Le Renard et l'Enfant

Le film
 


Interview de Bertille, actrice du film

En septembre dernier, des élèves de CP et CM2 d'une école parisienne ont, après avoir vu la première bande-annonce et les photos du film Le Renard et l'Enfant sur le site allociné, préparé des questions qu'ils auraient aimé poser à la Petite Fille qui joue dans le film.

Bertille a donc été interviewée chez elle au mois de septembre, les questions posées étant celles des enfants.

L'interview a été découpée en plusieurs parties :

la présentation de l'actrice  

le film 1  

le film 2  

le tournage du film 1  

le tournage du film 2  

la relation de Bertille avec les animaux du film  


Analyse filmique

Un film pour grandir

Les dossiers sÉance + proposent généralement une analyse du film qui sert aussi un peu de critique de cinéma.

La sortie du film Le Renard et l’Enfant est également l’occasion d'aborder la façon dont est réglé l’espace social de sa réception et de proposer un texte « d’analyse de cinéma ». Ainsi auront été approchés trois lieux classiques de l’écriture « sur » les films : la critique, l’analyse et (un peu) la théorie.

Les enseignants auront grâce à ce film l’occasion d’aborder « le merveilleux », le « conte », ou des axes de réflexion philosophique sur les thèmes de la liberté et du respect. Les jeunes élèves y verront plutôt un documentaire animalier. C’est autour de ces différences de vision du film que peut s’organiser la discussion. Elle ne visera pas à dire ou faire dire qui a tort ou raison, mais à permettre à chacun d'analyser, comprendre et exprimer ce qu’il a reçu du film.

Cette approche s’inscrit dans le socle commun des connaissances et des compétences : « la culture humaniste […] enrichit la perception du réel, ouvre l’esprit à la diversité des situations humaines, invite à la réflexion sur ses propres opinions et sentiments et suscite des émotions esthétiques. […] Elle se nourrit des apports de l’éducation artistique et culturelle » (pilier 5).

Les tenants de la fiction (ou du merveilleux) comme les partisans du documentaire animalier ont de bonnes raisons d’avoir éprouvé ces sentiments contradictoires. Le cinéma assemble presque toujours des fragments de réalité filmés dans un monde bien réel. Ensuite, le travail du cinéaste et les modalités de réception conditionnent la perception du film comme "film de fiction". En ce sens, fiction ne s'oppose pas à "réalité" mais à "documentaire", ou plus précisément "lecture fictionnalisante" à "lecture documentarisante". C'est ce que nous allons nous attacher à expliciter.

Dans ce but, nous avons choisi d’étudier la bande-annonce du Renard et l’Enfant, disponible sur le site officiel du film : www.lerenardetlenfant.com

Les enseignants sont autorisés à télécharger cette bande-annonce en haute définition pour l'utiliser en classe : ftp://ftpv.scola.ac-paris.fr/telvideo/enfant_renard_720p.mov (Faire un clic droit et choisir"enregistrer la cible sous ..." puis choisir l'endroit souhaité pour sauvegarder le fichier)

I) Brève description de la bande-annonce 

Toute tentative d’analyse filmique nécessite la description du film ou de la séquence analysée. Il s’agit ici d’un film de deux minutes comportant cinquante sept plans. Le rythme est proche de celui d’un clip vidéo et laisse peu de temps pour la compréhension.Pour pallier ce problème, des mentions écrites viennent ancrer un sens "voulu" par les auteurs.

Voici ces mentions écrites, dans l’ordre de leur apparition à l’écran :

  1. Buena Vista International
  2. Bonne Pioche
  3. Un monde inconnu
  4. Une rencontre imprévisible
  5. Une amitié inoubliable
  6. Les créateurs de La Marche de l’Empereur
  7. Vous invitent à un nouveau voyage
  8. Le Renard et l’Enfant
  9. Un film de Luc Jacquet
  10. Le 12 décembre au cinéma

Ces titres racontent une histoire. En matière de lecture d’image, il est établi que le texte a une prégnance très forte.
C’est tout le problème des légendes de photos ou d’images : le texte ancre profondément le sens. Il a, en quelque sorte, priorité sur les images.

Ces titres peuvent se diviser en deux catégories :

  • ceux qui permettent des hypothèses de lecture sur le film (titres 3, 4 et 5) ;
  • ceux qui permettent de comprendre le statut des images que l'on regarde : on est bien dans une bande-annonce.

II) La matrice du film à venir 

Les titres 3, 4 et 5 portent une particularité : ils décrivent les procédures à mettre en œuvre pour être réceptif à un film de fiction. Il convient de « créer un monde » (ici « un monde  inconnu ») dans lequel se déroulera une histoire - ici celle proposée par Le Renard et l’Enfant- qui nous racontera « une rencontre imprévisible » (élément déclencheur) débouchant sur « une amitié inoubliable » (état final). Tout cela constitue ce qu'on appelle la « diégèse ».

Voir un film de fiction c’est donc d’abord créer un monde (cf. notamment les théories d’Umberto Eco dans Lector in Fabula, Grasset, Paris, 1989). Cette opération mentale, largement inconsciente (la diégétisation), permet de concevoir et d’accepter les règles du monde qui nous est donné à voir dans le film. Ce monde est le plus souvent réaliste, comme ici. Le « monde possible » (U. Eco) créé à l’occasion d’un film d’animation n’est pas réaliste, mais il comporte ses propres règles qui permettent au récit, avec ses personnages, d’exister et de progresser.

Ces « hypothèses thématiques » (U. Eco) sont le résultat d'un faisceau de déterminations multiples : affiche du film, bande-annonce (…) titre, carton, générique, critique de film, désir ou expérience du spectateur... Nous pourrions y ajouter le travail réalisé en classe avec l'enseignant.

Profitons de la durée réduite de cette bande-annonce (possibilité de plusieurs visionnements rapides), pour questionner les élèves sur les différentes « matières de l’expression cinématographique ». Commençons par poser la question  : Avec quoi fait-on un film ?

Au niveau du VU :

  • des images (bien sûr) ;
  • des textes (nos titres par exemple).

Au niveau de l’ENTENDU :

  • des bruits ;
  • des paroles (ici également des cris d’animaux) ;
  • de la musique.

La façon dont les images, les sons, les textes s'entrelacent pour constituer la matière du film doit être analysée en détail. Ici, c'est un ensemble d'éléments qui permet de porter l'intention centrale des auteurs : nous faire accéder au merveilleux du monde sauvage.
Le merveilleux naît en particulier de la façon dont est filmé ce monde sauvage (regard du cinéaste animalier, différent du regard habituellement porté sur la nature).

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007
 
© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Les titres 3, 4 et 5 laissent également entrevoir la magie d'une amitié entre une petite fille et une renarde. La chanson (une berceuse) nous invite à fermer les yeux, invoquer des nombres magiques… Notons que le cinéma comme variante d'un "endormissement" a été théorisé par Christian Metz dans Le Signifiant Imaginaire (Christian Bourgeois, Paris, 1984).

La chanson rapportée aux images dévoile l'intrigue du film : la dernière image de la bande-annonce nous montre la renarde « couverte » de sang pendant que la chanson dit : « don’t try to tame them, or you’ll end the game then ». (Cf. le texte de la chanson dans le dernier onglet de cette page).

Dans la suite du dossier, nous donnerons des pistes d'activités à mener à partir de la bande-annonce.

III) Construction fictionnelle 

Elle fonctionne essentiellement par le jeu du montage. Nous trouvons ici toutes sortes d’indices qui dénoncent une construction fictionnelle ou qui pointent une volonté de mener le spectateur à ce type de lecture. En effet, c’est ici l’occasion de dire que la lecture fictionnalisante n’est pas due aux seules qualités d’un film, mais qu’il faut un certain nombre d’actions concourant à ce type de lecture.

En effet, les théories de l’analyse des textes/des films (on parlait de texte filmique) nous ont longtemps mené à penser que le lecteur/spectateur était « constitué » par le texte. Nous savons maintenant que tout cela est beaucoup plus complexe et que rien n’est définitivement réglé au niveau du texte. Les « contrats de lecture » passés avec les spectateurs d’un film sont issus du film, de son contexte de production et de réception, mais ont également à voir avec les récepteurs eux-mêmes qui apportent beaucoup lors de la lecture (Cf. U. Eco ci-dessus).

Ceux qui souhaitent aborder ces questions en profondeur pourront lire le livre de Roger Odin : de la Fiction (De Boeck Université, Bruxelles 2000, coll. Arts et Cinéma). Dans ce livre, Roger Odin propose un modèle heuristique permettant d’appréhender tous les phénomènes en jeu dans la production de sens autour de différents modes de lecture des films.

Revenons-en à la volonté de « faire fictionner » le film. De nombreuses figures du modèle fictionnel dominant circulent dans cette bande-annonce. Passons-en quelques unes en revue :

III-1) les raccords regards

(Rappelons d’abord qu’un « raccord regards » permet de créer un espace cohérent à partir de fragments disparates qui peuvent avoir été filmés en des lieux parfois très éloignés, ici différents lieux en Europe).

Exemple type ici :

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Plan 1 : la petite fille entend un bruit elle tourne la tête et regarde vers le haut et la droite de l’écran.

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Plan 2 : un renard court dans la direction suivie par le regard de la petite fille dans le plan 1.

(Ici la numérotation des plans (1 et 2) correspond aux deux plans d’un seul et même raccord de montage).

Le raccord regards permet aussi de faire comprendre quand deux êtres se regardent. Les axes de prise de vue se croisent le plus précisément possible, comme les deux derniers plans de la bande-annonce :

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

On trouve de nombreux exemples de ce type de raccord regards dans la bande-annonce. On notera par exemple qu’au démarrage de la poursuite du renard par le lynx, on a une structure en trois plans :

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Plan 1 : le lynx est en plan rapproché, droite cadre (le lynx est immobile le long du bord droit du cadre).

  

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

(plan 2a)
 

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

(plan 2b)

Plan 2 : la petite fille regarde on ne sait quoi vers la droite (2a) puis s’enfuit vers la gauche (2b), comme si elle voyait le lynx.

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Plan 3 : le renard court de la gauche vers la droite, on voit ensuite le lynx lancé à sa poursuite.

Voilà un exemple de raccord regards qu’on pourra d’autant plus utilement faire analyser aux élèves qu’en voyant le film, ils découvriront que, lors de la poursuite lynx / renard, la petite est loin de là, clouée au lit avec un plâtre …

Rétrospectivement ils comprendront la fonction de ce type de raccord qui est de créer un espace, et de créer de l’émotion… Dans cette bande-annonce, il s’agit de lier la petite fille au renard « contre » le prédateur-lynx.

III-2) Les raccords concernant le son 

Ils fonctionnent de la même manière en vue d’unifier l’espace. À cette différence (par rapport aux raccords regards) qu’un son peut très facilement « courir » d’un plan à un autre et créer du lien sonore par-dessus des espaces totalement disjoints. Vous pourrez faire remarquer aux élèves, en ne diffusant par exemple que les premières secondes du film, que sur les titres « Buena Vista International » et « Bonne Pioche » nous avons déjà la création d’un espace sonore naturel par quelques cris d’oiseaux et le bruit du vent. Ce type de construction est devenu très commun maintenant. La diégèse s’installe le plus souvent via la bande son qui crée les conditions de ce que l’on va voir dans les premières images du film.

III-3) Les raccords de mouvement

L’esthétique « clip » de cette bande-annonce et son fractionnement extrême laissent peu de place à ce type de raccord dont la fonction, d’un plan à l’autre, est de créer l’illusion de la continuité des mouvements et des gestes accomplis. Néanmoins, un raccord (présent à la fois dans cette bande-annonce et dans le film lui-même) possède un pouvoir fictionnel très important : celui qui ponctue la poursuite entre renard et lynx déjà mentionnée. Il s’agit d’un type de raccord assez inhabituel qu’on nomme « raccord von Bolvary », du nom du cinéaste hongrois qui l’inventa.

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Plan 1 : le lynx file directement vers la caméra et saute par dessus.

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Plan 2 : la caméra s’est complètement retournée et montre le point de vue totalement inversé ( le lynx atterrit de l’autre côté à la poursuite du renard).

Ce type de construction, rendue fluide par l’utilisation du son qui couvre le raccord (ici une sorte de grognement du lynx) est totalement construite et de pure fiction. Une des fonctions de ce type de raccord en champ/contrechamp est de gommer l’existence de tout l’appareillage cinématographique. Quantité de théoriciens ont travaillé sur ce sujet au début des années 1970 lors de l’irruption de la psychanalyse dans le champ des études cinématographiques.

III-4) La notion de point de vue 

Celle-ci est centrale dans l’analyse d’un film (Que voit-on ? Par quel regard la fiction est-elle portée ? …). Dans cette bande-annonce (il en sera de même dans le film), il y a un subtil jeu d’équilibrage permanent entre le point de vue de la petite fille et celui du renard.

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Par exemple, quand elle dort dans l’herbe, on voit l’herbe floue « en amorce » ; dans le contrechamp qui montre le renard comme s’il veillait sur elle, les mêmes herbes sont visibles « en amorce », légèrement floues. Ce raccord peut laisser croire que la renarde veille sur sa progéniture humaine.

Comme pour souligner le parti pris du réalisateur (cinéaste animalier connu), ces variations de point de vue mènent très souvent à une sorte de « naturalisation » du regard de la caméra. Nous y reviendrons ci-dessous, car l’effet produit n’est pas tant fictionnalisant que « documentarisant ». Pour signaler ce point de vue « naturel », remarquer que souvent les personnages sont vus à travers une sorte de trouée dans les feuilles qui prend la forme d’un œil (la petite fille vue à travers des branches avec un corbeau en amorce ; le moment où elle est vue par le renard dans les herbes). L'idée de « naturalisation » du point de vue consiste, encore une fois, à gommer le travail de montage.


© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Nous pourrons noter (en relation avec le film vu en salle) que la petite fille est également présentée « du point de vue » du renard par l’ouverture du terrier. En ce sens la petite fille est vue par le renard comme un prédateur potentiel (L’image qui la montre à l’entrée du terrier est presque la même que celle du lynx. Cette dernière image n’est pas dans la bande-annonce, seulement dans le film). La fin de la relation entre la petite fille et le renard (dans le film) confirme cette hypothèse.

III-5) Remarque sur ces premiers points 

Toute l’histoire du cinéma a conçu le montage, non comme l’addition de plans les uns aux autres, mais comme une recherche d’effacement des marques du montage, le but recherché étant de faire disparaître l’artifice de la reconstruction d’un monde (Il convient de garder à l’esprit que les périodes de « crise » du cinéma ont porté à existence des modes de montage aux antipodes de ce modèle devenu, depuis, dominant : on pense au montage par « attraction » chez Eisenstein ou aux remises en cause dues à la Nouvelle Vague française, Jean-Luc Godard en tête).

Le concept de « transparence » du montage est fondamental pour ne pas tomber dans la simple analyse technique d’une séquence. Il est important de connaître quelques notions techniques pour bien décrire ce dont on parle afin d’être bien compris des autres, mais c’est ensuite pour mieux parler du ressenti, des sentiments et des opinions sur le film.

Ceux qui veulent des images à manipuler en vue de la compréhension des échelles de plans et des grandes règles de raccord peuvent se reporter au site l’école des images / espace Classe.

III-6) Le rôle de la musique et de la chanson 

Outre le dévoilement déjà évoqué de l’intrigue du film, les élèves pourront s’exprimer sur la berceuse présente dans la bande-annonce.

À noter surtout, par rapport à la fonction de la musique de cinéma, la différence entre la musique du début et la chanson elle-même ; l’une plus « mystérieuse » au début, l’autre beaucoup plus entraînante ensuite.

Pour bien faire sentir le rôle de cette bande-son, nous proposons de diffuser la bande-annonce sans le son, puis avec le son pour noter les différences et l’importance des effets d’une musique de film en matière de production d’affects.

IV) Construction documentaire

La chanson originale écrite par Luc Jacquet et Valérie Virancos (interprétée par Alice Lewis) comporte un couplet supplémentaire qui traîte du travail du cinéaste animalier. La version complète est téléchargeable à l'adresse

http://direct.scola.ac-paris.fr:443/CRDP/Windy-whistleBD.wma

(Pour l'enregistrer, faire un clic droit sur ce lien : ftp://ftpv.scola.ac-paris.fr/telvideo/Windy-whistle.wma
et choisir "enregistrer la cible sous ..." puis choisir l'endroit souhaité pour sauvegarder le fichier)

Le Renard et l’Enfant a un statut hybride entre fiction (dont nous venons de détailler quelques aspects) et documentaire animalier. Dans un article de la revue Sonovision-Broadcast, Luc Jacquet s'exprime à ce sujet : «Le défi de ce film, c'est d'étonner les spectateurs en leur montrant un environnement familier : la forêt européenne [...] L'idée était de bénéficier à la fois de la réactivité du documentaire, de la rigueur et de la qualité de la fiction» (Sonovision-Broadcast n° 522, p. 112).

IV-1) Le point de vue 

Une autre approche du problème du point de vue permet de cerner les aspects documentaires.

L’analyse des échelles de plans est toujours à mettre en relation avec l’analyse du point de vue. Dans son terrier, l’œil du renard nous est donné en très gros plan (moment où la petite fille s’adresse directement à lui pour la première fois et coïncidant avec le début de la berceuse).

Cette bande-annonce ne présente que trois très gros plans. Ils concernent l’œil du renard (déjà mentionné), les oreilles du renard (séquence de l’écoute des bruits de la nature) et la gueule du loup blanc (séquence de l’attaque du renard par les loups).

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

 

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Ces très gros plans nous renvoient au travail de réalisateur de films animaliers : un travail d'observation « au plus près possible » de la nature qui est transposé (dans le film) dans la démarche de la petite fille (poste d’observation, attente, utilisation d’outils de base : ficelle, allumettes, lampe de poche, sandwich pour l’attente…).

IV-2) Les plans en insert 

La bande-annonce (ainsi que le film) donne à voir des animaux qui n’interviennent pas directement dans le récit. Le bestiaire ainsi constitué véhicule l'image d'une nature idyllique. Les plans par lesquels ces animaux arrivent sont dits plans « en insert ».

© Bonne Pioche Productions/France 3 Cinéma 2007

Ils viennent perturber légèrement la « transparence » du montage ; en quelque sorte, ils se donnent à voir pour porter un discours parallèle.

Sans être nécessaires, ces plans n’en revêtent pas moins une grande importance car ils fondent le discours sur la nature qui est au cœur du projet du film. En outre, ils contribuent à la dimension « documentaire » du film (d’où la possibilité pour certains élèves de voir dans Le Renard et l’Enfant un documentaire animalier).

V) Vers le film  

Nous avons débuté par l’analyse des titres 3, 4 et 5 qui permettent d'élaborer des hypothèses sur le contenu fictionnel. Les autres titres désignent clairement le statut de la bande-annonce du document visionné : ils donnent des informations très concrètes sur le film à venir. Ce dernier aspect contribue à la création d'une attente. Visuellement, cette attente est soutenue par l'utilisation de nombreux fondus au noir. Chaque fondu laisse libre court à l'imagination. Les derniers fondus suscitent une attente commune, celle du film. Par ces procédés, toute la bande-annonce vise à constituer un public.

Cependant, rien n'est dit du mode de récit du film tel qu'il sera vu en salle. Deux aspects importants sont absents de la bande-annonce : la voix-off et la résolution finale.

V-1) La voix-off 

La voix-off a un statut fluctuant dans l’histoire du cinéma : nous la trouvons comme voix de la subjectivité (point de vue d'un des personnages) dans les films noirs par exemple. A l’autre extrémité, dans les documentaires, elle est porteuse d'objectivité.

Le Renard et l'Enfant est à mi-chemin entre fiction et documentaire animalier. Dès le début du film, nous entendons une voix-off de femme qui narre une histoire. Nous comprenons finalement que c’est l'enfant du film, devenue adulte, qui raconte sa propre histoire.

V-2) La résolution de l’histoire 

Bien évidemment, une bande-annonce ne donne jamais la résolution du film. Mais que faire de cette résolution avec les élèves après qu'ils ont vu le film en salle?

Après la tentative d'apprivoisement du renard par la petite fille, et sa conclusion, par un effet de montage (raccord « cut », sans aucune transition), la petite fille est devenue maman et raconte cette expérience à son fils.

On pourrait analyser ce raccord comme une ellipse (ce qu’il représente bien), mais il est plus intéressant de le considérer du point de vue de la structure énonciative du récit. La voix-off s’incarne tout à coup dans un personnage à l’écran (interprété par Isabelle Carré). On comprend donc (même s’il ne s’agit pas d’une opération intellectuelle explicite) que ce film nous est donné, non pas par la petite fille devenue mère, mais par une instance « supérieure » (l’auteur du film ?, les « créateurs » de la Marche de l’Empereur ? ,…) avec une intention autre que la seule narration de cette histoire personnelle.

Rappelons les fondements théoriques de base d'un récit (cf. les théories de Claude Brémond, de Tzvetan Todorof, de Gérard Genette,…). Un récit est basé sur une structure temporelle qui apporte une transformation. Si l’histoire racontée par Le Renard et l’Enfant s’était « arrêtée » à la séparation de la petite fille d’avec sa renarde, le récit aurait semblé inachevé. La transformation (celle de l'enfant) n’aurait été évoquée que de façon implicite.

La rupture finale, à la fois énonciative et temporelle, qui introduit soudain la mère dans le récit, révèle clairement le projet que porte ce film : il s’agit d’un « roman de la construction » décrivant le cheminement d’une enfant vers l’âge adulte.

Cette construction se joue à plusieurs niveaux : la petite fille se construit au contact de la nature, mais surtout, devenue adulte et maman, elle transmet cette expérience fondatrice à son enfant. Ainsi, la mise en scène de cette transmission joue, par effet de miroir, sur le jeune spectateur du film.

Il est en effet très important que les enfants comprennent bien la nature de cette résolution finale. Dans le cas contraire, ce film s’adressera à leur imaginaire (on peut rêver d’avoir une amitié avec un animal sauvage) mais participera très peu de la construction de leur personnalité : comprendre que pour grandir, il faut parfois se détacher de ce que l’on a de plus cher.

Pour finir, on pourra s’interroger sur la place du Renard et l’Enfant dans le cinéma actuel :

  • Comment se positionne-t-il par rapport au cinéma animalier dominant (rejet central de l’ anthropomorphisation outrancière des animaux) ?
  • Quel discours porte-t-il sur la nature à une époque où le développement durable est un thème omniprésent ?





























Fiche technique et artistique

Réalisation : Luc Jacquet
Acteurs : La petite fille : Bertille Noël-Bruneau ; la narratrice/ la mère : Isabelle Carré
Production : Bonne Pioche : Yves Darondeau / Christophe Lioud / Emmanuel Priou
Scénario et adaptation : Luc Jacquet et Éric Rognard
Directeurs de la photo : Gérard Simon (A.F.C.), Éric Dumage (A.F.C.) et François Royet
Images animalières : Jérôme Bouvier / Jérôme Maison / Cyril Barbançon
Montage : Sabine Emiliani
Prise de son : Adrien Roch
Design sonore : Laurent Quaglio / Germaine Boulay
Mixage : Gérard Lamps
Musique Originale : Evgueni Galperine / Alice Lewis / David Reyes
Décors : Marc Thiébault
Création costumes : Pascale Arrou
Casting : Maguy Aimé
Responsable animalier : Pascal Tréguy
Distribution : Buena Vista International (France) , Wild Bunch (International)
Sortie nationale : 12 décembre 2007


Découpage

Séquence

Durée

Début

     
1) Exposition + générique + première vision du renard 5 min 30  
2) L’automne et l’hiver (danger pour le renard comme pour l’enfant) 20 min 40 à 5 min 30 environ
3) Le printemps (et la liberté retrouvée) 16 min 50 à 26 min 10 environ
4) La rencontre avec la renarde 9 min à 43 min environ
5) La grotte, la nuit et le réveil 18 min 30 à 52 min environ
6) L’apprivoisement mutuel 12 min à 1h 10 environ
7) Tentative de possession et résolution 10 min à 1h 22 environ

 


Windy whistle (Alice Lewis)

Chanson de la bande-annonce

fall asleep now
I will count un-
'til you make wish

softly whisper
quiet magic-
numbers

conjure up
the little sound that's
carried in the wind

when freed, it wakes
the trees out of their slumber

windy whistle
shiny drizzle
blow the sound away

drum the branches
lead the dances
now

windy whistle
solve the puzzle
find the secret way

seek the traces
hiding places
now

don’t try to tame them
or you’ll end the game then,

Partie qui ne figure pas dans la bande-annonce

you will soon
find out the way 
to be invisible

hide behind
the smallest leaves

If you wait for
long enough
you'll see it happening

they slowly surface
out of the green

windy whistle
shiny drizzle
blow the sound away

drum the branches
lead the dances
now

windy whistle
solve the puzzle
find the secret way

seek the traces
hiding places
now

don’t try to tame them
or you’ll end the game then,
just count till ten!