et même moi. Grâce à un usage libre des pronoms personnels, Gao obtient des rapides changements de perspective, obligeant le lecteur à mettre en question toutes les confidences. Cette approche a son origine dans ses drames qui exigent souvent de l’acteur qu’il s’identifie au rôle tout en le décrivant de l’extérieur. Moi, toi, il/elle deviennent des noms donnés à des distances intérieures changeantes.
La Montagne de l’Âme est un roman de pèlerinage où le personnage principal fait un voyage à la rencontre de lui-même le long de la surface miroitante qui sépare la fiction de la vie, l’imaginaire du souvenir. La discussion du problème du savoir prend de plus en plus la forme d’un entraînement de libération du but et du sens. Par la polyphonie, les croisements des genres et l’examen de soi-même de l’acte d’écriture, le livre rappelle l’idée grandiose du romantisme allemand d’une poésie universelle.
Cette Å“uvre, bien plus complexe pourra être utilisée pour mettre en valeur la poétique des lieux que pratique également Wei-Wei.

*** Gao, Xingjian, Le Livre d’un homme seul, Trad. Noël et Liliane Dutrait, La Tour d’Aigues, Ed. de l’Aube, 2000
Le second roman de Gao Xingjian, Le Livre d’un homme seul, poursuit les thèmes de La Montagne de L’Âme mais dans une optique plus saisissable. Au cÅ“ur du livre se trouve le règlement de compte avec la folie terrifiante connue sous le nom de la Révolution culturelle en Chine. Avec une sincérité impitoyable, l’écrivain retrace tour à tour son expérience d’activiste politique, de victime et d’observateur extérieur. Son récit aurait pu déboucher sur le modèle moral du dissident, mais il rejette cette position et refuse de sauver quelqu’un d’autre.
On pourra mettre cette Å“uvre en perspective avec le récit de l’épreuve vécue par la mère de Wei-Wei et sa propre expérience à Dingxi.

** Shan Sa, La Joueuse de Go, Paris, Bernard Grasset, 2001
Ce roman est une histoire d’amour et d’apprentissage. Au contact des Mandchous, le Japonais apprend à douter des valeurs militaires, raciales et impérialistes inculquées depuis l’enfance. Quant à la jeune fille, partiellement libérée par sa compétence au jeu, elle regarde mieux les injustices de sa propre société, surtout celles qui pèsent sur les femmes. Regards, non-dits, sensations, rêves et silences tissent le fil de ce roman. Les chapitres impairs réservés à la jeune Chinoise et les pairs réservés au jeune soldat japonais donnent du rythme à cette partition originale qui se joue à quatre mains. Shan Sa mise sur l’alternance: celle de la cruauté de la guerre contre l’insouciance de la jeunesse, celle de la société traditionnelle chinoise prise dans ses convictions et son honneur contre les velléités d’émancipation de la jeune génération.
Autre perspective féministe sur la société chinoise, à rapprocher peut-être plus des autres romans de Wei-Wei.
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D’autres romans traduits pourront donner des pistes pour montrer les convergences entre auteurs chinois de la diaspora :
• Chang, Jung, Les cygnes sauvages, les mémoires d’une famille chinoise de l’Empire céleste à Tiananmen, Pocket, 2001
Un réquisitoire contre la Révolution culturelle, un livre de souvenirs tissés autour de trois générations de femmes, un témoignage historique sur la Chine d’hier et d’aujourd’hui. J. Chang, fille de hauts responsables chinois, vit aujourd’hui en Grande-Bretagne.

• Nien Cheng, Vie et mort à Shanghai, Albin Michel, 1987
Le témoignage d’une femme instruite qui a gravité dans les cercles diplomatiques et dans les milieux d’affaires et a survécu à la Révolution Culturelle.

• Niu-Niu, Pas de larmes pour Mao, Robert Laffont, 1989
La vie d’une famille chinoise, d’origine intellectuelle, à travers les remous de la Révolution Culturelle.

1 Voir Noël Dutrait, Petit Précis à l’usage de l’amateur de littérature chinoise contemporaine, éditions Philippe Picquier, 2006

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