Présentation

L’auteur

Amadou Hampâté Bâ (1900-1991) est une des personnalités africaines les plus marquantes du XXe siècle.

Né dans un Mali alors colonisé par la France, il est à la fois le petit-fils d’un des plus grands maîtres d’initiation pastorale de l’époque, dépositaire d’un immense savoir traditionnel, un élément très brillant de l’école française et le disciple passionné de Tierno Bokar à l’école coranique. C’est sans doute cette triple formation qui est à l’origine de son projet de conserver des traces écrites de la culture d’Afrique de l’Ouest, de transmission essentiellement orale, et dont la fragilité est accentuée par la colonisation : « Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », aimait-il à dire. Historien et ethnologue, mais aussi écrivain de talent, il sillonnera inlassablement l’Afrique de l’Ouest, afin de recueillir contes, proverbes et récits historiques.

Ses travaux encyclopédiques et son combat pour la reconnaissance d’une culture africaine niée par la colonisation française lui vaudront de siéger huit ans au Conseil exécutif de l’Unesco.

Les deux volets de son autobiographie, Amkoullel, l’enfant peul et Oui, mon commandant ! sont l’occasion de découvrir tout un pan de l’histoire et de la culture malienne car ces Å“uvres fourmillent d’anecdotes savoureuses, tendres, drôles ou cruelles.

Son apprentissage spirituel auprès de Tierno Bokar a donné lieu à une intéressante transposition théâtrale de Peter Brook, Tierno Bokar, jouée en 2005 au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris).

En regardant de plus près ses trois principaux recueils de contes, on remarque que Les contes initiatiques peuls de Kaïdara sont trop complexes pour une approche avec des 6e. Quant aux récits de Petit Bodiel et autres contes de la savane , ils sont tout aussi intéressants que ceux d’Il n’y a pas de petite querelle, mais il n’ont pas été réédités en poche, ce qui les rend peu accessibles pour une étude en classe (cf. bibliographie).
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Le recueil

Cet ensemble de contes, édités par Hélène Heckmann à partir des manuscrits d’Hampâté Bâ, est d’une grande diversité et constitue donc une ressource pédagogique très riche.

On y trouve trois types de récits :
- des contes classiques, tantôt réalistes et humoristiques (« L’homme et le crocodile »), tantôt merveilleux (« La fille au masque de bois »). Nous choisirons dans ce dossier d’approfondir le merveilleux, même si plusieurs contes se prêtent très bien à l’étude du conte étiologique (« L’origine de la chauve-souris », etc.).
- des contes extrêmement brefs (« La coépouse bossue ») qui sont davantage des trames narratives que des contes à proprement parler. Ils sont très utiles étudier la construction du récit et peuvent servir de supports à des activités d’écriture, si l’on propose par exemple, aux élèves de les étoffer.
- une fable sur la corruption politique (« Le cadavre de Hyène-Mère »), qui n’est pas sans rappeler Les Animaux malades de la peste de La Fontaine, très drôle, mais moins directement liée au programme de 6e.

Les trois premiers contes du recueil, « La querelle des deux lézards », « Le roi qui voulait tuer tous les vieux », et « L’homme et le crocodile », sont des récits au ton réaliste et humoristique (que seule la parole des animaux apparente encore au merveilleux).

« Le chapelet d’or », « La fille au masque de bois » et « Le Berger bossu-bossu » sont de magnifiques récits initiatiques, à l’imaginaire merveilleux, fécond et poétique.
L’attirance d’Hampâté Bâ pour la réflexion spirituelle donne lieu à trois récits sur la religion : « Le marabout trop gourmand », « Bon débarras ! », et « Le saint homme et la petite souris ».

Par son ancrage dans la culture malienne, ce recueil peut aussi être l’occasion d’une recherche documentaire au CDI et d’un entraînement à la manipulation des dictionnaires.

Mais, surtout, on le verra, la dimension orale, importante dans tout conte, devient essentielle et fascinante avec le conte africain, ce qui permettra aux élèves, invités à en écouter, puis à en raconter à leur tour, d’effectuer un travail inédit sur l’oral qui abordera la mémorisation, l’intonation, la théâtralité et la prise en compte du public.
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Les thèmes

Le merveilleux foisonnant, poétique, et très différent de l’imaginaire occidental qui jalonne les contes, se prête à l’étude. Les figures de l’arbre et de l’eau connaissent notamment mille déclinaisons, toutes plus étranges les unes que les autres, que nous verrons à travers des références précises qui en étudiant leurs rôles et leurs représentations.

L’humour, que l’on perçoit au travers des ruses du lièvre, émaille aussi le recueil de part en part.

Comme tout recueil de contes, Il n’y pas de petite querelle est propice à l’étude du discours narratif et du genre du conte en particulier.

Plusieurs manuels de 6e mettent l’accent sur le récit initiatique, dont on trouvera ici des exemples caractéristiques : chaque conte du recueil délivre en effet un message clair sur les défauts et qualités humaines ainsi que sur les dysfonctionnements sociaux.

Le bestiaire, naturaliste ou merveilleux, qui occupe lui aussi une place de choix dans les manuels, fera l’objet d’une étude.

Enfin, l’étude de l’énonciation est ici très fructueuse car les textes retranscrivent fidèlement les variations de la parole selon des situations d’énonciation bien marquées sur le continent africain (selon son âge, son sexe, sa place dans la société, on s’adresse différemment à une personne donnée).
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