Présentation

L’auteur

Monique Agénor tisse des histoires en entremêlant des fils multicolores, à l’image de ses origines métissées. D’origine poitevine, malbare et malgache, elle est née en 1940 à La Réunion où elle a vécu jusqu’à la fin de son adolescence – enfance insulaire à Hell Bourg, Saint Benoît, études secondaires à Saint Denis. À vingt ans, elle quitte son île natale pour suivre des études supérieures d’art à Paris.

Séduite par le théâtre, elle monte sur les planches et pendant dix ans tourne en France et en Europe comme comédienne dans une compagnie. Puis, munie de son diplôme universitaire d’études cinématographiques et théâtrales, elle poursuit son parcours de découverte artistique : attachée de production pour de longs métrages, caméraman de télévision…

Elle finit par créer sa propre société de production, ce qui lui donne l’occasion d’expérimenter l’écriture de scénarii et de réaliser une dizaine de documentaires sur les DOM-TOM et l’Océan Indien, en collaboration avec RFO Paris /Réunion.

Son premier roman, L’Aïeule de l’Isle Bourbon (1993), était à l’origine un scénario écrit pour une commande inaboutie. Monique Agénor le transforme en texte romanesque et obtient le Prix des Mascareignes en 1994. Dès lors elle se consacre entièrement et avec beaucoup de plaisir à l’écriture, publiant successivement Be-Maho (prix RFO 1997), Comme un vol de papang’ (1998), avant de s’intéresser à la nouvelle (Cocos-de-mer en 2000) et à la littérature jeunesse (Le Châtiment de la déesse en 2000, Plongée dans l’île aux tortues en 2001, Les Enfants de la colline sacrée en 2004).

Voir les Å“uvres de Monique Agénor dans la bibliographie ci-après.[Haut de page]

Le roman

Les Enfants de la colline sacrée se situe dans les années 1840 entre Madagascar et
La Réunion. Le roman retrace l’itinéraire emblématique de deux enfants des Hauts Plateaux malgaches, capturés par un clan ennemi à la suite d’une expédition sanglante contre leur village et déportés sur l’île de La Réunion où ils vivront les années les plus cruelles de l’esclavage, jusqu’à son abolition en 1848.

Au début du récit, Nora a onze ans, elle est née au clair de lune et son prénom signifie « joyeuse, joueuse ». Sahy est à peine plus âgé qu’elle, il est déjà un petit homme qui a le sens des responsabilités, il aide son père dans les rizières. Tous deux vivent dans l’environnement paisible de la campagne malgache. La razzia dont sont victimes les habitants de leur colline va les plonger brusquement dans un univers violent et étranger. Les survivants du massacre sont enchaînés et emmenés à La Réunion dans un navire négrier, sous le regard cruel et avide du marchand d’esclaves. Les deux enfants sont vendus comme couple à la riche Madame Dé, propriétaire de la plus vaste plantation de cannes à sucre de l’île. Nora sera « esclave de maison », au service exclusif des demoiselles Jeanne et Mélanie. Sahy sera « esclave de pioche » et entretiendra la plantation.

De violences en humiliations, les deux enfants apprennent à accomplir leur tâche sans broncher. Mais leurs yeux voient et leurs oreilles entendent. Des rumeurs circulent à huis clos dans les confidences des esclaves : une révolte se prépare, il faut attendre l’occasion. Ce sera le jour d’une grande fête somptueuse donnée par Madame Dé, alors que la surveillance est relâchée et que tous les esclaves rassemblés dans les jardins. L’insurrection est sanglante et les travailleurs libérés prennent le chemin de la montagne. Là-haut, ils construisent douloureusement une vie d’esclaves marrons, toujours menacés par les représailles des Blancs. Mais la roue de l’histoire tourne, et en 1848, l’abolition de l’esclavage est proclamée à Saint-Denis. C’est enfin la liberté pour Sahy et Nora ![Haut de page]

Les thèmes

Les élèves auront peut-être quelques notions de la traite négrière en direction de l’Amérique, et du commerce dit « triangulaire » entre Europe, Afrique et Amérique qui en assurait la rentabilité. Ils seront sans doute plus nombreux à ignorer que l’esclavage a également constitué une industrie florissante dans l’Océan Indien à partir XVe siècle. C’est le grand mérite de ce récit de la réunionnaise Monique Agénor que d’en suggérer l’horreur, par l’intermédiaire romanesque de l’histoire de deux enfants malgaches capturés puis déportés à La Réunion.

Le thème de l’esclavage est donc le thème central du livre. Avec pédagogie, voire un brin de didactisme, Monique Agénor détaille pour son jeune lecteur les différentes étapes de la traite jusqu’à la libération finale :
- la capture au cours d’une expédition guerrière ;
- l’acheminement à pieds jusqu’au port d’embarquement ;
- la négociation de la marchandise ;
- le voyage à fond de cale dans le navire négrier ;
- la vente ;
- le travail dans les champs ou à la maison.

Dans ces moments de souffrance pour les esclaves, la violence des négriers s’appuie sur un racisme non déguisé, qui est bien mis en relief dans le roman. S’il apparaît de façon d’abord indirecte dans le traitement réservé aux esclaves dans le navire négrier (voir l’analyse de l’extrait 2) et lors de la vente à La Réunion, il devient manifeste dans les dialogues échangés à la plantation de Mme Dé : « Tu commences mal, négro », assène à Sahy le chef des esclaves le jour de son arrivée (p. 67) ou bien « ça t’apprendra , mon Noir, à vouloir rêvasser comme un Blanc » (p 82). Le Commandeur est noir lui aussi, originaire d’Afrique. Mais il est à la solde des maîtres et a intégré leur discours, tout comme les fillettes de Mme Dé, Jeanne et Mélanie, qui traitent Nora de « guenon » et de « ouistiti »(p. 87 et 89).

La dénonciation du racisme est plus vive encore lors du spectacle donné au domaine pour l’anniversaire des deux petites pestes, quand Nora doit se déguiser en singe acrobate pour un numéro de « bons sauvages », puis mimer un enfant esclave dont les réactions animales suscitent l’hilarité des planteurs blancs (voir analyse de l’extrait 3).

Les esclaves résistent d’abord en utilisant la ruse puis se libèrent par la violence. Ce qui les lie est plus fort que les brutalités du Commandeur. C’est la fraternité, la solidarité, mais aussi le sentiment d’appartenance à leur culture et à leur terre. Les traditions malgaches de la région de Sahy et Nora sont ainsi précisément décrites tout au long du roman : coutumes agricoles, rites de protection par les coquillages fétiches (p. 11 et 26), fidélité aux ancêtres (p. 26, 47, 72, 83, 125), symbolisme des couleurs (p. 44)… Des mots malgaches, traduits directement ou indirectement, par périphrases, colorent les descriptions. Il sera intéressant d’orienter l’attention des élèves vers cette inventivité langagière.

D’autres thèmes peuvent être explorés, certains en interdisciplinarité. On pourra mener, par exemple, en relation avec le professeur de géographie, une découverte des différents milieux naturels de cette partie de l’Océan Indien, et une recherche sur la culture du riz et la canne.
On pourra également évoquer en classe, en écho au cours d’éducation civique ou à d’autres lectures faites par les élèves, la notion de voyage initiatique pour les deux héros. En effet, même si elle est vécue dans des conditions traumatisantes, l’adolescence de Sahy et Nora reste un itinéraire de formation vers l’âge adulte, un apprentissage individuel dont la constitution est une autre des facettes de ce roman.[Haut de page]