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Le film

Le voici donc, petit homme bedonnant, les joues pesantes, tombantes, la tête coiffée d’une longue perruque pour laquelle vous avez un sourire : c’est La Fontaine, le La Fontaine des portraits officiels de la vieillesse, petit père tranquille d’une ménagerie docile, auteur des Fables, que vous pouvez réciter par cœur : Le Corbeau et le Renard, Le Lièvre et la Tortue, La Cigale et la Fourmi. Mais est-ce bien lui, ce vieil Académicien, qui appuie ses petits contes en vers d’une morale gentille, aimable, destinée à nous enseigner la voie droite ? N’est-ce pas plutôt une image d’Epinal, qui par certains traits touche à la vérité, mais qui s’en éloigne d’autant, par beaucoup d’autres ? Qui était vraiment La Fontaine ? À dire vrai, nous ne le connaissons pas. Mais voici que tombe à point nommé un film, dont le scénariste est Jacques Forgeas et le réalisateur Daniel Vigne. Avec Jean de La Fontaine, Le Défi, les deux hommes nous offrent en effet le premier long métrage consacré à l’auteur des Fables.

Et le spectateur risque d’être bien surpris : non, La Fontaine n’était pas – ou pas seulement - un homme placide, tranquille : le voici au milieu de ses amis Molière, Boileau et Racine, qui était aussi son cousin. Que font-ils, tous ensemble ? Ils jouent aux cartes et ils jouent beaucoup, perdent autant, courtisent les femmes, essaient les uns sur les autres leurs œuvres en gestation, les disant à haute voix. Mais le voici également jeune homme frondeur, prêt à défendre son protecteur Fouquet, qui vient d’être mis aux arrêts par Louis XIV. Et, de cette bande d’amis, il est bien le seul à se dresser pour se plaindre de cette injustice ; ses compères ne bougent pas, tandis que lui va composer une Elégie pour défendre son mécène et puis les Fables, écrits de combat, destinés à peindre les défauts et caractères humains sous le masque des animaux, mais aussi à dénoncer les mœurs à la cour du Roi et le pouvoir despotique d’un seul.

Gentillet, La Fontaine ? Disons donc plutôt rêveur parfois, distrait, dit-on, mais ami fidèle - « d’une fidélité de chien », affirme le personnage du film, joué par Lorant Deutsch – indomptable, souhaitant préserver sa liberté de poète, refusant de manger dans la main du Roi, comme le feront Molière, Racine et Boileau.

Cette liberté, La Fontaine voudra la sauver contre Louis, mais aussi contre Colbert, le surintendant des Finances. L’opposition, dans le film, est violente entre les deux hommes. La Fontaine risque sa vie. Puis vient le succès des Fables et ce succès énorme protège leur auteur. Le Roi se débarrasserait-il donc d’un gêneur, tandis qu’il se veut protecteur des Lettres ? Mais l’opinion publique, le peuple, ne sont pas seuls à garantir la protection du fabuliste : c’est surtout dans les salons que La Fontaine trouve ses appuis, chez la marquise de Sévignéla duchesse d’Orléans et enfin chez Madame de la Sablière.

Voilà donc le film. Un La Fontaine en chair et en os, débarrassé des mièvreries, renonçant en partie à flatter le portrait nostalgique qui est celui de notre enfance. Un bon prétexte, aussi, à traiter la question importante des relations entre le Prince et le Poète, pour reprendre le titre d’un très bon ouvrage de Marc Fumaroli, entre l’artiste et le pouvoir.

Mais la force de La Fontaine c’est de pouvoir être lu à différents niveaux : certes,  l’image d’Epinal est à corriger ; cependant, il reste vrai que les Fables – certaines fables - peuvent convenir à des enfants de sept à huit ans, comme à des collégiens ou des lycéens. C’est presque chaque niveau du programme de français qui peut être concerné par le film de Daniel Vigne, dont une des grandes qualités est de se présenter comme une œuvre extrêmement didactique, qui rend concrète la figure de La Fontaine et donne une idée précise du contexte dans lequel l’auteur a vécu et les Fables ont été composées. On peut très bien imaginer une étude en classe de 6e ou 5e , en parallèle à celle du conte ou plus largement du texte narratif ou de la poésie. Mais il nous semble préférable de réserver ce long métrage à des collégiens plus matures, élèves de 4e ou 3e, car le film baigne dans une atmosphère qu’on pourrait qualifier de libertine ou licencieuse : sans être formellement propres à choquer nos petites têtes blondes, certaines scènes à l’érotisme voilé supposent un public plus averti. Notre film  se prête parfaitement à deux domaines d’étude : l’argumentation, et la poésie engagée.

Mais c’est dans une classe de lycée que le film peut donner toute sa mesure : aussi bien en 2nde qu’en 1ère. L’enseignant pourra s’aider du long métrage pour traiter quasiment chacune des perspectives d’étude ; quant aux objets d’étude, ils sont aussi nombreux à être concernés par l’œuvre de Daniel Vigne.

Reste la Tale : on doit bien évidemment songer que les programmes proposent le domaine d’analyse suivant : littérature et cinéma, mais aussi un autre, littérature et langage de l’image.

   Présentation de la collection

Avec sÉance+, le CRDP de l’académie de Paris lance une nouvelle collection pour faire entrer le cinéma dans les classes. sÉance+ met à disposition des supports pédagogiques - son, images, texte - pour mettre le film au service des disciplines.
Son objectif est d’amener les élèves à réfléchir autrement, dans le cadre des programmes scolaires, à partir d’extraits directement en ligne sur notre site que le(s) professeur(s) commentent.
Un visionnement en salle des films sélectionnés sera la condition d’une exploitation optimale des dossiers. Le CRDP facilitera la démarche des enseignants en ce sens.

Alors tous à vos écrans !

Le prochain dossier sera consacré à Premier Cri, de Gilles de Maistre (octobre 2007)

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