Présentation

Le cadre pédagogique

Nous proposons ici de nombreuses pistes ; mais il va de soi que nous n’en ouvrirons que quelques unes, dans les activités proposées dans le courant du dossier.

En classe de 6e et 5e

On laissera aux enseignants le soin de décider si, malgré l’atmosphère particulière évoquée plus haut, ils peuvent conduire leurs élèves à une projection du film de Daniel Vigne ou s’ils préfèrent se limiter à quelques extraits, présentés en ligne.

Quoi qu’il en soit, voici quelques pistes pour les collègues qui auront emmené leurs élèves à une projection.

Une des grandes qualités du film, nous l’avons dit, est de se présenter sous une forme extrêmement didactique. Il s’agira donc, pour l’enseignant, de rendre concrète la figure de La Fontaine et donner une idée plus juste, à la fois  de la composition des Fables, que de leur réception par le public de l’époque, gens du peuple et de l’aristocratie. En interrogeant les élèves, on se rendra compte qu’ils connaissent tous les premières fables de La Fontaine, qui sont évoquées dans le film : Le Lièvre et la Tortue, La Cigale et la Fourmi... On leur fera remarquer que ces fables furent tout de suite célèbres et qu’on les récitait déjà par cœur, ce que le long métrage montre bien. On s’intéressera aussi aux illustrations des fables. On pourra, à partir des documents proposés, faire une étude comparative de ces illustrations à travers les époques, pour une ou plusieurs fables données et montrer comment ces illustrations contribuent à propager une image naïve de l’œuvre et de son auteur. On ne négligera pas les blasons, évoqués par le film. On mettra en évidence leur caractère symbolique : le film s’arrête notamment sur le blason de Colbert, la couleuvre ( 24’). Les animaux représentent ainsi chaque homme, qui peut y reconnaître ses défauts ou ses vices, mais ils représentent aussi un individu particulier, moqué ; ici Colbert, que chacun pouvait identifier.

En classe de 4e et 3e

Les pistes évoquées pour les plus petits des collégiens sont aussi valables pour nos quatrièmes et troisièmes. Mais on insistera beaucoup plus sur la stratégie argumentative mise en œuvre dans les Fables.

Le travail sur l’argumentation est en effet au centre des programmes, et notamment dans la dernière classe du collège. Les troisièmes doivent savoir reconnaître et reproduire une stratégie argumentative, comme ils doivent étudier la poésie engagée. On pourra avantageusement s’appuyer sur le film pour montrer comment les Fables, textes argumentatifs et plus exactement apologues sont composées par leur auteur. Le film montre bien un La Fontaine se mettant à l’œuvre après l’arrestation de Fouquet, dans l’objectif de monter à l’attaque de la Cour et du Roi.  Récits de combat, les Fables visent à toucher leur destinataire. Le public entre dans cette stratégie argumentative et s’empare des fables. Elles courent tout Paris, dit-on dans le film. Il s’agira de voir, donc, comment l’auteur engagé s’adresse aussi à l’opinion publique, et pour se protéger et pour attaquer.

Et ce ne sont pas uniquement les textes des fables qui entrent dans le champ de l’argumentation : le long métrage présente aussi des caricatures, dessinées par La Fontaine, dont la visée argumentative est certaine : on dessine pour attaquer et se moquer. Par ailleurs, nous l’avons dit plus haut, le film met l’accent sur les blasons, sur lesquels s’appuie La Fontaine pour construire ses séries animalières.

En classe de 2nde

L’ensemble des perspectives d’étude, donc, peuvent être ici concernées par notre long métrage : celui-ci peut servir de base à une approche de l’histoire littéraire et culturelle ( la vie des auteurs du XVIIe  , rendue concrète par le film et surtout les relations entre l’artiste et le pouvoir ) à l’étude des genres (la fable, genre mineur, disent Louis XIV et Colbert, dans le film), de l’argumentation (l’apologue et ses effets sur les destinataires). Quant aux objets d’étude, en 2nde, on pourra s’appuyer sur le long métrage pour traiter les points suivants : le travail de l’écriture ( La Fontaine composant les Fables, dans le film) ; démontrer, convaincre, persuader (les Fables, armes de combat) ; écrire publier, lire (une partie non négligeable du film est consacrée à l’édition du recueil de La Fontaine par son éditeur Barbin) ; l’éloge et le blâme, enfin.

En classe de 1ère

En 1ère, le travail sera sensiblement le même qu’en Seconde : on retrouve ici  les mêmes préoccupations en matière d’histoire littéraire. Peut-être devra-t-on s’intéresser d’encore plus près à la notion de fable, en tant que genre « mineur », telle que la définit le film ; soit pour confirmer, soit au contraire pour infirmer cette idée. On pourra de même creuser la question suivante, à partir du film et de ce qu’il révèle de la vie au temps de La Fontaine :  les Fables sont-elles un recueil de poésie classique ? Pourquoi ? N’est-on pas plutôt dans une atmosphère proche du baroque ? La question de l’intertextualité, notion importante de l’histoire littéraire peut également être creusée après le film : Colbert et d’autres personnages, attaquent La Fontaine en prétendant qu’il n’a rien inventé, qu’il a tout copié dans Esope et Pilpay, le conteur indien. Faut-il souscrire à cette affirmation des détracteurs ou bien reconnaître l’originalité de l’auteur ? La notion d’apologue sera bien sûr essentielle. Le film insiste bien sur la violence des attaques contenues dans les fables. Ainsi nous apparaissent-elles moins comme de simples histoires un peu mièvres, destinées à fournir, à bon compte, une morale naïve.  

Mais c’est en 1ère aussi qu’on ne se privera pas d’aborder largement la question des relations de l’artiste et du pouvoir (comment un artiste du XVIIe  siècle vit-il ?) : non seulement parce qu’il s’agit de la question centrale du film, mais aussi parce qu’elle vaut pour toutes les époques, en matière d’histoire littéraire. Et surtout, parce qu’elle est éminemment d’actualité.

En classe de Tale

Toutes les propositions ci-dessus restent valables en Tale : mais on portera sans doute davantage son attention sur la question des rapports du film et de l’histoire littéraire, puisqu’un des domaines d’étude de cette classe est littérature et cinéma. Un autre champ d’étude - littérature et langage de l’image -  permettra de s’intéresser, à partir du film, aux relations entre le texte des Fables et les dessins, gravures qui en sont faites.

Le film

Fiche technique

Sortie nationale : 18 avril 2007
Site Internet officiel : www.jeandelafontaine-lefilm.com
Distribution – programmation : Rezo films ( www.rezofilms.com )
Durée : 1h 40

 Le réalisateur

Né en 1942 à Moulins, Daniel Vigne est connu pour être à la fois scénariste, réalisateur et producteur de courts et longs métrages, aussi bien pour la télévision que pour le cinéma. Son travail – qu’on pense à son film Le Retour de Martin Guerre (1982), ou encore à Une Femme ou deux (1985) et Fatou la Malienne (2001) est marqué par la question de l’identité. C’est encore ce thème qui hante Jean de La Fontaine, le défi, puisqu’il s’agit ici, entre autre, de reconstituer une image plus fidèle de l’auteur des Fables que celle véhiculée par la rumeur des siècles.

Daniel Vigne a reçu un César (meilleur scénario original) pour Le Retour de Martin Guerre, en 1983 et un FIPA d’or 2001 pour Fatou la Malienne. (FIPA : Festival International des Programmes Audiovisuels)

Le résumé du film

Nous voici en 1661. Molière, Boileau, Racine et La Fontaine sortent d’une somptueuse fête organisée par leur mécène et protecteur Fouquet, à Vaux-le-Vicomte. La soirée était belle, trop belle dit La Fontaine, dans une parole prémonitoire : Louis XIV, présent, s’est senti insulté par tout ce faste et le 5 septembre de cette même année, il va faire emprisonner son conseiller, qui lui fait de l’ombre. Tous plient l’échine devant la volonté du monarque, tous s’empressent de se mettre à son service. Un seul résiste et se plaint : La Fontaine, que le surintendant Colbert va s’acharner à faire plier à son tour, en vain. La Fontaine va composer ses Fables, qui dès lors le protègent : l’opinion publique est pour lui. Le Roi lui-même, enfin, va les aimer. La Fontaine est désormais hors d’atteinte.

Le découpage du film

La fête, l’arrestation de Fouquet

La fête est somptueuse chez Fouquet et le jeune La Fontaine, présent, y séduit Perrette. Somptueuse, oui, trop : Louis XIV s’est senti « humilié devant tout le royaume. » Il fera bientôt arrêter le seigneur de Vaux-le-Vicomte.

La réaction de La Fontaine et l’exil à Château-Thierry

Fouquet arrêté, Molière, Boileau, Racine et La Fontaine perdent un ami et un mécène. Tandis que ses compères baissent la tête, La Fontaine crie sa colère et fait circuler des écrits à la gloire de Fouquet. Colbert choisit pour lui l’exil : l’importun doit retourner assumer sa charge de maître des Eaux et Forêts à Château-Thierry. Son épouse lui reproche ses absences, ses infidélités ; mais La Fontaine retournera à Paris : « Je suis d’une fidélité de chien. » Il songe à Fouquet.

 Le retour à Paris et le commencement des Fables

Le poète retrouve ses amis, à la taverne, chez la Rateau. On joue, on improvise une œuvre et on caricature le pouvoir en place. La Fontaine est surveillé par Chateauneuf, un homme de Colbert. La nuit, il commence de composer ses Fables et les lit à Perrette. Le jour, il les essaye chez Madame de Bouillon, qui l’encourage à continuer.

La route de Limoges en compagnie de l’oncle. La Fontaine, homme de la nature.

La Fontaine continue à refuser de se soumettre ? Il prendra la route de Limoges, suivant dans l’exil son oncle Jannart, intime de Fouquet. Chateauneuf est du voyage et ne sait pas voir ce que voit La Fontaine, penché sur une fourmilière : un mariage et son cortège. Le poète faussera compagnie à Chateauneuf, pour rentrer à Paris.

Au lit avec Perrette ou la Fontaine infidèle

Cette fois, sa surveillance est confiée à plus coriace : Terron, qui pourra user des armes et du complot. La Fontaine est ainsi surpris par sa femme au lit avec Perrette, chez son oncle, qui le chasse.

Chez Madame de La Sablière ou la composition des Fables

Colbert et Chapelain distribuent les pensions, de la part de l’Académie : La Fontaine n’aura rien. Il est payé pour son service chez la duchesse d’Orléans et Mme de La Sablière lui offre sa protection. On assiste, chez elle, à une leçon sur la composition des fables. Le poète, confronté à son cousin Racine, lui reproche sa dépendance vis-à-vis du Roi (il est devenu historiographe de Louis) : « le Roi te tue », « tu es un objet à ses ordres. »

 L’édition des Fables par Barbin ou La Fontaine au pinacle

L’éditeur Barbin vient d’acheter les Fables. Les premières impressions sortent : c’est le succès immédiat, énorme.

Le face-à-face avec Colbert chez la duchesse d’Orléans

Un guet-apens est tendu à La Fontaine qui s’en sort et finit par raccompagner Colbert, sans savoir à qui il a affaire. « Il m’a glacé le sang », dit-il.

Le Roi aime les Fables !

Nous sommes chez le Roi ; on lui lit les Fables, en présence de Chapelain et Colbert. « Nous allons les aimer ! », décide Louis-le-Grand.

La vengeance de Terron ou La Fontaine sauvé par Colbert

Terron, l’homme de main de Colbert, qui avait résolu, sans succès, de tuer La Fontaine veut se venger : il se débarrassera du poète lors d’une fête chez Madame de Bouillon. Colbert, prévenu par Chateauneuf qui s’est lié d’amitié avec le fabuliste, sauve La Fontaine.

 Versailles, des années plus tard : La Fontaine spectateur de la vanité du grand monde.

Le temps a passé ; tous ont vieilli ; La Fontaine assiste au défilé des courtisans à Versailles ; il retrouve Perrette, désormais parvenue à entrer dans le grand monde. Le film s’achève sur un extrait de la fable Les Obsèques de la lionne, qui dénonce la soumission des courtisans : « Peuple caméléon, peuple singe du maître… »
Trois ans plus tard, La Fontaine entre à l’Académie française. Ironie du sort, il occupe le fauteuil de son ancien ennemi, Colbert.